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La récession au coin de la rue ?

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Des signes avant-coureurs laissent penser que les Etats-Unis sont en fin de cycle.

La guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine va-t-elle impacter la croissance mondiale ?

Tout le monde dit le redouter. Et Nouriel Roubini, l’un des augures les plus écoutés de la planète économique expliquait récemment pourquoi, à son avis, nous risquons, en effet, une récession américaine et mondiale. 

Il y a d’abord, dit-il, cette guerre commerciale, lancée par Trump contre le concurrent chinois qui ne jouerait pas selon les règles. La construction systématique de barrières douanières à l’entrée des produits de consommation aux Etats-Unis ne peut manquer de provoquer un renchérissement de leurs prix de vente. Les Américains ne vont pas se mettre d’un seul coup à fabriquer chez eux les tee-shirts et les machines à laver qu’ils ont l’habitude d’importer. Les consommateurs américains vont juste les payer plus cher. Leur pouvoir d’achat en sera rogné d’autant. 

Cette guerre pourrait vite se dérouler sur deux fronts - commercial et monétaire – puisque la Chine menace de répliquer aux tarifs douaniers américains en faisant chuter la valeur de sa monnaie face au dollar. Elle va avoir des effets désastreux sur le commerce mondial. La mondialisation est en train de faire place à une balkanisation régionale.

Celle-ci menace de désorganiser la fameuse « chaîne de valeur » qui fait que votre i-phone est conçu, produit et assemblé dans toute une série de pays différents, en fonction des spécialisations locales. Les droits de douane vont peser sur le prix des composants, des intrants intermédiaires et alourdir les prix des produits, en bout de chaîne. 

Une lutte effrénée pour le contrôle des industries du futur.

En effet, poursuit Nouriel Roubini, la guerre commerciale se double d’une lutte entre les deux superpuissances pour la primauté dans les industries du futur : intelligence artificielle, robotique, etc. 

A cet égard, la préémince dans le domaine de la 5G apparaît comme déterminante à brève échéance. Car cette technologie, équipant les objets connectés, n’importe lequel de nos appareils domestiques ou professionnels pourrait servir à nous espionner. Or, si Huawei devait l’emporter, ce qui semble être le cas, les Américains seraient amenés à considérer une énorme quantité de produits chinois comme autant de menaces pour leur sécurité nationale. 

Un signe qui annonce les récessions américaines : la fin d'un long cycle de croissance ? 

C’est pourquoi, selon Roubini, la récession proviendra d’un choc d’offre négatif. Il y aurait une réduction de l’offre causée par une altération sévère des conditions de production. 

Pour l’instant, les prévisions de croissance pour l’économie ne sont pas réellement alarmantes. La croissance mondiale était, l’an dernier, de 3,6 %. Elle est attendue à 3,1 % cette année. Mais les observateurs ont relevé, fin août, un de ces signes qui annoncent les récessions aux Etats-Unis : une inversion de la courbe des taux d’intérêt. Lorsque les rendements des taux d’intérêt des Bons du Trésor à long terme (par exemple à dix, voire trente ans) sont inférieurs à ceux à court terme, c’est qu’on arrive en fin de cycle. Un tel phénomène s’était déjà produit en 2007. On connaît la suite.

Comment sortir de cet affrontement, qui ne menace pas seulement la croissance mondiale, mais la paix du monde ?

A court terme, selon Shang-Jin Wei, ancien chef économiste de la Banque asiatique de développement, le ralentissement de la croissance américaine, voire le risque, en effet de récession, va calmer les ardeurs belliqueuses de Donald Trump. Car la Chine n’a plus les moyens de relancer l’économie mondiale, comme elle l’a fait en 2008/2009. Dans un premier temps, poursuivant sur sa lancée, la balance commerciale américaine avec la Chine va encore se détériorer. Mais plus la croissance américaine va faiblir, moins le pays va importer.

A plus long terme, l’ancien gouverneur de la Bank of India, Raghuram G. Rajan, pense que la crise actuelle de la mondialisation a pour cause le refus des Etats-Unis de jouer plus longtemps le rôle « d’hégémon bienveillant » d’un « système de commerce et d’investissement fondé sur des règles ». Les économies avancées ont tenté d’imposer aux pays du Sud, notamment à travers des traités commerciaux de libre-échange, les normes environnementales et sociales qu’ils ont décidé d’appliquer eux-mêmes. Ils ont également tenté de leur imposer une interprétation très stricte des droits de propriété intellectuelle

Mais les émergents, menés par la Chine, ont refusé de se laisser ainsi lier les mains. Ils ont retardé l’ouverture symétrique de leurs propres marchés. 

La Chine peut être ralentie, mais pas arrêtée. 

Aujourd’hui, le système mondial est en crise parce que les Américains ont réalisé qu’il ne leur était plus favorable. Mais la Chine « peut être ralentie, mais non pas arrêtée. » Lorsqu’elle aura atteint une certaine puissance, on peut s’attendre à ce qu’elle impose d’autres règles. Les siennes. Et qu’elle en devienne, à son tour le gardien. Sinon, le monde – je cite-  « pourrait se diviser en deux ou plusieurs blocs déconnectés et mutuellement méfiants, mettant fin au flux de personnes, de production et de capitaux qui les relient aujourd’hui. » Avec à la clé un risque de guerre. 

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