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Plus l’échéance du 3 novembre approche, plus le climat de la campagne électorale américaine se tend.

Présidentielle américaine : le grand retour de la guerre culturelle

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Au fur et à mesure qu’approche l’échéance du 3 novembre, le climat de la campagne électorale américaine se tend. Comme en 2016, la polarisation politique est inouïe. Chacun des deux camps est absolument sûr de son bon droit et prête à l’autre les intentions les plus diaboliques.

Plus l’échéance du 3 novembre approche, plus le climat de la campagne électorale américaine se tend.
Plus l’échéance du 3 novembre approche, plus le climat de la campagne électorale américaine se tend. Crédits : Tom Williams / Pacific press - Getty

A deux mois de l’élection, les sondages donnent une avance relativement confortable au candidat démocrate : 50 % d’intentions de vote pour Joe Biden, contre 43 % pour le président sortant. Mais il ne faut pas vendre la peau de l’ours. D’abord parce que l’écart a eu tendance à se réduire, ces dernières semaines. Ensuite parce que les sondages accordaient la victoire à Hillary Clinton en septembre 2016 – et on connaît la suite. 

Reste qu’aujourd’hui plus encore qu’il y a quatre ans, l’atmosphère politique aux Etats-Unis est, disons-le, pestilentielle. Certains commentateurs n’hésitent pas à la comparer avec celle qui présida à la guerre de Sécession qui fit, rappelons-le 620 000 morts. 

L'instrumentalisation politique des colères

Comme alors, la polarisation politique est inouïe. Chacun des deux camps en présence est absolument sûr de son bon droit et prête à l’autre les intentions les plus diaboliques. La démocratie repose, écrit Alexander Cohen dans The Conversation, sur la légitimité de gouverner, reconnue aux vainqueurs des élections. Or, le résultat des présidentielles de novembre 2020, quel qu’il soit, va exaspérer près de la moitié des Américains. Au point qu’on peut se demander si une partie significative de l’électorat ne risque pas de refuser la légitimité du vainqueur.

Lors de présidentielles de 1988, qui opposèrent George Bush à Michael Dukakis, l’électorat considérait généralement l’autre camp avec respect. Les électeurs jugeaient que les deux candidats cherchaient à améliorer la vie des Américains. Par contraste, les candidats d’aujourd’hui sont tous deux polarisés sur l’idée de canaliser la colère à leur avantage. Joe Biden surfe sur la colère que provoque Trump et Trump sur la colère éprouvée par la classe moyenne blanche. Sean Westwood, politologue

Le parti républicain reste un parti de chrétiens blancs, le parti démocrate s'est diversifié

Celle-ci s’inquiète du déclin de son influence. Pour la première fois de son histoire, en cette rentrée, parmi les élèves du primaire et du secondaire des Etats-Unis, ce qu’on appelle le K-12, les élèves blancs ne seront plus majoritaires. L’immigration en provenance d’Amérique centrale se poursuit. 45 millions d’habitants des Etats-Unis actuels sont nés dans un autre pays. Or, la politique américaine est littéralement obsédée par les identités – ethniques et sexuelles. "La corrélation entre animosité raciale et identifications idéologiques et partisanes est à son plus haut degré d’incandescence", écrit Thomas Edsall dans le New York Times.

Qu’est ce qui, fondamentalement distingue les deux électorats ? 

La base électorale du parti républicain n’a guère changé en un quart de siècle. 88 % étaient des chrétiens blancs en 1984, 75 % de ses électeurs actuels sont blancs et chrétiens aujourd’hui, en 2020. 

Mais le parti démocrate, lui, a beaucoup changé. 38 % de ses électeurs se déclarent à présent sans affiliation religieuse. Et il est devenu le grand parti des minorités ethniques. Du coup, il est aussi plus diversifié que le Parti républicain. 

Face aux émeutes, Trump se réinvente en défenseur de "la loi et l'ordre"

On croyait la "guerre des cultures" terminée par une victoire nette de la gauche sur les questions de société, tels que le droit à l’avortement et le mariage homosexuel. Mais voilà qu’elle ressurgit, selon le politologue conservateur Daniel Henninger, dans une tribune du Wall Street Journal.

Trump croyait jouer sa réélection sur l’éclatante santé économique des Etats-Unis à la veille de l’épidémie de coronavirus. Mais les mesures adoptées pour la contenir ont fait plonger l’Amérique dans la récession. Le chômage, au plus bas, est reparti à la hausse. Trump a dû chercher un nouveau thème de mobilisation. Il fait désormais campagne pour "la loi et l’ordre", capitalisant sur la peur qu’inspire ,à nombre d’Américains, les dérapages qui ont parfois suivi les manifestations Black Lives Matter. 

Le propre des guerre culturelles, c’est qu’elles mettent en jeu, bien au-delà de simples divergences d’opinion, des systèmes de valeur complets.

La guerre culturelle du moment a un épicentre, Portland, Oregon. La ville compte l’une des universités les plus politisées des Etats-Unis. Le maire, Ted Wheeler, démocrate modéré, est devenu la cible de Trump pour n’avoir pu empêcher que les manifestations Black Lives Matter ne dégénèrent, comme dans d’autres villes américaines, en incendies et en pillages. Trump se présente désormais comme seul capable de ramener la sécurité dans une Amérique au bord de la crise de nerfs, où, des deux côtés on se hait et on s’arme…

Le spectre de la guerre civile...

La guerre de Sécession fut déclenchée par le refus des Etats du Sud de reconnaître le résultat des élections présidentielles de 1860. Leurs dirigeants n’ignoraient pas l’intention du vainqueur, Abraham Lincoln, de mettre fin au scandale de l’esclavage. 

Aujourd’hui, c’est le président sortant qu’on soupçonne de ne pas reconnaître sa probable défaite. Il met d’avance en cause le vote par correspondance, soupçonne des irrégularités dans le dépouillement du scrutin. Cette dramatisation a évidemment pour but de rameuter ses propres électeurs. Mais elle contribue évidemment à cliver davantage encore le peuple américain.

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