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Le monde économique et financier compte sur l'Allemagne pour calmer Trump

6 min
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Trump accuse l'Allemagne, comme la Chine, de devoir ses succès commerciaux sur le marché américain à une monnaie sous-évaluée. Qu'en est-il ?

Le mois dernier, la chancelière allemande a rendu une première visite au nouveau président américain. Ca ne s’est pas très bien passé. L’accueil a été bien moins chaleureux que celui réservé à Theresa May. L’occasion de faire le point sur l’état des relations germano-américaines. Où en sont-elles ?

Les relations entre l’Allemagne et les Etats-Unis traversent une période de turbulence. La prudente chancelière Angela Merkel se garde bien d’assumer le rôle de leader du monde libre et de garante de l’ordre libéral du monde, que Barak Obama était venu lui confier, à Berlin, à la veille de son départ de la Maison Blanche. L’Allemagne n’a ni les moyens ni l’ambition de jouer le rôle de shérif de la planète. Mais elle est discrètement sollicitée par certaines organisations internationales pour organiser un front anti-Trump dans le domaine économique et financier – celui où elle compte. Notamment, nous apprend der Spiegel, du côté du FMI et de l’OCDE.

Le FMI critiquait la politique de Berlin envers Athènes. Il suggérait que la dette grecque, qui a déjà fait l’objet de plusieurs restructurations de la part de l’Union européenne, soit encore plus généreusement effacée. Tel n’est plus le cas. Ce qui a changé ? Donald Trump à la Maison Blanche. Alexis Tsipras pouvait compter sur la protection de Barak Obama. Donald Trump se désintéresse complètement de l’économie de la Grèce. Par contre, il critique vigoureusement l’Allemagne. Non pour son égoïsme, mais pour ses succès commerciaux…

Le FMI redoute que Trump, en mettant en œuvre une politique protectionniste, ne provoque une « récession géopolitique ». Cela pourrait infliger des dommages considérables à une économie mondiale qui n’est pas encore complètement remise de la crise de 2008. « Trump et son équipe, écrit Christian Reiermann, dans le Spiegel, ont mis un énorme point d’interrogation sur tout ce que défend le FMI depuis 70 ans qu’il existe : les avantages du libre-échange, des marchés ouverts et libéralisés et, ce qui n’est pas moins, de la solidarité internationale envers un pays qui traverse des difficultés financières ». Le nouveau gouvernement américain ne croit pas que le commerce soit un jeu gagnant/gagnant. Pour Trump et ses conseillers, c’est un jeu à somme nulle : ce qui est gagné d’un côté est forcément perdu de l’autre. D’où une tendance aux politiques économiques unilatérales. Les Etats-Unis, qui ont été les principaux promoteurs de la libéralisation des échanges dans le passé, se considèrent aujourd’hui comme des perdants. Le pays est devenu un « hégémon refermé sur lui-même ».

Et le FMI compte sur l’Allemagne pour « remplir le vide laissé par le retrait américain ». Berlin est appelé à assumer plus nettement son rôle de leadership en Europe. L’architecture de la finance internationale était garantie par Washington. Aujourd’hui, les Etats-Unis proclament qu’ils n’ont en vue que leurs propres intérêts. Plusieurs pays ont fait savoir discrètement à Berlin qu’on comptait beaucoup sur l’Allemagne pour sauver ce qui peut l’être de l’ordre économique international au prochain sommet du G20, qui aura lieu en juillet à Hambourg, sous présidence allemande. C’est notamment le cas de la Corée du Sud et du Japon.

Comme par hasard, ces deux pays font l’objet des mêmes accusations de la part de la Maison Blanche : leurs balances commerciales avec les Etats-Unis sont déséquilibrées à leur profit, alors même qu’ils bénéficient, depuis longtemps, de la protection militaire américaine…

Oui, Trump exige que les alliés des Etats-Unis partagent « plus équitablement le fardeau de la défense commune ». Mais c’est un discours qu’on a entendu de la part de tous leurs prédécesseurs ou presque. Qu’y a-t-il de nouveau ?

En effet, c’est ce qu’écrit Sylke Tempel, le rédacteur en chef de Internationale Politik. Mais on n’a jamais vu un président des Etats-Unis évoquer le paiement rétroactif des dépenses faites par ses prédécesseurs pour la protection de ses alliés. « Cet homme ne comprend manifestement pas le sens du mot alliance, écrit le rédacteur en chef des pages internationales du Frankfurter Allgemeine Zeitung. Il définit ses relations avec une alliance comme une sorte de racket. » Trump ne demande pas seulement une contribution plus importante de la part de ses alliés ; il veut qu’on paye pour la protection américaine… Et, dans la foulée, il exige un rééquilibrage des échanges commerciaux avec l’Allemagne – qu’il attribue non pas à l’excellence des produits allemands, mais à une manipulation, par les Européens, de l’euro.

Réponse vigoureuse de Hans-Werner Sinn, célèbre économiste allemand sur le site Project Syndicate : Trump a tort d’attribuer l’excédent commercial allemand à une manipulation des taux de change. Il est vrai, reconnaît toutefois Sinn, que l’euro est sous-évalué par rapport au dollar ; sa parité actuelle est 1 Euro pour 1,07 dollars, alors que sa parité de pouvoir d’achat est de 1,29 dollars. Mais il ne faut pas y voir l’effet d’une quelconque « manipulation ». C’est simplement la conséquence d’une décision que l’Allemagne a vivement critiquée et que la Bundesbank a même combattue : la fuite en avant monétaire de la BCE.

Pour soutenir les politiques budgétaires laxistes de nombreux pays européens, en rachetant leurs dettes, la Banque centrale a inondé les marchés de liquidités. Cela a entraîné mécaniquement une dépréciation de la monnaie européenne. Mais ce sont les Etats-Unis eux-mêmes qui sont responsables de la deuxième cause de la sous-évaluation de l’euro : leurs banques ont vendu des produits financiers basés sur des crédits hypothécaires pourris. Les comptes des banques allemandes étaient minés par ces fameux subprimes. Leur renflouement a coûté 280 milliards à l’Etat. « De ce point de vue, on peut estimer que beaucoup des nombreuses Porsche, Mercedes et BMW livrées aux USA n’ont jamais été payées. Le président américain devrait prendre cela en considération, avant de déclencher une guerre commerciale contre l’Allemagne », conclut Han-Werner Sinn.

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