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Politique extérieure américaine, et maintenant ?
Épisode 3 :

Le "nouvel ordre mondial", un concept périmé ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Le tournant diplomatique stratégique, pris par les Etats-Unis depuis 2016, mine ce qu’il était convenu d'appeler l’ordre libéral international. Comment réagissent les défenseurs de celui-ci ? Et surtout, celui et ceux qui succéderont à Donald Trump renoueront-ils avec l'esprit du multilatéralisme ?

Depuis son élection,Trump a rompu avec les visions multilatérales de ses prédécesseurs à la Maison blanche. En cas de défaite, cette politique perdurera-t-elle au-delà de son mandat ?
Depuis son élection,Trump a rompu avec les visions multilatérales de ses prédécesseurs à la Maison blanche. En cas de défaite, cette politique perdurera-t-elle au-delà de son mandat ? Crédits : Getty

Tandis que les partisans de l'ordre international libéral déplore l'unilatéralisme de Donald Trump, ses partisans affirment que les inflexions qu'il a données à la politique extérieure américaine seront durables.

Un néo-conservateur comme Robert Kagan ne cesse de rappeler le désastreux souvenir de l’entre-deux-guerres. A cette époque déjà, les Etats-Unis, devenus la première puissance mondiale, ont prétendu s’abstraire des rivalités européennes. Ils n’ont pas bougé lorsque le Japon a envahi la Mandchourie. On connaît la suite : Pearl Harbour, puis la guerre avec l’Allemagne…

Une leçon devrait être claire. C’est lorsque les temps sont cléments et qu’aucune menace grave n’est visible à l’horizon, qu’il faut se préparer à affronter les moments difficiles. C’est alors qu’il faut investir dans des alliances, alors même qu’elles apparaissent le moins nécessaires. Qu’il faut fluidifier l’économie mondiale et maintenir le commerce international relativement ouvert, soutenir les institutions économiques multilatérales alors même qu’on n’y a pas un intérêt manifeste évident. Ainsi, lorsque survient un désastre, comme c’est inévitable, le système s’avère plus solide et plus résilient. La confiance mutuelle des acteurs permet de surmonter les crises. Robert Kagan

Une leçon qui s’adresse manifestement à Trump, accusé d’avoir fait tout le contraire. Mais Michael Beckley lui-même conclut son papier, paru dans Foreign Affairs daté de novembre, par un plaidoyer pour le retour à une politique plus libérale. Sinon, avertit ce professeur de sciences politiques, le monde actuel, ouvert, pourrait bien se recomposer en zones économiques exclusives, en compétition les unes avec les autres – une voie dans laquelle s’est déjà engagée la Chine. 

Si les Etats-Unis leur emboitent le pas, de nombreux pays devront choisir entre ces deux blocs, à moins qu’ils n’aient les moyens de constituer le leur. Ce serait le retour d’un monde de grandes puissances mercantiles, veillant jalousement sur leurs marchés respectifs. Que deviendraient alors tous ces petits Etats faibles, de naissance récente et souvent incapables d’assurer à leur population les services nécessaires ? 

Politique étrangère de Trump : quel bilan ?

Dans la même revue Foreign Affairs, on trouve un article de Nadia Schadlow, qui a exercé brièvement d’importantes fonctions dans l’administration Trump. 

Son analyse repose sur l’idée que les illusions de l’après-guerre froide ne tiennent plus. Le "nouvel ordre mondial", préconisé par le président George Bush, au lendemain de la dissolution du Pacte de Varsovie, prévoyait une convergence générale des Etats vers le libéralisme économique, une mondialisation sous supervision de l’OMC. Il supposait une "gouvernance globale" sous leadership américain qui permettrait de s’attaquer enfin aux défis transnationaux, tels que la prolifération nucléaire, le changement climatique et le terrorisme.

Mais ce monde idéal supposait que la Chine accepte de jouer le jeu de la concurrence libre et non faussée. Que les agences internationales fassent preuve de compétence et d’efficacité, que les Etats-Unis conservent leur supériorité militaire. Que "l’âge de l’information", comme on disait, permis par les technologies numériques, favorise l’expansion de la démocratie.

Tel n’a pas été le cas, selon elle. 

Sous direction communiste, la Chine a persisté à contrôler ses marchés au lieu de les ouvrir, malgré son admission à l’OMC en 2001. L’OMC, comme l’OMS, sont devenues d’énormes bureaucraties s’occupant de beaucoup trop de sujets pour pouvoir mener à bien leurs missions essentielles. 

Les Etats-Unis ont perdu leur prédominance dans tous les domaines militaires. Les systèmes de déni d’accès chinois et russes ont considérablement réduit les capacités d’intervention américaines. Et les missiles hypersoniques, dans lesquels Moscou semble avoir pris un récent avantage, rendent les anti-missiles ineffectifs. Quant aux nouvelles technologies, telles que l’Intelligence artificielle et la reconnaissance faciale, le pouvoir chinois s’en sert pour exercer sur la population chinoise un contrôle social inouï. Le moins qu'on puisse dire est qu'elles n'ont pas favorisé l'expansion mondiale de la démocratie.

Trump et après ?

Quel que soit le vainqueur des élections de novembre, le retour aux postulats stratégiques pensés pour le moment unipolaire – les quelques années d’hégémonie américaine qui ont suivi l’éclatement de l’empire soviétique – nuirait gravement aux intérêts américains. Si un démocrate gagne la Maison blanche, il devra conserver la conviction que la rivalité est un trait inaltérable du système international et que ce serait une grave erreur de revenir aux postulats d’une époque dépassée. Nadia Schadlow

D’après cette chercheuse spécialisée, si Trump a rompu avec la pensée politique traditionnelle du Département d’Etat, s’il a abandonné "les mythes de l’internationalisme libéral", c’est qu’il a pris acte de ces changements. Trump croit au rôle des Etats dans l’arène internationale. Il ne partage pas les visions multilatérales grandioses de ses prédécesseurs à la Maison blanche. 

Mais il n’a pas renoncé à assurer la libre circulation des mers, en particulier en mer de Chine. Il applique le principe de réciprocité dans les échanges commerciaux et use dans ce sens des droits de douane. Il est parvenu à obtenir des alliés de l’OTAN qu’ils contribuent plus sérieusement au budget commun de l’Organisation. Enfin, il a augmenté de 20 % le budget du Pentagone depuis sa prise de fonction.

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