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Le jour où les machines intelligentes nous remplaceront

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À retrouver dans l'émission

La "singularité technologique" : cauchemar de science-fiction ou défi pour l'espèce humaine ?

Les anciens logiciels étaient programmés par des humains. Les nouvelles machines sont capables d’apprendre par elles-mêmes, comme l’a démontré le programme AlphaGo, développé par Google Deepmind. AlphaGo s’est entraîné en jouant plusieurs millions de parties virtuelles. Le mois dernier, il a battu le champion du monde du jeu de Go, le Chinois Ke Jie. Un exploit qui paraissait impossible.

On peut toujours opposer le fameux paradoxe de Moravec : ce qui est compliqué pour nous est facile pour les robots – comme jouer au jeu de Go. Mais ce qui est simple pour nous – comme monter des escaliers, ou ouvrir une porte – se révèle très difficile à apprendre pour une machine. Nous accomplissons ces tâches « sensorimotrices », parce que nos cerveaux sont l’aboutissement de millions d’années d’évolution. Ce n’est pas à la portée du premier robot venu, même doté de la plus extraordinaire intelligence artificielle. Pourtant, force est de constater que ces fameuses limites sont de plus en plus couramment franchies. Apparemment, les robots n’auront pas eu besoin de millions d’années pour apprendre à monter des escaliers…

Et cela relance la fameuse question du fameux « point de singularité technologique », ce moment où l’intelligence artificielle atteindra et dépassera l’intelligence humaine. Des experts, comme Margaret A. Boden, de l’université du Sussex, estiment qu’il s’agit – je cite – d’un « cauchemar de science-fiction ». L’Intelligence artificielle ne va pas, dans un avenir proche, « exploser » en s’auto-perfectionnant de manière autonome. Mais il est exact que l’IA dote désormais les machines d’une capacité à apprendre par elles-mêmes.

C’est en particulier le cas des « circuits neuronaux convolutifs multicouches », inspirés du fonctionnement de nos propres cerveaux. Une machine ainsi équipée est capable de reconnaissance faciale, vocale. J’ai vu fonctionner, à Tel Aviv, un de ces « yeux » numérique de reconnaissance faciale, qui garde en mémoire les visages de toutes les personnes autorisées à pénétrer dans un local et en refuse l’accès aux autres.

La reconnaissance vocale peut être également utilisée dans le traitement automatisé du langage. J’ai également eu la chance d’assister, dans les locaux de la société Systran, à Paris, à une démonstration des capacités nouvelles dont sont dotées les nouveaux outils de traduction mis au point par ce biais. Ils sont stupéfiants, et menacent la profession de traducteur, en particulier dans le domaine des langages spécialisé des domaines de haute technicité.

Mais selon Margaret Boden, le deep learning et la reconnaissance visuelle trouveront bientôt des applications plus inquiétantes. Notamment dans le domaine militaire. Aujourd’hui, ce sont des militaires qui pilotent, à distance, les drones chargés de supprimer les leaders des réseaux terroristes. Demain, prévient-elle, des armements automatisés risquent de décider de l’identité de leur cible de manière autonome…

- Vous avez cité Margaret Boden. Elle a publié plusieurs livres sur l’Intelligence artificielle, mais aussi sur d’autres questions philosophiques, comme l’origine et la nature de la créativité. Aucun n’a été traduit en français. D’autres philosophes à recommander – ayant réfléchi à ces questions ?

Ah oui : l’Italien Luciano Floridi. Auteur de plusieurs livres consacrés à la philosophie et à l’éthique de l’information, c’est un spécialiste passionnant des questions posées par l’Intelligence artificielle. Son approche, très large, s’étend de l’épistémologie à l’éthique en passant par l’anthropologie. Pour lui, « nous partageons dorénavant l’infosphère avec des agents artificiels, qui deviennent de plus en plus intelligents, autonomes et même sociaux. » Nous autres, « organismes analogiques », devons nous habituer à cohabiter avec des entités numériques de plus en plus nombreuses et perfectionnées.

Les « agents de l’Intelligence artificielle » nous arrivent de deux façons, dit-il. D’une part, à travers les applications de nos smartphones, les bots du web, capables de dialoguer avec nous, les algorithmes qui sélectionnent pour nous les lectures et les voyages susceptibles de nous intéresser. De l’autre, à travers les robots, les voitures sans conducteur, les montres connectées et d’autres gadgets à venir.

Cela fait des décennies, ajoute Floridi, que les technologies digitales et l’informatisation ont commencé à remplacer la main d’œuvre dans l’agriculture et dans l’industrie. La nouveauté, c’est qu’elles vont dorénavant s’attaquer aussi aux services. Quels sont les emplois menacés ? En première ligne, tous ceux qui servent d’interface entre une source d’information et une action à exécuter – du médecin qui interprète des électrocardiogrammes au banquier qui doit évaluer la fiabilité des emprunteurs.

Moyennant quoi, observe le philosophe italien, certaines formes de présence humaine demeureront incontournables : les conducteurs de trains sont plus faciles à remplacer par des machines que les conducteurs de voitures. Et cependant, il n’est pas envisagé de priver les voyageurs de leur présence rassurante. Beaucoup d’emplois de surveillants devront d’ailleurs être créés. Même si les machines intelligentes à tondre les pelouses ont fait leur apparition, la présence d’un jardinier demeure nécessaire. Mais sa fonction devra évoluer : il deviendra paysagiste.

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