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Le modèle suédois est-il encore un modèle ?

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Le modèle suédois a été pensé pour une société très homogène. Elle ne l'est plus.

Le modèle suédois tient la route....

Curieux pays, la Suède. D’un côté, vous avez un modèle que toute l’Europe envie pour son système social universaliste, efficace et généreux, son insertion réussie dans la mondialisation, son niveau de vie bien supérieur au nôtre (PIB par habitant supérieur à 50 000 dollars par an chez eux, inférieur à 43 000, chez nous). Grâce à un système de garde d’enfants et de congés parentaux intelligent, les Suédoises bénéficient d’un des meilleurs niveaux d’égalité professionnelle et de salaires avec les Suédois. Le taux d’emploi de la population en âge de travailler est d’ailleurs le plus élevé d’Europe (78 %), alors que nous avons, en France, l’un des plus bas (65,6 %). Quand beaucoup de gens travaillent, financer l’Etat-providence devient facile…

La Suède est un pays en pointe dans le domaine de la défense de l’environnement. Les Suédois ont réussi la modernisation de leurs services publics en les privatisant et en donnant une très grande autonomie à ses responsables. Passer du public au privé et réciproquement n’est pas rare. Dans ce pays très attaché à l’égalité de traitement, il n’y a pas de statuts, ni de régimes spéciaux. Le régime de retraite par points est le même pour tout le monde. En outre, on reconnaît généralement que ces services publics efficaces et cet Etat-providence généreux ont su s’adapter à la demande d’individualisation qui émane d’une société qui se diversifie comme partout. 

Mais le malaise social se traduit par une instabilité politique nouvelle.

Mais la Suède a aussi une face sombre. C’est celle qu’ont révélé le polar nordique à la Henning Mankel ou Stieg Larsson, des séries comme « Bron ». « Sous le lisse vernis de perfection loge une société malade », écrit à ce propos le Financial Times

Celle-ci s’est révélée à l’occasion des élections de l’an dernier. La fameuse stabilité politique suédoise, bâtie sur la solidité d’une des social-démocraties les plus anciennes d’Europe - leur parti est demeuré sans discontinuer au pouvoir de 1932 à 1976 - a été prise en défaut. Aucun parti n’est sorti vainqueur des élections de septembre. Les sociaux-démocrates ont accusé à nouveau un fort recul, mais ils restent en tête, avec 28 % des voix. En face, l’Alliance de la droite et du centre atteignait les 35 %, mais elle s’est révélée incapable de se mettre d’accord sur un programme de gouvernement. 

Le jeu politique suédois habituel a été troublé par l’apparition, là comme un peu partout, d’un nouvel acteur politique, en provenance de l’extrême-droite populiste, les Démocrates de Suède. Elections après élections, ce parti ne cesse de progresser. 17 % des suffrages en septembre dernier. Les partis de droite jugent les Démocrates de Suède infréquentables et n’envisagent pas de l’inclure dans une quelconque coalition. Du coup, ils ont dû se résigner à laisser le gouvernement à une alliance minoritaire entre les sociaux-démocrates et les Verts, soutenu à la fois par une partie de la droite et par l’extrême-gauche.

La social-démocratie suédoise est-elle, cette fois, dépassée ?

Comme l’explique Tomas Lindbom sur le site telos,  les sociaux-démocrates suédois formaient historiquement le parti de masse des salariés « imprégné d’une pensée nationale ». Le haut niveau de redistribution était légitimité par la forte homogénéité culturelle et sociale du pays. L’Etat-providence se disait « la maison commune ». Aujourd’hui, ce parti se trouve bousculé par les métamorphoses de la société suédoise : un salariat éclaté (beaucoup d’auto-entrepreneurs et de personnes employées dans des petites entreprises des secteurs de la connaissance, et une société devenue de facto multiculturelle. 

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre le malaise que provoque en ce moment en Suède le livre de Kajsa Norman, une journaliste d’investigation suédoise, aujourd’hui basée à Londres. Dans ce livre, Sweden Dark Soul, elle suit l’itinéraire en Suède de deux hommes. Le premier, Chang Frick, fils d’un Juif polonais et d’une Tzigane, est un militant des Démocrates de Suède. Il s’est fait un nom en dénonçant, sur son site internet, les agressions sexuelles massives commises par des immigrés lors du Festival We Are Sthlm de 2015, que la presse avait longtemps passés sous silence. L’autre, Samvel Atabekyan, est un immigré venu d’Arménie, qui rêvait de devenir citoyen suédois et qui a été refoulé du pays. 

Les élites dirigeantes ont trop dissimulé les problèmes 

Car, sous l’influence des Démocrates de Suède, les sociaux-démocrates eux-mêmes ont durci considérablement leur politique migratoire. Kasja Norman accuse les élites dirigeantes suédoises d’avoir favorisé la montée du populisme xénophobe en refusant de reconnaître les tensions qui traversent le pays, la montée de la criminalité, la ségrégation géographique qui caractérise dorénavant la société suédoise. 

Par fierté nationale, les Suédois n’aiment pas qu’on leur démontre que leur société n’est plus aussi exemplaire qu’elle pensait l’être, qu’il existe un racisme aussi en Suède et que leur pays, habitué à une société très homogène, parvient mal à intégrer ses immigrés.  20 % de ses habitants actuels sont nés à l’étranger. C’est le pays d’Europe qui a accueilli le plus fort pourcentage d’immigrés par rapport à sa population. Et ce n’est pas sans lui poser les mêmes problèmes que partout, en Europe. Il n’y a plus d’exception suédoise…

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