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Jair Bolsonaro, l'inattendu président du Brésil

Le Steve Bannon de Bolsonaro s'appelle Olavo de Carvalho

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Un idéologue ultra-conservateur, émigré aux Etats-Unis depuis quatorze ans, est le gourou du nouveau président brésilien.

Jair Bolsonaro, l'inattendu président du Brésil
Jair Bolsonaro, l'inattendu président du Brésil Crédits : Andressa Anholete - Getty

Philo et socio, dans le collimateur...

Rien n’est plus révélateur de la politique d’un gouvernement que le sort qu’il réserve, dans son système éducatif, aux disciplines censées favoriser l’esprit critique, telles que l’histoire, la philosophie, la sociologie… Les régimes autoritaires ne les aiment pas. Soit, ils les suppriment, soit ils en font des auxiliaires serviles de l’idéologie officielle du régime. Ils veulent des médecins et des ingénieurs bien formés, des compétences immédiatement utilisables. 

Prenez le cas du Brésil, la quatrième plus grande démocratie du monde. Sous les présidences de gauche, celles de Lula et de Dilma Roussef, du parti des Travailleurs, la philo et la socio sont devenues des matières obligatoires au lycée. Après le « coup soft » de Michel Temer, ces matières sont devenues significativement facultatives. Le ministre de l’Education de Bolsonaro, lui, entend non seulement les supprimer au lycée, mais il s’attaque aux départements universitaires qui leur sont consacrés.

Il relaie ainsi un mouvement de parents d’élèves et d’étudiants, lancé il y a quelques années par Miguel Nagib. Selon cet ancien Procureur de Sao Paulo, le professeur d’histoire de son fils avait osé comparer, en cours, Che Guevara à Saint-François d’Assise. C’en était trop pour ce catholique pratiquant, anticommuniste militant. Il a créé le mouvement Escola Sem Partido (Ecole sans parti) qui, dans les faits, traque uniquement les enseignants de gauche, qu’il accuse de « violer la consciences des élèves », en se servant de leur chaire pour dispenser des idées subversives. Le mouvement vise en particulier la théorie du genre. Jair Bolsonaro le soutient depuis le début. Et comme par hasard, la fameuse « théorie » a été l’un des thèmes de prédilection de sa campagne électorale. 

Le "bolsonarisme" ne tombait pas du ciel. Mais il a pris au dépourvu la classe politique brésilienne. 

La gauche et le centre-gauche ayant alterné au pouvoir presque sans discontinuer depuis la chute de la dictature militaire, la classe politique brésilienne n’a pas vu venir le « bolsonarisme ». Usée par les scandales, atteinte par la récession, elle a été incapable d’opposer à l’ancien capitaine en retraite, une résistance efficace – malgré le niveau incroyablement racoleur et populiste de sa campagne. 

Comme on le sait à présent, le « bolsonarisme » ne tombait pas du ciel. Derrière le président, réputé inculte, il y a un idéologue : Olavo de Carvalho. Celui-ci joue un rôle décisif de conseiller occulte du président brésilien, alors même qu’il n’a pas posé les pieds dans son pays natal depuis 2005. Il est parvenu à faire entrer au gouvernement deux de ses créatures : le ministre des Affaires étrangères, Ernesto Araujo et celui de l’Education, remercié depuis, Ricardo Vélez Rodrigez. 

« Olavo » se présente comme philosophe. Il a publié dix-huit livres, dont les derniers sont devenus des best-sellers au Brésil, ces dernières années. C’est un autodidacte, sans aucune qualification universitaire, mais qui possède un certain talent de conférencier. Il organise des « séances » payantes, mi-philosophiques mi-politiques sur Youtube. C’est un de ces personnages de demi-intellectuels qui ont compris avant les autres, l’usage que l’on pouvait faire des réseaux sociaux. 

Il tweete comme un forcené, du matin au soir, maniant l’invective et l’insulte. Il a ainsi traité le maire de New York, Bill de Basio de « fils de pute, dont la place est en prison. » Il a conseillé à Bolsonaro de cliver lui-même, de se montrer constamment offensif, de ne pas respecter les formes. Et on a entendu le président brésilien comparer les tribus vivant dans des zones reculées de l’Amazonie à des animaux de zoo. Il a lancé des provocations ahurissantes dans le contexte brésilien, comme « la plus grande erreur de la dictature militaire a été de torturer des gens. Alors qu’il fallait les exécuter… »

Un mélange de Steve Bannon et du cow-boy Marlboro

Olavo de Carvalho déteste les journalistes et fuit les interviews. Pourtant, il a accepté de recevoir durant plusieurs heures, l’an dernier, le rédacteur en chef de la revue américaine Americas Quarterly, Brian Winter. Celui-ci décrit un homme âgé, mais fumant des cigarettes et la pipe, habitant au bout d’une route de campagne, dans une maison délabrée, en Virginie. Il lui fait l’effet d’être « un mélange de Steve Bannon et du cow-boy Marlboro ». 

Au cours de la conversation, de Carvalho lui révèle son obsession du marxisme : à ses yeux, tous les gens de gauche sont des communistes. Pour lui, le changement climatique relève d’ailleurs d’un « complot marxiste ». Il estime que son pays allait « vers la criminalisation de l’hétérosexualité et de la viande rouge ». Il pense que la mondialisation est un complot des élites, destiné à détruire les peuples. Il accuse la Chine de s’infiltrer partout en Amérique latine et prône une alliance des « trois grandes nations chrétiennes » : les Etats-Unis, le Brésil et la Russie. Il défend cependant une politique économique libérale

Ces idées étaient inconnues au Brésil jusqu’à la campagne présidentielle de 2018, estime Brian Winter. A présent, de Carvalho est considéré comme un oracle : le seul qui ait vu venir la vague populiste en l’alimentant. C’est le Steve Bannon de Bolsonaro. 

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