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Donald Trump s'entretient avec les chefs d'état-major de l'armée des Etats-Unis.

La trahison des Kurdes jette le désarroi parmi tous les vieux alliés des Etats-Unis

5 min
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Donald Trump croit améliorer ses chances de réélection en ramenant les militaires au pays. Il sacrifie les réseaux d'alliance noués par les Etats-Unis depuis des décennies.

Donald Trump s'entretient avec les chefs d'état-major de l'armée des Etats-Unis.
Donald Trump s'entretient avec les chefs d'état-major de l'armée des Etats-Unis. Crédits : Mark Wilson - Getty

"La trahison déraisonnable d'un allié stratégique".

« La décision précipitée du président Donald Trump de retirer les troupes américaines de Syrie, dégageant la voie à une offensive turque contre les Kurdes, constitue la trahison déraisonnable d’un allié stratégique. _Une telle malhonnêteté_, on aurait pu l’attendre d’un régime fasciste ou dictatorial et pourtant, ce sont les Etats-Unis – leader mondial doté, paraît-il d’idéaux élevés – qui ont ainsi émergé comme empire de perfidie. » Ainsi commence la tribune consacrée par Shlomo Ben-Ami, ancien ministre israélien des Affaires étrangères et intellectuel de notoriété internationale, au retrait américain de Syrie.

Trump est en train de mettre en pièces, dit-il, tout le réseau d’alliances, politiques et militaires, patiemment mis en place par ses prédécesseurs. Il déclare la guerre commerciale à ses alliés européens. Il dit se laver les mains du retour en Europe des djihadistes de Daesh, jusqu’à présent gardés par les forces kurdes de l’YPG. « Bon, ils vont s’échapper vers l’Europe, c’est là qu’ils veulent aller. Ils veulent rentrer chez eux », a-t-il déclaré en conférence de presse.

Résultat : les alliés des Etats-Unis sont amenés à des révisions déchirantes. L’Inde se tourne vers la Chine et la Russie. La Corée du Sud, constatant que Washington a perdu tout intérêt pour empêcher le « petit rocket man » de se doter d’un arsenal nucléaire, envisage des concessions préjudiciables à son dangereux voisin. Taïwan, qui se sent abandonnée, va être contrainte de se rapprocher de la Chine continentale. L’Arabie saoudite, consciente du peu de valeur de l’alliance américaine, entame des négociations urgentes avec l’Iran - qui lui fait si peur...

Non, les Etats-Unis n'étaient pas "empêtrés dans une guerre sans fin"...

C’est peu dire que les commentateurs condamnent, dans leur très grande majorité, l’abandon des alliés kurdes par le locataire de la Maison blanche. Les critiques indignées ne viennent pas seulement de l’opposition démocrate, ou des ex-« néoconservateurs ». Un diplomate aussi réputé que Richard Haass, ancien membre important de l’administration de George W Bush et aujourd’hui président d’un des principaux think tank américains, le Council on Foreign Relations, juge l’abandon des Kurdes catastrophique. Parce qu’il renforce les doutes que pouvaient nourrir les alliés des Américains à travers le monde sur la fiabilité de ce partenaire. 

Certes, on comprend que Trump, à l’approche de la campagne électorale présidentielle, tienne à être perçu par une opinion américaine lasse des aventures militaires extérieures comme ayant tenu sa promesse de ramener les militaires dans leurs foyers. Mais il se trompe lourdement, lorsqu’il déclare que les Etats-Unis étaient, au Moyen-Orient, empêtrés dans « une guerre sans fin ». 

« Ce que faisaient les Etats-Unis dans le Nord de la Syrie était intelligent et efficace », poursuit Haass. Ils se contentaient de fournir aux forces kurdes un soutien logistique, de l’entraînement et de l’information. Mais la seule présence d’un millier d’Américains sur place suffisait à dissuader les Turcs, les Syriens, les Russes ou les Iraniens de s’attaquer au territoire ainsi gagné par les Kurdes et leurs alliés arabes sur le soi-disant « Etat islamique ». 

Le problème, souligne Haass, c’est que, comme souvent, Trump apparaît en phase avec une grande partie de l’opinion américaine. Beaucoup d’électeurs ont été séduits par son précédent slogan de campagne « America First ». Ils estiment que les besoins de leur pays dans les domaines de la santé, de l’éducation, du logement ont été, dans le passé, sacrifiés aux besoins de financement de guerres lointaines qui n’ont apporté que des ennuis. Une vague isolationniste traverse à présent les Etats-Unis. Et c'est sur elle que Trump entend surfer pour obtenir une réélection qui se présente mal. 

L'isolationnisme américain précède souvent des crises dramatiques.

Mais l’histoire nous apprend, poursuit Haass, que les périodes de repli sur soi finissent souvent par des chocs violents, qui obligent les Etats-Unis à se lancer dans de nouvelles odyssées risquées. Croire qu’il suffit de se retrancher dans la "citadelle Amérique" pour éviter les périls est une illusion. Les attentats du World Trade Center et du Pentagone devraient servir de leçon…

Ce désastre diplomatique, selon Carl Bildt, diplomate renommé et ancien Premier ministre de Suède, pourrait figurer au Livre des records. Mais son origine remonte bien avant que Trump mette en application la désastreuse décision de retrait qu’il avait annoncée en décembre dernier. Les Etats-Unis avaient été incapable de fixer une ligne politique cohérente sur l’avenir du Nord-Est syrien, libéré par les Forces démocratiques syriennes. Les responsables de la diplomatie américaine se décarcassaient à enter de donner une apparence de cohérence à une politique étrangère, totalement improvisée par le président Trump à coups de tweets… 

Les Européens, qui avaient misé sur le renversement du régime sanguinaire de Bachar Al-Assad comme d’ailleurs, la Turquie d’Erdogan, peuvent renoncer au rêve d’une Syrie démocratique. Ce sont les Russes, les Iraniens et les Turcs qui vont régler entre eux l’avenir de la Syrie. L’Europe est aux abonnés absents… comme souvent. Elle n'a encore rien compris au XXI° siècle

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