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Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band, pochette de l'album

Le cinquantième anniversaire du Sergent Poivre

5 min
À retrouver dans l'émission

Le fameux album des Beatles mérite-t-il son statut de jalon décisif dans l'histoire culturelle de l'Occident ?

Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band, pochette de l'album
Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band, pochette de l'album

En mai 1967, paraissaient en librairie L’écriture et la Différence de Jacques Derrida et La Marge d’André Pieyre de Mandiargues. Le premier allait marquer la philosophie pour plusieurs décennies. Le second emporter le Prix Goncourt. Quelle époque !

Oui, il y a des décennies comme ça. Les sixties ont probablement constitué l’un des points culminants de la créativité en Occident. Le contexte international avait pourtant tout pour rendre les contemporains anxieux. Les années 60 s’ouvrent, en effet, sur la crise des missiles de Cuba – on n’est jamais passé aussi près de la guerre nucléaire entre les deux superpuissances de l’époque ; et elle se termine avec l’écrasement du Printemps de Prague par les chars russes et l’enlisement américain au Vietnam. Pourtant, les sixties restent, à juste titre, dans la mémoire collective de ceux qui ont eu la chance de les vivre, comme une époque bénie : l’optimisme ambiant autorisait l’audace.

Les éditeurs s’apprêtent à célébrer, l’an prochain, le 50° anniversaire de Mai 68. Mais le mois prochain, un autre 50° anniversaire donnera lieu, lui aussi, à des célébrations. C’est le 1° juin 1967, en effet, que les Beatles mettaient en vente l’album le plus ambitieux de leur carrière, Sergent Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Et avec le recul, on peut dire que ce fut l’un des événements culturels majeurs de la deuxième moitié du XX° siècle.

Le magazine intello britannique Prospect organise, chaque mois, un échange d’argument entre deux personnalités sur le sujet brûlant du moment. Dans le numéro de ce mois-ci, la question posée est « Sergent Pepper mérite-t-il tout ce battage ? » Réponse positive, pour John Harris, journaliste au Guardian. Négative, pour Victoria Segal, critique musicale et littéraire du Sunday Times. Gauche versus droite, ce serait simplifier à outrance. Même si la première se montre critique de la génération du baby-boom et de son legs. Et voici un résumé des deux positions antagonistes :

D’abord, première divergence quant au sens historique de l’album des Beatles.

John Harris : si l’album représente un moment essentiel dans l’histoire moderne de l’Occident, c’est parce qu’il enregistre la césure entre deux époques. Je cite : « A ses meilleurs moments, vous pouvez y entendre à la fois la fin de l’Angleterre en chapeau melon, impériale et moisie – celle des fanfares en uniformes, et la naissance de la modernité dans laquelle nous vivons encore aujourd’hui, émancipée, auto-expressive et chaotique. » C’est un mélange étonnant d’avant-gardisme et de nostalgie de la culture populaire anglaise. N’oublions pas que Penny Lane et _Strawberry Fields for eve_r, ces chansons de la ressouvenance, ont été enregistrées lors des mêmes sessions et devaient figurer, à l’origine sur l’album. Si A day in the life, est le chef-d’œuvre qu’on a dit, c’est précisément parce que ce morceau réussit la greffe de l’expérimental sur l’attendrissement envers le passé victorien.

Victoria Segal : « Cela fut moins la rampe de lancement vers une nouvelle ère que le condensé d’une humeur d’optimisme de courte durée, puisqu’elle devait cesser rapidement à la fin de la décennie. »

Quant au contenu : pour Victoria Segal, Sergent Pepper est un objet fabriqué de manière capricieuse, avec beaucoup de moyens. Beaucoup trop. La créativité de John Lennon ne pouvait se déployer librement dans l’atmosphère d’un énorme studio où George Martin les faisait travailler toutes les nuits, comme des salariés. Du coup, l’album signe le le début de l’emphase musicale qui ne sied pas à l’esprit rock. Il inaugure une grandiloquence qu’on retrouvera ensuite avec The Dark Side of the Moon des Pink Floyds, ou, plus récemment, avec OK Computer de Radiohead. Or, à la même époque, naissait une nouvelle scène, autrement plus authentique et audacieuse, parce que maigre et tranchante, avec le psychédélisme en Grande-Bretagne, le Velvet Underground à New York.

Réponse de John Harris : oui, les Beatles ont bénéficié de semaines entières de studios, des techniciens les plus pointus de l’époque. Mais c’est précisément la raison pour laquelle ils ont pu faire franchir à la pop music le passage à l’âge adulte. Ils ont libéré la pop music de ses limites. Grâce à la percée réalisée par les Beatles, cent fleurs ont pu s’épanouir.

Victoria Segal (elle écrit si bien qu’elle mérite d’être traduite telle quelle) : « Sergent Pepper dit quelque chose comme : un temps splendide est garanti pour tous. Mais c’est une promesse qui peut sonner comme une menace. Une exigence que tout se conforme à cette gaieté cosmique imposée et cet optimisme collectif sur commande. »

Cet anniversaire va donner lieu, on l’imagine, à une réédition enrichie de l’album. Oui, on nous promet une édition de luxe, pleine de prises alternatives, avec notamment des versions inédites de Strawberry fields et Penny Lane, opportunément rajoutées à un album où ces chansons manquaient.

Je signale à nos auditeurs que l’ensemble des stations de Radio France leur a concocté un évènement très particulier pour célébrer ce 50° anniversaire de Sergent Pepper. Et que, bien sûr, France Culture sera associé aux cérémonies. Sous quelle forme ? Chut ! C’est encore une surprise. Bien dans l’esprit de l’album…

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