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Le bluff de Theresa May : transformer le Royaume-Uni en un paradis fiscal aux portes de l'UE

5 min
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La première ministre britannique dispose de peu de cartes maîtresses dans la partie de cartes entamée avec l'Union européenne.

La grande majorité des membres de la Chambre des Communes étaient hostiles au Brexit. Et pourtant, celui-ci a été choisi par 52 % des électeurs lors du référendum du 23 juin dernier. La semaine dernière la même Chambre des Communes a adopté le Projet de loi de retrait de l’Union européenne. Comment l’expliquer ?

Comme une victoire personnelle de Theresa May, chef de gouvernement le plus populaire 7 mois après son entrée en fonction depuis la 2° Guerre mondiale… juste derrière Tony Blair, tout de même. Aux Communes, elle a donc écrasé la rébellion d’une partie des membres de son propre parti, en obtenant 494 voix l’autorisant à entamer les négociations de sortie de l’Union européenne, contre 122 qui entendaient le lui refuser. Résultat étonnant, si l’on garde en mémoire le fait qu’en effet, les 2/3 des membres de la Chambre basse étaient hostiles au Brexit. Mais comment aller contre la volonté majoritaire des électeurs qu’on est censé représenter ? C’est pourquoi le passage du texte gouvernemental devant la Chambre des Lords lundi prochain sera une simple formalité.

Ensuite, les négociations pourront s’engager avec les représentants de l’Union européenne. Elles devraient débuter à la fin du mois prochain. Theresa May s’est fixé deux ans pour aboutir à un accord de divorce par consentement mutuel, qu’elle souhaite assorti d’un contrat d’association, afin de repartir sur des bases nouvelles.

Et c’est là que le bât blesse. Car le négociateur en chef de l’UE, le Français Michel Barnier a prévenu : "un accord sur la sortie en ordre des Britanniques est la condition à remplir pour la conclusion d’un nouveau partenariat. » Autrement dit, l’UE ne veut pas négocier simultanément sur le Brexit et la nature des liens nouveaux à créer entre les deux ensembles. Le divorce d’abord. Ensuite seulement, une nouvelle négociation, qu’on promet très longue (« plusieurs années ») afin d’aboutir à un éventuel accord d’association.

On rappelle que les négociations commerciales de l’UE avec le Canada ont duré 7 ans et ont failli capoter in extremis sur un simple veto wallon ! Or, c’est précisément la perspective de ce long intérim entre le statut de membre à part entière et celui d’associé qui inquiète le plus les milieux d’affaire, et les responsables conservateurs. On redoute plus que tout d’être ainsi « coincés dans les limbes », écrit ainsi Mark Leonard. De son côté, Karel Lannoo du think tank Centre for European Policy Studies, prévient que « l’intérêt mutuel, c’est une transition ordonnée ». Toute période de vide juridique entre les deux parties serait mutuellement « disruptive » - le mot à la mode.

Mais, du côté de l’Union européenne, on ne semble pas mesurer combien une lenteur calculée à trouver un compromis avec la Grande-Bretagne risque d’écorner une image déjà passablement dégradée. Au Royaume-Uni, comme dans d’autres Etats-membres, se renforcera l’idée que l’UE est une « prison des peuples », une « nouvelle URSS », qui non seulement limite drastiquement la souveraineté des Etats, mais refuse de facto aux peuples le droit au départ. Que l’Europe est entre les mains d’une bureaucratie tatillonne, extraordinairement lente à décider dans un monde qui exige une forte réactivité.

Theresa May voudrait obtenir un statut de pays associé à l’UE sur le plan commercial. Elle voudrait un accès total au marché européen. Mais elle sait déjà qu’un Etat ne peut intégrer le marché unique et l’union douanière qu’en l’échange d’un engagement former sur les « 4 libertés ». Liberté de circulation des personnes, des produits, des services et des capitaux. Puisqu’elle ne veut pas entendre parler de la première, elle ne peut prétendre bénéficier elle-même des trois autres. Contrairement à ce qu’a dit Boris Johnson, les Britanniques ne sauraient « garder leur gâteau et le manger ». Le beurre et l’argent du beurre…

- De quels arguments disposent les négociateurs britanniques ? Avec quels atouts abordent-ils cette négociation ? D'un chantage. Ainsi s’explique la visite rendue à Trump, aussitôt après son installation à la Maison Blanche. Retenez-moi ou je fais un malheur. Je suis Donald Trump dans sa guerre protectionniste. Bien sûr, ce serait un reniement complet de traditions britanniques plus que séculaires. Mais on ne peut totalement exclure qu’en cas de blocage majeur des négociations avec l’UE, la Grande-Bretagne se lance dans une fuite en avant. Pour reprendre les termes de Jean-Louis Bourlanges, évoquant cette hypothèse, « l’obscur sentiment d’avoir tort décuple la rage d’avoir raison. »

Plusieurs responsables conservateurs ont évoqué la menace de transformer leur île en un paradis fiscal aux portes de l’Europe, aimantant les capitaux par une baisse drastique de tous les impôts et une dérégulation favorable aux investisseurs. Le tout assaisonné d’une guerre des monnaies… L’Union européenne a tout intérêt à éviter une telle éventualité. Mais de nombreux observateurs jugent que les Britanniques y ont encore moins intérêt que nous. Theresa May promet des investissements massifs : avec quoi les financer, si on écrase les impôts ? Et l’économiste allemand Daniel Gros a lancé un avertissement : « la théorie économique prédit que l’érection de nouvelles barrières douanières pénalise les intérêts des deux côtés ; mais que c’est la plus puissante des deux économies qui y perd le moins »… Voilà les Britanniques prévenus !

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