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La course aux armements nucléaires relancée par le retrait américain ?

5 min
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Lorsque disparaît la logique d'alliances et de sécurité collective, les états cherchent à garantir à tout prix leur propre sécurité... contribuant ainsi à rendre le monde encore plus dangereux.

Crédits : Getty

Tout le monde s’inquiète de la nouvelle course aux armements nucléaires et surtout du risque qu’elles finissent par être utilisées pour de bon dans le cadre d’un conflit entre états. 

Le dernier en date ? Richard Haass, ancien membre du cabinet de George W. Bush, actuel président du Council on Foreign Relations. Comme les autres observateurs, il déplore que les accords de limitation des missiles tant à longue qu’à moyenne portée, signés par les Soviétiques et les Américains dans les années 1980, tombent en désuétude sans être remplacés. Plus intéressant : ce Républicain désapprouve le retrait américain de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien. 

Seuls neuf pays possèdent l'arme atomique. Jusqu'à quand ?

Car l’Iran, dit-il, a réagi en relançant son programme. Téhéran le fait peut-être pour persuader Américains et Européens de renoncer à leurs sanctions économiques. Mais il s’approche ainsi dangereusement du seuil à partir duquel les Israéliens pourraient considérer que leur propre sécurité est menacée de manière inacceptable par un Etat qui lui dénie le droit à l’existence. La tentation de la première frappe deviendrait alors très forte. 

Les tentatives répétées de l’Iran pour se doter d’armes nucléaires ont inquiété d’autres états de la région, comme l’Arabie saoudite et l’Egypte qui s’en doteraient rapidement si l’Iran le faisait. Mais aussi la Turquie qui s’éloigne de plus en plus de l’Alliance atlantique et fait savoir qu’elle entend assurer sa sécurité par ses propres moyens.

En Asie, la Corée du Nord dispose à présent d'un arsenal nucléaire, certes rudimentaire, mais il existe.  Le pays développe actuellement un programme de sous-marins lanceurs de missiles balistiques. Imaginer que Kim Jung Un pourrait renoncer à ces armes, comme l’a cru Donald Trump, est une illusion. Comme dit Richard Haass, le précédent ukrainien a été médité : ce pays a renoncé aux innombrables systèmes d’armes atomiques déployées sur son sol par l’Armée rouge en échange d’une garantie de son intégrité territoriale par les Etats-Unis et la Russie. Cette dernière lui a arraché la Crimée et occupe une partie de son territoire oriental, sans que les Etats-Unis n’aient garanti quoi que ce soit… La leçon a été méditée à travers le monde. Qui détient la bombe peut dissuader tout voisin agressif.

Mais dans les années à venir, la montée en puissance atomique de la Corée du Nord risque de convaincre ses voisins, sud-coréens et japonais, qui doutent de plus en plus de la garantie américaine, de s’équiper, à leur tour, d’armes équivalentes. 

Sans oublier la relation conflictuelle entre l’Inde et le Pakistan, deux puissances nucléaires, et la disproportion des forces conventionnelles respectives de ces deux états…

Un besoin inédit de sécurité

Les risques qu’un conflit militaire classique s’envenime dans une montée aux extrêmes sont très sérieux. La dissuasion mutuelle qui a retenu Américains et Soviétiques ne joue plus. L’affaiblissement des alliances provoque un besoin inédit de sécurité. La disparition des générations qui ont connu le traumatisme d’Hiroshima et la facilité d’acquisition de systèmes d’armes autrefois réservés aux pays les plus riches concourent à la dissémination des armes nucléaires.

Aujourd’hui, écrit Eric Brewer dans Foreign Affairs, seuls neuf pays possèdent des bombes atomiques. Les Etats-Unis ont longtemps veillé à empêcher leur prolifération, en menaçant de représailles politiques et économiques ceux qui étaient tentés de s’en équiper. Ils sont ainsi parvenus à dissuader l’Irak, la Libye, et un temps la Corée du Nord, de devenir des puissances nucléaires. Mais ils garantissaient aussi un certain niveau de sécurité internationale, un ordre, une Pax americana dont tous les autres étaient censés bénéficier. « La non-prolifération a largement dépendu du leadership américain », écrit Brewer.  A présent qu’ils tendent à s’en abstraire, au nom du America First de Trump, qu’en est-il ?

Trump ne voit pas les alliances nouées par les Etats-Unis comme des garanties de sécurité, proposées en échange de l’acceptation de règles, comme celle de ne pas chercher à acquérir des armes nucléaires. Pour lui, c’est un marché dans lequel les protégés doivent payer pour leur sécurité. On n’a plus affaire à un shérif mais à une compagnie de sécurité privée

En outre, les Etats-Unis perdent chaque jour un peu plus leur capacité à punir les contrevenants à l’ordre qu’ils avaient autrefois imposé. Pour une raison simple : ils ne contrôlent plus comme autrefois le système financier international. Leurs alliés eux-mêmes cherchent à contourner les sanctions contre l’Iran. 

En outre, ajoute Eric Brewer, la montée en puissance à travers le monde de régimes autoritaires constitue un autre facteur de dissémination : les autocrates n’ont pas à tenir compte de leurs opinions publiques. On doit s’attendre, dans les années à venir, à une dangereuse dissémination des armes nucléaires. 

Brice Couturier

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