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La marche des femmes sur Washington, minée par ses contradictions internes

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53 % des femmes blanches ont voté pour Donald Trump, un homme réputé pour son sexisme sans complexe. Cela pose bien des questions.

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Logo de la Women's March on Washington Crédits : Women's March

L’idée de la Marche des femmes sur Washington est née sur Facebook. Teresa Shook, procureure en retraite, qui vit à Hawaï, crée, au lendemain de l’élection de Donald Trump, une page appelant les femmes à protester. Elle est rapidement rejointe par une styliste de mode de Brooklyn, Bob Bland. Des dizaines de milliers de femmes s’inscrivent en quelques jours sur leur page. Toutes font le même constat : comment une majorité des états américains – sinon des électeurs – a-t-il pu envoyer à la Maison Blanche un tel personnage ?

Trump est connu pour ses sorties publiques sur le physique des femmes – un sujet ultra-sensible aux Etats-Unis. Sans parler des propos privés, dont il est plus délicat de faire état. Primo, parce que ceux qui prétendent en rapporter ne sont pas nécessairement de bonne foi et fiables. Deuxio, parce que les coulisses des plateaux de télévision où Trump a bâti sa légende ne sont pas nécessairement régis par les mêmes codes de comportement que les tribunes électorales.

A une animatrice de Last Week Tonight, le show satirique de HBO, en pleine campagne électorale, Trump lance un soir : « Vous pouvez toujours dire, et c’est politiquement correct, que l’aspect physique ne compte pas. Mais manifestement, ça compte. Vous, par exemple, vous n’auriez pas eu le job si vous n’étiez pas magnifique. » Non seulement Trump fait publiquement allusion au physique des femmes, mais il n’hésite pas s’en prendre à celui de celles qui le critiquent. Dans ce registre, le pire twitt signé Trump était ainsi libellé : « Si Hillary Clinton ne peut pas satisfaire son mari, qu’est-ce qui lui fait croire qu’elle peut satisfaire l’Amérique ? »

Premier problème : malgré l’épouvantable réputation du candidat républicain et le fait que pour la première fois de son histoire, le parti démocrate proposait une candidate, la majorité des femmes blanches (53 %) a voté pour le Républicain et non pour la Démocrate, quand 94 % des femmes noires ont voté Hillary Clinton.

Ella Whelan, éditorialiste du site Spiked s’énerve qu’on mette ce choix sur le compte d’une « haine de soi », ou qu’on accuse les femmes qui l’ont fait de trahison envers leur sexe. « Cette élection prouve une chose, écrit-elle, c’est que demander aux femmes de voter sur la base de leur genre, plutôt que leurs idées politiques, ça ne marche pas ». En effet, les Américains votent de plus en plus en fonction de leur appartenance ethnique. Le vote s’est communautarisé.

« Très vite sont venues les contestations et la première a porté sur la question raciale », écrit de son côté Jia Tolentino dans le New Yorker. Teresa Shook avait d’abord appelé à une « Marche d’un million de femmes ». Mais le slogan rappelait trop la « Marche d’un million de femmes noires » qui a eu lieu à Philadelphie le 25 octobre 1997. Les militantes noires ont protesté.

Sous leur pression, les organisatrices ont accepté de changer l’intitulé de leur appel et ont insisté sur le caractère « intersectionnel » de leur mouvement. Sont invités à la marche les femmes, blanches ou noires, mais aussi est-il précisé, les Asiatiques, les originaires des îles du Pacifique, les femmes trans, les femmes handicapées, les hommes et les enfants… » Bob Bland a appelé les femmes blanches qui participent au mouvement à « comprendre leurs privilèges et à reconnaître la lutte des femmes de couleur. » Des échanges assez vifs ont eu lieu entre militantes féministes noires et blanches. Rosie Campos a posté sur la page Facebook en question : « Chères femmes blanches, ceci ne nous concerne pas. »

Le mouvement s’est doté de quatre co-présidentes nationales, soigneusement sélectionnées pour représenter la diversité : une leader communautaire noire proche d’Obama, Tamika D Mallory, une avocate représentant les Latinos, Carmen Perez, une Palestinienne qui milite pour la fermeture des écoles publiques de New York lors des fêtes musulmanes, Linda Sarsour et la styliste Bob Bland, styliste blanche, qui se réclame du commerce éthique.

Les divisions s’étalant au grand jour, les médias conservateurs ont adopté envers l’initiative le ton de la raillerie. En particulier lorsque des groupes de militantes anti-avortement ont demandé leur participation à la Marche – ce qui leur a été d’abord accordé, puis refusé. Ou lorsqu’un syndicat de prostituées a connu le sort inverse : exclu, puis réintégré des associations organisatrices.

Ce que tout cela prouve, estime Jia Tolentino, c’est que « Facebook est à la fois le meilleur endroit pour atteindre les gens et le pire s’il s’agit de mener une discussion politique. » Mais l’essentiel, à ses yeux, c’est qu’un nombre significatif de personnes convergent vers Washington pour – je cite – « exprimer leur conviction qu’un pays dirigé par Trump met en danger leurs propres libertés et les libertés de ceux qu’elles aiment ».

En tous cas, Donald Trump entame son mandat sous le signe d’une profonde division des Etats-Unis. Les politiciens populistes sont clivant par nature. C’est en polarisant l’électorat qu’ils se font élire. Une fois, au pouvoir, qu’ils ne s’étonnent pas de ne pas provoquer le réflexe d’unité nationale qui suit ordinairement l’élection des présidents, aux Etats-Unis….

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