LE DIRECT
Le journaliste français Sylvain Fanet exhume le meilleur d’un mouvement qui a triomphé avec ses sonorités synthétiques et mélancoliques entre 1978 et 1985

La New Wave, tourbillon musical des années 1980

4 min
À retrouver dans l'émission

Il y a quarante ans, s'ouvrait une de ces époques bénies qu'a connues la culture rock...

Le journaliste français Sylvain Fanet exhume le meilleur d’un mouvement qui a triomphé avec ses sonorités synthétiques et mélancoliques entre 1978 et 1985
Le journaliste français Sylvain Fanet exhume le meilleur d’un mouvement qui a triomphé avec ses sonorités synthétiques et mélancoliques entre 1978 et 1985 Crédits : SL - Radio France

On écoute un morceau de l’album de XTC, Drums and Wires, sorti en 1979, il y a quarante ans. Un des cent albums choisis par Sylvain Fanet dans sa sélection « la New Wave en 100 disques essentiels ».

Oui, la New Wave avait commencé sur le mode mineur, avec Joy Division et le courant dépressif qu’on a vite baptisé « cold wave ». C’était la bande-son du fameux « winter of discontent », l’hiver du mécontentement de 1978-79 en Grande-Bretagne. 

Rien ne se perd pour toujours dans le rock. Les modes perdurent longtemps après que d’autres aient semblé les remplacer. La preuve : dans la sélection de Sylvain Fanet, on trouve Turn on the bright lights du quatuor new yorkais Interpol, dont Fanet compare le chanteur, Paul Banks à Ian Curtis de Joy Division. Or ce disque date de 2002. La vague froide n’en finit pas de mourir…. Cure a fait toute sa carrière en poursuivant dans cette ligne. 

Reste qu’en mai de cette année 1979, Margaret Thatcher est élue Première ministre pour la première fois. Le courant introspectif et dépressif de la Cold Wave laisse place à l’ironie, à la dérision. On l’observe, dans les concerts de rock de l’époque :  la « division des impers gris », uniforme de la cold wave, qui affectionne les capotes d’uniformes militaires, a vite lassé. A l’austérité du post-punk, à son minimalisme (on pense au groupe Wire), succédèrent des tenues d’apparat pour night-clubbing aussi délirantes qu’à l’époque du glam-rock. C’est que le tournant des années soixante-dix et quatre-vingt est marquée par la culture « club ». On va en boîte pour se montrer. C’est dans ces clubs plus ou moins underground que les créateurs de mode branchés viennent repérer les idées nouvelles, les tendances. Et que s’inventent les nouveaux courants musicaux.

Ca culmine avec le mouvement, un peu ridicule anglais des « Nouveaux romantiques ». Une idée de Malcolm McLaren, l’ancien mentor des Sex Pistols, qui mise sur un nouveau groupe Adam and the Ants. Sa copine Vivienne Westwood, créatrice de mode, les affuble de costumes inspirés des films de pirates. Ils se maquillent, cultivent leur ambiguïté sexuelle… Triomphe dans les boîtes branchées. Adam est viré, remplacé par une jeune immigrée de quatorze ans, Annabella Lwin. Le groupe de McLaren s’appelle alors Bow Wow Wow. Boy George y fait ses débuts. Bow Wow Wow passe pour « thatchérien ». Mais avec McLaren, on ne sait jamais quelle est la dose de second degré et de dérision qu’il a mise dans son cocktail…

Le nihilisme agressif des punks a été remplacé en trois ans par un consumérisme hédoniste et transgressif

Ultravox, Human League, Thomson Twins, Japan, Depeche Mode, Matt Bianco : la recette est la même : electropop et rythmique qui donne envie de danser. Il faut s’éclater. Le nihilisme agressif des punks a été remplacé en trois ans par un consumérisme hédoniste et transgressif, un exhibitionnisme de l’outrance. Il faut s’éclater. Ca culminera avec les succès planétaires du groupe Frankie Goes to Hollywood, mais on sera alors sorti de la New Wave.

Pour tenter de restituer l’esprit de l’époque, j’ai choisi dans la liste des cent disques essentiels de la New Wave commentés par Sylvain Fanet, dans son livre Standing on the Beach, Tainted Love de Soft Cell. Encore un duo. La machinerie électronique est en train de démontrer qu’on peut remplacer tout un groupe par un synthétiseur et une boîte à rythme – n’est-ce pas Eurythmics. Beaucoup de chansons de cette époque évoquent la difficulté qu’il y a à vivre son homosexualité dans l’Angleterre de cette époque. C’est le thème de Smalltown Boy de Bronski Beat (même époque). Très présent aussi chez Soft Cell. 

Le SIDA allait vider toute cette scène en tuant nombre de ses plus talentueux musiciens, mettre fin à la « party » et provoquer la fermeture des clubs dans la deuxième moitié des années quatre-vingt. Fin de la New Wave. 

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......