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L'Allemagne n'est pas épargnée par la désaffection envers la classe politique

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Et les partis protestataires en bénéficient.

L’Allemagne s’est longtemps vantée d’avoir été épargnée par la vague populiste. Celle-ci, nous disaient nos voisins, ne touchait que les pays mal gérés, insuffisamment réformés… Cette morgue n’est plus de mise.

Et, outre-Rhin, il semble bien que la stratégie de « Grande Coalition », censée procurer au gouvernement une assise politique large, ait nourri une contestation de la classe politique dans son ensemble. Le Spiegel a publié, la semaine dernière, une étude très intéressante sur « l’érosion de la démocratie allemande ». Elle montre que l’Allemagne connaît les mêmes problèmes que l’ensemble des démocraties européennes : « haine envers l’élite, dégoût des politiciens, mépris pour les grands patrons et pour les journalistes ». Ce rejet des élites s’exprime sur les réseaux sociaux, faute de pouvoir trouver un relai dans les médias traditionnels.

Le clivage déterminant, dans notre pays, écrit der Spiegel, n’est plus celui qui sépare la gauche de la droite ; non c’est celui qui oppose les partis de gouvernement, également recentrés l’un et l’autre, aux marges politiques. Ces partis populistes servent de défouloir à un public qui se sent de plus en plus aliéné du système politique en vigueur.

Une partie de la population éprouve un sentiment de dépossession ; et elle se plaint de ne pas être entendue par ses représentants. Ces personnes sont inquiètes ; elles auraient besoin de sentir que l’Etat contrôle la situation, qu’il veille sur l’identité et la continuité de leur nation. Estimant que tel n’est pas le cas, elles se tournent vers ceux qui se sont emparés de ces craintes diffuses pour gonfler leurs voiles – l’Alternative pour l’Allemagne, en premier lieu. A partir de quel seuil pourra-t-on estimer que le populisme constitue un danger réel pour le fonctionnement de la démocratie, se demande le Spiegel ? 20 %, 30 % ; ou 50 % ? Dans les sondages, l’AFD tourne aux alentours de 12 à 14 % des intentions de vote. Mais on a appris à se méfier de ces sondages.

En même temps, ce qui remonte des élus, coincés entre le discours officiel, celui qui est tenu à Berlin et ce qu’ils entendent dans leurs circonspections, c’est que le discours politique s’érode : les gens n’adhèrent plus au jargon politicien, aux formules destinées à leur clouer le bec. On leur parle « retards d’investissements », ils vous répondent que les murs des écoles de leurs enfants sont moisis… Ils ont l’impression que leurs dirigeants leur parlent depuis une autre planète. Le million d’immigrés supplémentaires que l’Allemagne a accueillis l’an dernier sert de boucs-émissaires et cristallise la rancœur des populations autochtones : les laissés-pour-compte prétendent qu’on n’en fait pas autant pour eux…

Cette insatisfaction chronique trouve un exutoire dans les procédures de la démocratie directe : dès qu’ils en ont l’occasion, les gens bloquent les décisions prises par les élus. Ils provoquent des référendums d’initiative populaire. « Quoiqu’on propose, ils sont toujours contre », témoignent des maires et des représentants des Länder, dans ce pays très décentralisé.

Comment les partis de gouvernement réagissent-ils à cette crise de légitimité démocratique ? De plusieurs manières. D’une part, ils essaient de renouveler leurs cadres, en faisant appel à des non-professionnels de la politique. Ainsi offre-t-on en ce moment des promotions-éclairs à des personnalités issues de la « société civile ». Le SPD a confié récemment le poste de secrétaire-générale à une juge entrée en politique, Katarina Barley. Ces partis tentent aussi de reprendre pied sur les réseaux sociaux, où ils sont brocardés depuis des années, en y organisant des discussions avec leurs responsables. Mais on constate, en Allemagne comme dans d’autres pays d’Europe, que les passionnés de politique sont de plus en plus âgés. Le renouvellement générationnel est, partout, problématique ; même si on a noté un petit mouvement d’adhésions, à gauche, suite à l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis…

Quelles sont les causes de cette désaffection pour la politique ? Et peut-on dire qu’elle est générale ?

La réponse est dans la géographie. En Allemagne, comme aux Etats-Unis et, de manière générale dans la plupart de nos vieux pays ex-industriels, il y a dorénavant deux sortes de régions : celles qui ont bien profité de la mondialisation, les métropoles qui bénéficient des nouvelles activités créées par le numérique ; et celles qui s’enfoncent, victimes de la concurrence des pays à bas coûts de main-d’œuvre. Des Länder comme le Mecklembourg-Poméranie, en ex-RDA, se vident littéralement de leur population. Ne restent que les retraités et les personnes inemployables. Les écoles ferment. Les gens cessent de voter. Et ceux qui votent encore, le font pour les partis protestataires, comme l’AFD. Il y a, en Allemagne, une nouvelle géographie : régions de vainqueurs, comme la Bavière, le Bade Wurtemberg ; régions de perdants, les villes-Etats de Brême et de Berlin, le Mecklembourg-Poméranie occidentale.

Les électeurs de l’AFD disent « les politiciens n’ont aucune idée de ce qui se passe dans le pays. Moi-même, je pourrais faire mieux qu’eux. » Est-ce un hasard si ce discours est tenu au même moment par les électeurs et les élus de Beppe Grillo en Italie ? C’est la démocratie représentative qui est en crise. Et elle l’est dans tout l’Occident.

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