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La réussite de la mission Macron dépendra en partie des Allemands

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Le nouveau président français a besoin d'un changement d'attitude de la part du gouvernement de Bonn. Or, les élections là-bas auront lieu en septembre. Excellent timing !

Les Allemands ont un intérêt vital à la réussite de Macron. C’est ce qu’écrit noir sur blanc l’ancien ministre Vert des Affaires étrangères Joschka Fischer. « L’avenir de l’UE, et en particulier celui de l’Allemagne, écrit-il, dépend d’une présidence Macron réussie. Elle permettra d’extraire la France de son malaise économique qui n’a que trop duré, ainsi que de résoudre la crise identitaire qui paralyse ce pays. » Mettre fin aux divisions sociales qui affaiblissent la France requiert le redémarrage d’une économie en panne de croissance. Car la mission de Macron, c’est de mettre fin au sous-emploi, après que la France ait essayé, sans succès, les mises en retraite anticipée, avec la droite, le partage du temps de travail avec la gauche, les couches superposées « d’emplois aidés » ajoutées successivement par la droite et la gauche….

Mais sur l’efficacité des mesures préconisées par notre nouveau président, les avis divergent. Si beaucoup voient la France prendre, avec retard, la voie des réformes du marché du travail qui ont bien réussi à l’Europe du Nord, d’autres doutent de leur efficacité. L’économiste de gauche Dani Rodrik juge que le programme de Macron demeure, malgré tout, reste dans la ligne d' « un néo-libéralisme qui se démarque peu des politiques d’austérité » pratiquées jusqu’alors. Ramener le taux de l’impôt sur les sociétés près de la moyenne européenne, supprimer 120 000 postes de fonctionnaires, afin de maintenir le déficit sous la barre des 3 % du PIB, ce n’est guère révolutionnaire. Adopter la flexisécurité à la scandinave est plutôt une bonne chose, mais cela ne suffira pas, selon Rodrik, à faire revenir le taux de chômage à un niveau supportable. D’autant que le plan de relance annoncé, de 50 milliards, dans les infrastructures et la formation des chômeurs, demeure, à ses yeux, insuffisant. Cela représente à peine 2 % de PIB.

Non, je cite Dani Rodrik « le succès de la présidence Macron dépendra dans une large mesure de la coopération européenne. » Et Macron l’a compris, qui veut convaincre les Allemands de la nécessité d’une politique plus généreuse de transferts entre pays riches et excédentaires (comme l’Allemagne), et pays en souffrance. Rodrik a l’air de penser que la direction du SPD y est disposée, mais que ce n’est pas forcément la ligne que défendra Angela Merkel durant la campagne électorale.

On relèvera avec amusement que Joschka Fischer, ancien ministre allemand de Gerhard Schröder, conseille au président de la République de se montrer moins conciliant envers Berlin que l’ont été ses prédécesseurs, Sarkozy et Hollande. Quel que soit le résultat des élections allemandes de septembre, explique-t-il, la nouvelle équipe dirigeante saura se montrer plus solidaire et plus accommodante envers les besoins de la France en matière d’investissements. A condition d’être sollicitée. Car, à l’occasion de nos élections présidentielles, les Allemands ont pris conscience du risque réel de voir notre pays, en quittant l’euro, entraîner la destruction de tout l’édifice européen construit au cours des 60 dernières années. Décidément, Emmanuel Macron a la baraka !

Quelle forme pourrait prendre cette solidarité allemande ? Klaus Shwab, le fondateur du Forum économique mondial lève en partie le voile. Nous autres, Allemands, écrit-il, devons reconnaître que le fossé qui sépare les économies du Nord et celles du Sud de l’Europe s’est encore élargi à la suite de la crise de 2008. L’idée d’Europe plusieurs vitesses, qui fait un grand retour et apparaît comme une solution, ne l’est pas. Car en réalité, chacune de nos nations est un cas à part. Il vaudrait mieux parler d’une Europe aux besoins différents que d’une Europe à vitesses différentes.

Ce que devra faire le prochain gouvernement allemand, s’il veut se montrer responsable, c’est prendre l’initiative d’un mouvement d’allègement des dettes publiques à l’échelle de toute l’Europe. Dans la foulée, le fondateur du Forum économique mondial reconnait que l’excédent commercial allemand n’est pas soutenable. Et que Berlin ne peut pas continuer non plus à attirer les jeunes talents des pays d’Europe du Sud. Car la fuite des cerveaux commence à menacer certains d’entre eux, comme celle des médecins et infirmières des pays d’Europe centrale vers la Grande-Bretagne au cours des années récentes. Par bonheur, notre incapacité congénitale à apprendre les langues étrangères nous a évités jusqu’ici un brain-drain « nach Berlin »…

Autre question : l’Union européenne est-elle responsable du tremblement de terre qui a empêché les partis de gouvernement d’être présents au second tour des récentes présidentielles ?

Non répond un professeur de sciences politiques de Cambridge, Hugo Drochon. Quand on parle du brain-drain… C’est la classe politique française, elle-même – je cite « l’une des plus dorlotées et les plus refermées sur elles-mêmes parmi les élites occidentales » qui paye le prix de ses erreurs. Et Drochon de dresser un parallèle entre les deux filières d’excellence progressivement mises en place en France et en Grande-Bretagne : l’ENA et PPE (pour Philosophy, politics and economics), le diplôme le plus coté d’Oxford. Dans les deux cas, il s’agissait de former une classe d’administrateurs publics de très haut niveau. Mais cela a abouti à la création d’une élite technocratique d’un grand conformisme intellectuel, qui a perdu le contact avec la population, et qui s’est emparé la direction des partis politiques.

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