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 Elections sous Covid : quand la question du dépouillement des bulletins de vote devient un enjeu politique

Elections américaines : quand la question du dépouillement devient un enjeu politique

5 min
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Comme la loi américaine les y autorise, la majorité des électeurs démocrates ont l'intention de voter par correspondance le 3 novembre prochain. Contre seulement 20 % des électeurs républicains. Une réalité qui rend encore plus explosives les modalités d'organisation de ce scrutin crucial.

 Elections sous Covid : quand la question du dépouillement des bulletins de vote devient un enjeu politique
Elections sous Covid : quand la question du dépouillement des bulletins de vote devient un enjeu politique Crédits : Tetra Images - Getty

Beaucoup de gens craignent le pire, aux Etats-Unis, en novembre, à l'occasion des élections présidentielles. Voilà pourquoi.

Un recours massif au vote par correspondance

L’épidémie en cours a déjà causé la mort de plus de 200 000 personnes dans le pays. De très nombreux bureaux de vote avaient déjà été fermés, ces dernières années pour des raisons obscures. Beaucoup d’autres l’ont été, ces derniers mois, parce que la COVID-19 dissuade nombre d’assesseurs de surveiller le bon déroulement du scrutin. Du coup, un nombre très inhabituel d’électeurs ont déjà décidé de participer au scrutin sans prendre le risque de se rendre au bureau de vote. Ils ne veulent pas avoir à faire la queue pour aller déposer leur bulletin dans l’urne. Ils voteront chez eux, par correspondance, comme la loi les y autorise. Les sondages montrent que ce sera le choix de la majorité des électeurs démocrates, mais de 20 % seulement des électeurs républicains. 

On comprend pourquoi Trump est si hostile au vote par correspondance. Il sait déjà que celui-ci ne lui sera pas favorable et il voudrait en compliquer la possibilité. Premier problème : les Républicains, Donald Trump en tête, disent soupçonner les Démocrates de chercher à "truquer le scrutin". "La seule manière, pour nous, de perdre cette élection, ce serait qu’elle ait été truquée" a déclaré publiquement le président, en août dernier. Cela augure mal d’une succession élégante et paisible…

Après le "mirage rouge", un "revirement bleu" ?

Mais on voit poindre un deuxième problème, celui du temps que va prendre le décomptage des bulletins de vote. Un professeur de droit, Edward Foley, a relevé un phénomène électoral récurrent aux USA : les résultats des comtés ruraux, peu peuplés, arrivent plus rapidement que ceux des grandes villes, qui mettent davantage de temps à être dépouillés. Or, les premiers votent majoritairement républicains, et les métropoles massivement démocrates. Du coup, les premiers résultats publiés sembleront favoriser les Républicains – même dans des Etats où, in fine, ce sont les Démocrates qui l’emporteront. C’est ce que Foley a baptisé the blue shift – le revirement bleu.

Cela aggravera le contre-temps relevé, ce week-end par Peggy Noonan dans le Wall Street Journal : chaque Etat ayant ses propres procédures de dépouillement des bulletins de vote par correspondance, la proclamation des résultats sera de fait étalée sur plusieurs jours. Dans la mesure où, on l’a vu, les électeurs républicains auront été  plus nombreux à s’être déplacés pour voter, il est donc assez probable qu’au matin du 4 novembre, Donald Trump se proclame réélu. Qu’il le fasse sur la base du seul décompte des bulletins déposés dans les urnes, en particulier dans les petites villes rurales. Quitte à être contredit quelques jours plus tard, une fois connus les résultats des votes par correspondance dans tous les Etats des USA. Ce qu’on baptise à présent le « mirage rouge », couleur du parti de M. Trump. 

Faudra-t-il envoyer des agents des services secrets pour le déloger de la Maison blanche le jour de l’Investiture de Joe Biden ? On l’envisage déjà.

Trump ira-t-il jusqu'à remettre en cause le processus électoral en cas de défaite ?

"Entre le soir de l’élection et le jour de l’investiture, s’ouvrira une zone de danger", selon le politologue Larry Sabato. Des résultats, à peine proclamés, seront contestés. Il faudra recompter ici ou là. Internet fourmillera de rumeurs du genre : un de mes cousins vivant dans l’Ohio a vu de ses yeux des milliers de bulletins de vote jetés dans le fleuve… En Floride, on a fait voter des gens morts depuis quatre ans… Etc. etc.

Des deux côtés, relève The Economist, on a dramatisé à outrance l’enjeu du scrutin. Tant du côté de Trump que de celui de Biden, cette élection est présentée comme un "test existentiel pour les Etats-Unis". L’hypothèse d’une victoire de l’autre camp a pris des allures d’apocalypse. Dans l’ambiance actuelle, marquée par une polarisation politique démente, des haines raciales, des esprits surchauffés, des peurs mutuelles, beaucoup d’observateurs disent redouter des affrontements violents. 

Elections américaines : un stress-test pour la démocratie ?

Pour compliquer encore les choses, on apprend par le directeur du Centre de contre-espionnage NCSC, William Evanina, que ses services s’attendent, cette année, à voir la Chine et l’Iran rejoindre la Russie dans un effort sans précédent d’intervenir dans les élections américaines. Ce qui a été confirmé par Marco Rubio, président la Commission d’espionnage du Sénat : des hackers russes ont testé les vulnérabilités des systèmes informatiques de décompte des voix dans chacun des 50 Etats des USA. 

On soupçonne moins une opération massive visant l’ensemble du processus électoral qu’une intervention discrète et ciblée, visant un ou plusieurs "swing states", ces Etats qui peuvent faire basculer le résultat d’un côté ou de l’autre. Mais je reviendrai demain sur les méthodes employées. La revue Foreign Affairs vient, en effet, de publier un article très détaillé sur les méthodes employées pour aiguiser les tensions et provoquer le chaos dans les démocraties.

Le moins que l’on puisse dire est que le spectacle qui risque d’être offert, à l’occasion de ce scrutin, par la plus puissante démocratie du monde ne sera pas à l’avantage de la forme de gouvernement que les Américains et nous autres, Européens, nous avons choisie et à laquelle nous tenons : le gouvernement du peuple par le peuple

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