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La droite populiste au Parlement européen : objectif 33 %

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Avec une majorité de blocage, les souverainistes entendent protéger leurs amis...

Le but affiché par l’envoyé de Donald Trump auprès des partis populistes européens, Steve Bannon, est d’obtenir, pour leurs partis le tiers des sièges au Parlement européen. Pourquoi ce tiers ?

Réponse de Mark Leonard dans un article mis en ligne avant-hier : primo, avec un tiers des eurodéputés, les populistes pourraient bloquer la mise en œuvre de sanctions contre les gouvernements qui violent les règles de l’Union européenne et bafouent l’Etat de droit. Comme on sait, de telles sanctions menacent sérieusement aujourd’hui les gouvernements de la Hongrie et de la Pologne. En obtenant le tiers des sièges au Parlement européen, les partis populistes seraient ainsi en mesure de protéger leurs amis. 

Mais ils pourraient aller beaucoup plus loin, par exemple en faisant capoter les négociations budgétaires pour l’adoption du Cadre financier pluriannuel 2021-2027, qui devrait être la première lourde tâche du futur Parlement européen. Certains de ces partis envisagent sérieusement de déclencher un « shutdown » à l’américaine, en privant la Commission de ses crédits pour lui briser les reins. Mais, fait observer Leonard, avec un score de 33 % ou plus aux élections européennes, les populistes obtiendraient mécaniquement des postes de commissaires et ceux-ci se ne gêneraient pas pour bloquer le travail de la Commission, chaque fois que celle-ci tenterait des avancées. 

Plusieurs de ces partis étant très proches de Moscou, sinon franchement financés par Poutine, ils veilleraient à alléger les sanctions contre la Russie. Ces partis sont également hostiles aux accords commerciaux internationaux et aux mesures environnementales. Ils s’opposeraient à la signature de nouveaux accords et feraient en sorte de saboter l’Accord de Paris sur le climat…

Mais qu’est-ce qui pousse Mark Leonard à envisager l’hypothèse selon laquelle les partis populistes de droite pourraient gagner le tiers des voix aux prochaines élections européennes ?

Un sondage, mené dans toute l’Union européenne, par deux chercheurs du think tank European Council on Foreign Relations, Susi Dennison et Pawel Zerka, qui va être rendu public cette semaine. Selon cette étude, il faut s’attendre à une très vigoureuse poussée des partis populistes de droite et au  regroupement de leurs forces, aujourd’hui dispersées au sein du Parlement. Ce qui est attendu, c’est que les eurosceptiques votent assez massivement, alors que les europhiles risquent de s’abstenir. Le référendum sur le Brexit a démontré que les opposants à l’UE se sont déplacés plus souvent pour aller voter que les partisans du maintien dans l’UE. 

Ensuite, il y a l’espèce de front commun qui est en train de se créer, sous l’impulsion de l’envoyé de Trump, Steve Bannon, entre des gouvernants appartenant à la droite populiste, en particulier Viktor Orban et Matteo Salvini. A priori, leurs pays ont des intérêts en contradiction, notamment sur la question migratoire, mais ils semblent être parvenus à des accords stratégiques pour miner les institutions européennes de l’intérieur. Officiellement, ces partis, comme le Rassemblement national, ne prônent plus ni sortie de l’Union, ni abandon de l’euro. Ces slogans sont devenus bien moins populaires qu’il y a quelques années dans l’opinion. Non, ce qu’ils prétendent obtenir, c’est un rapatriement massif de compétences au profit des gouvernements souverains. 

Mais comme le fait remarquer Mark Leonard, la meilleure façon d’affaiblir l’UE et de miner la confiance qu’elle inspire encore à une majorité d’électeurs est de priver de tout pouvoir ses institutions. En outre, dans plusieurs pays de l’Union européenne, ces élections au Parlement européen vont se dérouler la même année que les élections nationales. En Estonie et Slovaquie, ce sera juste avant ; en Belgique et au Danemark, juste après. Les partis populistes comptent bien, dans les deux cas bénéficier d’une vague d’euroscepticisme pour se rapprocher du pouvoir dans leur pays. 

Macron face à la vague populiste. 

En outre, estime Leonard, ce qui rend l’affaire encore plus compliquée, c’est que les partis pro-européens apparaissent, cette fois, divisés sur des sujets essentiels. Libéraux, Verts, chrétiens-démocrates ou sociaux-démocrates s’opposent sur des thèmes tels que le communautarisme, ou la mondialisation. 

Rien n’est encore perdu, conclut Mark Leonard. « Mais pour éviter une déroute, les pro-Européens doivent accepter les légitimes critiques que méritent les déficiences de l’UE. "

Quant au président français, Leonard écrit que Macron est conscient du piège populiste, celui qui consiste à tenter d’enfermer les électeurs dans l’alternative patriotes contre mondialistes. « Mais, poursuit-il, il fait trop peu pour démontrer que sa politique peut permettre aux électeurs laissés-pour-compte de se sentir en sécurité face à la mondialisation et l’intégration européenne. En théorie, au moins, le macronisme représente la meilleure alternative pro-européenne au nationalisme atavique. Mais pour éviter une révolution populiste en mai, Macron et les autres leaders européens devront s’adresser bien-au-delà du cercle fermé des élites cosmopolites. Sinon, ils tomberont dans le piège des Eurosceptiques."

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