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Le président Macron et l'Union européenne

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Après le soupir de soulagement, on attend les initiatives françaises pour doter la monnaie unique de ce qui lui a fait défaut jusqu'ici.

A travers toute l’Europe, et pas seulement en Allemagne, on pousse un gros soupir de soulagement. Car dans toutes les capitales de l’UE, on était bien convaincu que l’élection de Marine Le Pen à la tête de la République française aurait signifié la fin de l’aventure européenne. L’Union européenne peut se passer de la Grande-Bretagne. Pas de la France, pays co-fondateur, première puissance militaire et deuxième puissance économique du continent. Même le gouvernement polonais, pourtant dirigé par un parti populiste de droite assez proche idéologiquement du Front National, avait fait savoir que Marine Le Pen n’avait pas sa préférence.

Beaucoup se demandent : l’échec de Marine Le Pen, succédant à celle de Norbert Hofer aux présidentielles autrichiennes et à celle de Geert Wilders aux Pays-Bas, signifie-t-elle le reflux de la vague populiste en Europe ? Caroline de Guyten, sur le site de Carnegie Endowment, relève que des manifestations spontanées de soutien à l’idéal européen ont eu lieu, ces dernières semaines, dans de nombreux pays. Et même en Suisse, qui n’appartient pas à l’Union européenne. Et si les europhiles relevaient la tête ?

Un seul bémol : on relève une certaine inquiétude en Angleterre. The Guardian, la semaine dernière, prévenait ses lecteurs que le nouveau président français serait un partenaire exigeant. Non seulement, il souhaite faire de la place de Paris la rivale de la City londonienne, en faisant revenir nos fameux traders exilés à Londres, mais il se montrera exigeant dans les négociations sur le Brexit. Il a dit qu’il ne laisserait pas la Grande-Bretagne devenir un paradis fiscal pour les entreprises européennes, tout en continuant à bénéficier du plein accès au marché unique européen. On ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre, ou, comme disent les Britanniques, « You can’t have your cake and eat it », vous ne pouvez pas garder votre gâteau et le manger.

Or, le taux de l’impôt sur les sociétés en Grande-Bretagne est déjà attractif : 20 % contre 24 % en moyenne dans l’UE. Et Theresa May, qui redoute une vague de délocalisations en direction de l’Irlande (où ce taux,le plus bas d’Europe, est de 12,5 %) a promis de l’abaisser jusqu’à 15 % dans les toutes prochaines années. Ce serait intolérable pour un pays comme le nôtre, qui pratiquait encore au début du quinquennat de François Hollande un prélèvement de 33%. Hollande avait engagé une baisse progressive qui devait l’amener à 28 % à l’horizon 2020. Les pays du Nord ont fortement réduit cet impôt sur les sociétés au cours de ces dernières années : il est tombé à 22% en Suède et au Danemark. Même si notre propre système de prélèvements sur les bénéfices des entreprises est grevé d’un maquis d’exonérations, favorisant en particulier les PME, on voit bien qu’une harmonisation est indispensable, pour éviter les effets d’une concurrence déloyale.

Non, l’UE ne peut pas décider une harmonisation générale des impôts. Et Emmanuel Macron n’a jamais émis une telle prétention. Mais, avec le soutien des Allemands, il est possible (et nécessaire) de parvenir au moins à une assiette commune. Savoir quelle est la base imposable permettrait des comparaisons utiles.

Or, justement, l’impression générale en Europe est qu’Emmanuel Macron était le mieux placé des candidats à l’élection présidentielle pour renouer avec l’Allemagne. Il peut même « refonder le leadership franco-allemand », en l’absence duquel l’Europe tombe en panne, selon Daniel Gros, le directeur du think tank bruxellois Center for European Policy Studies. Macron pourra d’autant plus obtenir des concessions des Allemands qu’il partage certaines de leurs idées et qu’ils le savent. Ainsi est-il acquis à l’idée de réduire les dépenses publiques, anormalement élevées dans notre pays. Car c’est la condition d’une réduction des prélèvements sur lesquels le nouveau président jouera son éventuelle réélection dans 5 ans.

Cependant, les différences de conception entre Français et Allemands demeurent fondamentales et rendront le compromis laborieux. Alors que nous, Français, croyons aux vertus d’un Etat volontariste, capable de prendre des décisions rapides, les Allemands sont favorables aux « systèmes de règles », encadrant précisément l’activité. Pourtant, tous les commentateurs s’accordent sur le fait que le président français dispose, dès cette année d’une « fenêtre d’opportunité » pour faire bouger les choses en Europe.

D’abord, parce que les menaces sérieuses qui pesaient sur l’euro ont cessé d’être éminentes. Les Européens ont donc l’occasion de régler, à froid, un certain nombre de problèmes structurels. Emmanuel Macron lui-même a déclaré, dans un discours prononcé à l’Université Humboldt de Berlin : « Nous devons reconnaître collectivement que l’euro est incomplet et ne pourra durer sans réformes majeures. Il n’a pas permis à l’Europe de se doter d’une pleine souveraineté face au dollar. Il n’a pas poussé à une convergence entre nos différents Etats membres. A l’heure actuelle, l’euro n’est qu’un Deutsch Mark en plus faible. Et le statu quo signifierait le démantèlement de l’Euro dans les dix ans qui viennent. » Réformer l’Euro sera donc la priorité de la nouvelle politique européenne de la France. Mais Macron en aura-t-il les moyens ? Réponse demain !

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