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Le SPD, convaincu par le plan Macron pour l'UE. La CDU sur la réserve.

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L'opinion publique allemande, majoritairement favorable à des investissements en commun avec la France.

On s’est réjoui, en Allemagne, de la victoire d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle, parce que c’était celui des candidats qui s’était montré le plus favorable à la cause européenne. Et cependant, les grands projets européens du nouveau président français suscitent une certaine méfiance. Quels sont-ils et pourquoi cette méfiance ?

Il faut d’abord faire la part des malentendus. Une partie de la presse allemande s’est déchaînée contre le projet, prêté au président français, de relancer le projet des Eurobonds. Ces obligations permettraient aux pays structurellement déficitaires, comme la France, d’emprunter encore plus d’argent en bénéficiant des taux des pays les plus vertueux. Aux yeux du très rigoureux ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, c’est une hérésie. Chaque Etat emprunte au taux d’intérêt qu’il mérite, en fonction de la situation de ses finances. En outre, les Eurobonds seraient le premier pas vers une mutualisation des dettes. Et les Allemands, dont le budget fédéral est bénéficiaire, ne veulent pas payer pour les déficits des autres. Mais précisément : si François Hollande a plaidé pour ces Eurobonds, le nouveau gouvernement français fait remarquer qu’ils ne figuraient nullement au programme d’Emmanuel Macron. Fausse querelle, donc.

Ce qui est vrai, par contre, c’est que le président de la république voudrait protéger la monnaie unique, en dotant l’Euro d’un ministre des Finances, gérant un budget propre, et contrôlé par des parlementaires. Ce budget de l’Eurozone pourrait être alimenté par un impôt commun, ou par des contributions nationales, sans qu’il soit nécessaire de recourir aux Eurobonds de la discorde.

Bien des économistes allemands sont d’accord avec une telle proposition. Le Groupe allemand de réflexion nationale vient de rendre public son « Nouveau Pacte pour l’Europe ». Il préconise notamment de compléter l’Union économique et monétaire par de nouveaux instruments qui vont dans le sens des idées françaises. Ces experts allemands préconisent de s’appuyer sur l’existant – le Mécanisme européen de stabilité, le MES – pour en faire un FMI européen, sous la responsabilité d’un ministre des finances responsable du budget européen.

Mais l’idée défendue par le président de la République est plus ambitieuse que le renforcement d’une simple structure d’aide aux Etats en difficulté – ce qui est la vocation du MES. Macron voudrait que ce budget serve à financer des projets d’investissements communs, en particulier dans les infrastructures.

Les réactions allemandes sont différentes selon qu’on a affaire à des dirigeants de la CDU ou du SPD. Les Français peuvent compter sur l’enthousiasme du ministre allemand des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, social-démocrate. Dans un texte qu’il vient de publier, « Elysée 2.0 – Un nouvel élan pour la coopération franco-allemande », Sigmar Gabriel se prononce pour un soutien décidé aux initiatives françaises. Mais il fixe deux limites à cet appui : ne prendre aucune initiative qui paraisse exclure d’avance d’autres Etats membres ; commencer par des réformes qui ne nécessitent pas la lourde procédure de révision des Traités.

Sigmar Gabriel a déjà des idées précises d’investissements en commun : du capital-risque pour les start-ups, un fonds pour les réseaux numériques, un coup de pouce aux infrastructures de transport, un autre à l’efficacité énergétique. Le ministre des Affaires étrangères SPD suggère même d’affecter provisoirement à ces efforts franco-allemands la réserve prévue pour le financement de la décontamination des centrales nucléaires allemandes, gelée pour le moment.

Du côté de la CDU, le discours peut se résumer d’une phrase : que les Français commencent par mettre enfin en œuvre les réformes qu’ils nous promettent depuis dix ans et nous verrons à nous engager, de notre côté, dans ce qu’ils nous proposent. Pas question de financer un système économique et social insoutenable.

Mais, comme le souligne Daniel Gros, le directeur du think tank bruxellois Center for European Policy Studies, les Allemands savent que l’UE a grand besoin d’une relance et qu’elle ne peut passer que par des initiatives franco-allemandes. Et Macron, de son côté, a compris que toute avancée vers davantage d’intégration et de solidarité était conditionnée, pour les Allemands, par une réactivation du marché du travail et un rétablissement des comptes publics.

Et dans quel sens penche l’opinion publique en Allemagne ?

Un sondage récemment publié par la presse allemande donne la température. Question : « Le gouvernement allemand doit-il soutenir le plan Macron de transférer davantage de compétences à un ministre des Finances de la zone euro ? Oui 56 %. Non : 45 %. Le gouvernement allemand doit-il investir davantage dans des projets communs, franco-allemands : Oui : 51 %. Non : 44 %. « Pour aider Macron à réformer le marché du travail en France, le gouvernement allemand doit-il reconnaître à ce pays le droit de ne pas respecter le plafond de déficit ? Oui : 31 %. Non : 64 %.

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