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Le groupe parlementaire travailliste, en opposition à Corbyn peut-il faire sécession ?

5 min
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En 1981, un groupe de dirigeants travaillistes quittait le Labour pour s'en aller former un parti social-démocrate. Un même schisme peut-il avoir lieu aujourd'hui ?

La revue britannique Prospect consacre le principal dossier de sa livraison d’avril à la crise du Labour Party. L’historien Ross McKibbin y compare le parti travailliste à l’apogée de sa puissance électorale (1951) avec sa faiblesse actuelle. Principale cause du déclin : la Grande-Bretagne n’est plus une nation industrielle et l’Etat s’est retiré de la production. Et le parti s’est éloigné du pouvoir en se radicalisant dans les années 1980. Des sous-marins trotskystes du groupe Militant, qui étaient parvenus à noyauter certaines circonscriptions, ont été exclus du Labour en 1983.

Et en 1992, l’élection de John Smith à sa tête, à la suite d’une 4° défaite consécutive aux élections générales face aux conservateurs, amorçait un tournant réaliste et réformiste. Mais le parti demeurait fidèle à sa ligne social-démocrate. Puis survint Tony Blair et son New Labour, décidé à saborder une grande partie de l’héritage pour ravir le pouvoir aux conservateurs. Adieu, socialisme, bonjour progressisme. Notre historien d’Oxford l’analyse comme une rupture avec les racines ouvrières du parti. Déterminé à capter le suffrage de la majorité des classes moyennes, le parti est devenu trop favorable au business et à la finance. Et sa nouvelle idéologiel’ouverture, l’Europe, la mondialisation – a heurté de plus en plus d’électeurs traditionnels du Labour.

Car une large partie de son électorat, insiste Ross McKibbin, est mal à l’aise avec l’Union européenne, comme avec l’immigration. En 1975, les Britanniques ont voté oui à un référendum qui leur proposait de rejoindre le Marché commun. Il n’était pas question, alors, « d’union toujours plus étroite » ou de libre circulation de la main d'oeuvre. Or, le gouvernement de Blair a accepté l’ouverture de son marché du travail aux immigrés en provenance des nouveaux Etats membres d’Europe centrale. Les Allemands, eux, ont demandé un délai de 7 ans pour cette ouverture. Or, l’immigration est un sujet embarrassant pour le Labour. « Le problème, écrit McKibbin, c’est que la Grande-Bretagne est devenue une nation d’immigration de manière furtive. (…) Il n’y eut pas de décision prise. Cela s’est juste passé. » Mais du coup, la base sociale du Labour s’est encore rétrécie.

Récemment, s’est produit un phénomène assez rare : un divorce presque complet entre le groupe parlementaire travailliste et la base militante du Labour. A l’époque où Ed Miliband dirigeait le parti, il a introduit une réforme de l’élection du leader par la base dans un système qui ressemble à nos primaires. Il faut payer 3 livres pour participer au scrutin et s’engager à voter pour le parti. C’est Jeremy Corbyn qui est sorti vainqueur de cette consultation. Mais les députés de la Chambre des Communes, dont l’adoubement est nécessaire, lui sont hostiles à une large majorité. Ce divorce entre les sympathisants et les élus paralyse le parti. La tentative de nommer un nouveau leader, aussi à gauche que Corbyn, mais moins détesté des députés, Owen Smith, a échoué à l’automne. Certains députés ne cachent pas la tentation qu’ils éprouvent de quitter le parti et de créer une nouvelle formation, sur la droite du Labour de Corbyn.

Quelles seraient les chances électorales d’une telle formation, issue d’une scission du parti travailliste ? Très faibles, si l’on en croit un professeur de sciences politiques, qui publie dans le même numéro de Prospect, John Curtice. Il fait référence à un précédent récent : la création du Parti social-démocrate, en 1981 par 4 dirigeants du Labour de l’époque (Roy Jenkins David Owen, Bill Rodgers, Shirley Williams). Leur expérience a vite tourné court. Aux élections de 1983, le SDP n’obtint que 6 députés. C’est que le système électoral britannique – uninominal majoritaire à un tour – est impitoyable envers les tiers partis.

Si le groupe parlementaire travailliste actuel décidait de faire scission, le destin de ses membres serait probablement pire. A la différence de la « bande des quatre » fondateurs du Parti social-démocrate, les députés du Labour actuel sont des inconnus au niveau national. En outre, la situation est fort différente de celle que traversait la vie politique britannique au début des années 80. Il y avait alors un espace politique au centre gauche, parce que le Labour était dans une dérive gauchisante et que Thatcher avait imposé au parti conservateur un tournant à droite toute. En outre, le SPD avait trouvé un allié au centre droit avec les libéraux –, les deux partis ont d’ailleurs fusionné, donnant naissance au parti libéral démocrate, en 1988. Au jourd’hui les libéraux, un temps alliés aux conservateurs de David Cameron, sont en pleine déconfiture. D’après les sondages, les 2/3 des électeurs du Labour voteraient travailliste, quel que soit le leader. Il n’y a pas d’espace pour une nouvelle formation.

Reste que le Labour traverse la pire crise d’identité de son histoire selon le journaliste Julian Coman, qui a publié une longue étude à ce sujet dans le quotidien de gauche, The Guardian. D’abord parce que son électorat a divorcé de la direction du parti. Ainsi, sur le Brexit. Jeremy Corbyn avait adopté une position nuancée : rester dans l’Union européenne, afin de la réformer de l’intérieur, en s’appuyant sur les autres partis de gauche en Europe. Donc voter Remain. En réalité, sur les 232 circonscriptions travaillistes, l’écrasante majorité (149) a voté Leave – en contradiction avec la direction du Parti et ses élus au Parlement. La campagne du Labour est apparue – je cite – " pas assez favorable au Brexit pour ceux qui ont voté Leave ; pas assez europhile pour les partisans du Remain – et ils ont rejoint Libéraux Démocrates en masse." Enfin « sur l’immigration, la politique libérale du Labour est – je cite – aux antipodes du consensus qui règne depuis longtemps dans ses propres bastions. »

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