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Le libre échange s'est trouvé un nouveau héraut : le patron du 1° parti communiste de la planète

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En donnant une leçon de mondialisation à Donald Trump, Xi Jinping a postulé pour son pays au titre de leader mondial en remplacement des Etats-Unis.

Ah oui, on vit une époque formidable ! Si on nous avait dit, mettons à l’époque de la Grande révolution culturelle prolétarienne, dans les années 60, qu’on verrait un jour le secrétaire général du Parti communiste chinois débarquer à Davos avec son épouse, afin d’y rencontrer les décideurs politiques des pays riches et les grands patrons du monde entier, à quoi aurait-on pensé ? A une blague du magazine Hara Kiri ? A un montage particulièrement invraisemblable de la CIA ?

Mao Tsé Toung a dû bien ricaner, hier, dans son mausolée de la place Tien Anmen. Car si l’actuel Grand Timonier de l’Empire du Milieu est venu au Forum économique mondial, en compagnie de son élégante épouse, c’est afin de donner une leçon de libéralisme économique au nouveau président des Etats-Unis. « Le protectionnisme, c’est comme demeurer tout seul dans une pièce plongée dans le noir », a lancé le président de la République populaire de Chine. « Nous devons rester attachés au développement du libre-échange et dire non au protectionnisme. » « Il ne sert à rien de blâmer la mondialisation pour des maux dont elle n’est pas responsable », a encore déclaré Xi Jinping. Oui, la mondialisation a trouvé son champion dans ce dirigeant communiste d’un nouveau type. Sans doute parce que son pays y trouve son intérêt…

Xi Jinping dirige le plus grand parti communiste de la planète – 88 millions de cartes de membres. Un parti communiste qui – grand première – est parvenu à enrichir sa population d’une manière absolument inédite dans l’histoire, quand le communisme s’était surtout distingué, au XX° siècle, par les pénuries, voire les famines qu’il occasionnait. Il est vrai qu’il l’a fait en usant de méthodes qui ne doivent pas grand-chose au marxisme-léninisme … Mais comme disait Mao, « les idées justes, en général, ce sont celles qui réussissent. »

Les communistes chinois, depuis Deng Xiao Ping, sont devenus des pragmatistes. Ils ont compris le parti que leur pays pouvait tirer de la mondialisation. Une mondialisation, lancée par les Etats-Unis, mais qui leur échappe. D’où l’ambition trumpienne d’y mettre un coup d’arrêt. Mais qui ne voit qu’en renonçant à l’accord de libre-échange transpacifique, négocié par Obama, Trump va permettre à la Chine d’organiser elle-même et selon ses idées le commerce en Asie ?

Dans un premier temps, la Chine s’est transformée en atelier d’assemblage de la planète. Elle a misé sur ses énormes réserves de main-d’œuvre et le savoir-faire pour attirer chez elle une section toujours plus large de la chaîne de valeur. Dorénavant, elle ne se contente plus d’assembler des pièces dont les plus sophistiquées venaient d’ailleurs. Les Chinois les conçoivent et les fabriquent eux-mêmes… Ils ont fondé leur développement sur les exportations au moment où la baisse des cours des matières premières et celle des coûts de transport étaient en train de doper le commerce international. Ils ont mis à profit la révolution du container et de sa gestion informatisée dans les ports modernes. Certes, sous la direction de XI Jinping, ls sont en train de changer de stratégie, et cherchent à moins dépendre des exportations et davantage de la consommation intérieure. Mais cela, Donald Trump, dont les analyses ont quelques années de retard, ne l’a pas compris.

Donald Trump a gagné sa présidence, en faisant de la Chine le bouc-émissaire des reculs américains. Il se comporte, écrit Yasheng Huang, professeur au MIT, comme un éléphant dans un magasin de porcelaine chinoise. Il prétend que le réchauffement climatique est un mythe inventé par les Chinois pour brider de régulations inutiles l’économie américaine. Il se livre, envers la Chine, à des provocations constantes par le biais de twitts incendiaires. En nommant à la tête du Conseil national du commerce l’auteur d’un livre intitulé Death by China : How America lost its manufacturing basis, Peter Navarro, il lance un défi bien dangereux pour les Etats-Unis eux-mêmes. Car il n’est pas certain que son pays ait à gagner à une guerre commerciale avec la Chine.

Comme d’autres commentateurs, Yasheng Huang relève que Pékin préférait Donald Trump à Hillary Clinton. Le promoteur immobilier apparaissait aux dirigeants chinois comme un businessman avec lequel on peut faire des affaires. Un pragmatique, lui aussi. Le contraire d’un idéologue. Mais ils ont vite déchanté. En particulier en entendant Trump les accuser de dévaluer systématiquement leur monnaie pour booster leurs exportations. La simple lecture régulière du Financial Times aurait épargné au nouveau président américain de proférer de pareilles bêtises.

Certes, la monnaie chinoise, qui s’était appréciée régulièrement face au dollar de 2005 à 2013, passant de 8 à 6 dollars environ, a reperdu de sa valeur depuis. Le renminbi vaut aujourd’hui un peu moins de 7 dollars. Mais contrairement à ce que prétend Trump, les dirigeants chinois, qui ont subi une inquiétante fuite des capitaux l’été dernier, ont puisé dans leurs énormes réserves de change pour stabiliser leur monnaie et enrayer sa dépréciation.

En réalité, au cours de ces derniers mois, c’est bien plutôt Trump qui a fait grimper le cours du dollar, en laissant présager une politique monétaire moins accommodante aux Etats-Unis. La preuve : les monnaies d’autres pays liés commercialement aux Etats-Unis, comme le peso mexicain ont littéralement dégringolé face au dollar. Le yuan, lui, se maintient autour de 6,8 dollars.

La mondialisation a trouvé en Xi Jinping son nouveau héraut. celui qui la pilotera a de bonnes chances de de s'imposer comme le maître du jeu. 1945-2017 : époque de la République impériale américaine. Une nouvelle époque commence aujourd'hui.

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