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la désintégration de l'Union européenne est reportée à une date ultérieure

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Le reste du monde nous envie.

Notre Union européenne sort, dit-on, en pas trop mauvais état de cet été. Au point que certains se demandent : Et si on s’était fait peur pour rien. Et si les Anglais n’avaient pas donné le signal du tricotage tant redouté. Après tout, le Brexit n’annonçait pas nécessairement la déconstruction brique par brique de cette Communauté de petites nations commerçantes, si patiemment édifiée par les fameux « pères fondateurs ».

Certes, à la suite de la Hongrie et de la Pologne, une partie de l’Europe centrale est tentée par différentes formes de ce qu’il est convenu d’appeler l’illibéralisme politique. Les majorités au pouvoir s’y comportent comme si elles étaient propriétaires de l’Etat et tendent à considérer les opposants comme des factieux et des traîtres à la nation. Mais enfin, Orban et Duda ne sont pas Erdogan. Les journaux d’opposition polonais ne sont pas fermés, ni les journalistes hongrois en prison, comme c’est le cas en Turquie.

Oui, la vie semble continuer en Union européenne. Aux élections néerlandaises et françaises, les partis populistes et europhobes ont marqué le pas. En Italie, le mouvement Cinq Etoiles est en reflux. On respire. Est-ce une parenthèse qui se referme, après quoi, la vie reprendrait comme avant ? Ou est-ce un répit avant la crise finale qui n’aurait été que repoussée, un sursis de quelques années ? Les avis divergent. En tous cas, même les plus europhiles des commentateurs spécialisés estiment que les choses ne peuvent pas continuer inchangées en Europe. La zone euro n’a échappé au désastre et à l’éclatement que par l’action d’une Banque centrale européenne dont chacun admet qu’elle est sortie de son rôle. Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances estime d’ailleurs que sa politique d’accommodements monétaires doit cesser d’urgence. Pourtant chacun en convient : si Draghi n’avait pas pris les mesures d’urgence qu’on lui reproche, l’euro, aujourd’hui, n’existerait plus.

Il y a une fenêtre d’opportunité pour des réformes. Si elle n’est pas mise à profit, peu de gens doutent que notre union monétaire bancale ne soit promise à brève ou moyenne échéance à la désintégration. En ce qui nous concerne très directement, certains paris faits par le président Macron sont basés sur l’hypothèse d’une convergence franco-allemande en matière d’investissements, notamment. Jusqu’où la chancelière, très probablement réélue le 24, sera-t-elle prête à aller ? Ce qui remonte des négociations déjà entamées entre la France et l’Allemagne n’incline pas à l’optimisme : ça piétine. Mais l’issue finale dépendra du résultat des élections allemandes. Et en particulier de l’identité du ou des partenaires que la CDU aura élu pour gouverner le pays. Nous examinerons les différents scénarii.

Toute cette semaine, je vous propose, à l’occasion des élections allemandes de ce mois, de réfléchir à la situation de l’Union européenne. Comme le veut la nature de cette chronique, le point de vue ne sera pas franco-français. Nous irons voir ce qu’on dit chez les autres.

On dira : tout cela n'est pas réjouissant. Y a-t-il des raisons de garder intact son euro-optimisme ? En cherchant bien, on trouve. Tout n’est pas noir dans le ciel européen. Tenez, je vous ai trouvé un sondage vraiment encourageant. Si nous autres Européens, avons le bourdon, le reste du monde considère l’Europe comme « un endroit stable et sûr dans un monde troublé et inquiétant ». Pour la première fois depuis plusieurs années, l’Eurobaromètre publie un sondage très favorable sur la manière dont nous voit le reste du monde. Ne pouvant porter sur le monde entier, il se concentre, nous dit-on, sur les pays les plus importants : Australie, Brésil, Canada, Chine, Etats-Unis, Inde, Japon, Russie, Turquie, pays qui représentent 61% du PIB mondial, selon les sondeurs. L’opinion qu’ils ont de notre Union est favorable pour 94 % des Brésiliens, 84 % des Chinois, 83 % des Indiens, 76 % des Japonais, 75 % des Etats-Uniens, 67 % des Australiens, et même pour 57 % des Turcs. Les moins enthousiastes sont les Russes : le nombre des avis négatifs équilibre celui des positifs.

Comme quoi, on est toujours plus heureux dans le regard des voisins. The grass is always greener on the other side, comme disent les Anglais : l’herbe est toujours plus verte de l’autre côté. Et les Allemands : die Kirschen in Nachbars Garten schmecken immer süsser. Les cerises dans le jardin du voisin ont toujours un goût plus sucré.

Je rappelle que le dernier sondage mené sur l’appartenance de notre pays à l’Union européenne, qui date déjà d’avril, montrait une remontée de l’europhilie nationale : 53% des personnes interrogées considèrent que l’appartenance de la France à l’Union européenne est une bonne chose, contre 14% qui pensent le contraire. A ce moment-là, aux yeux des Français, les priorités pour l’Union européenne étaient dans l’ordre : la lutte contre le chômage (84%), suivie de la protection de l’environnement (83%), la lutte contre le terrorisme (82%) suivie de près par la lutte contre la fraude fiscale (79%). Les 5 pays les plus euro-enthousiastes de l’UE étaient, dans l’ordre, le Luxembourg, l’Irlande, les Pays-Bas, l’Allemagne et la Pologne. Les cinq plus eurosceptiques : l’Autriche, la Hongrie, l’Italie, la Grèce et la République tchèque.

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