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Quatre années de trumpisme auront terni l'image d'un pays gardien et propagateur des valeurs démocratiques. Joe Biden pourra-t-il redorer le blason des Etats-Unis dans le monde ?

Le terrible bilan de quatre ans de trumpisme

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Le 20 janvier, Donald Trump aura quitté la Maison blanche. De son plein gré ou expulsé manu militari. Après l'invasion du Capitole, l'image des Etats-Unis, gardienne et propagatrice des valeurs démocratiques dans le monde, est ternie. Définitivement ? Le défi qui attend Joe Biden est immense.

Quatre années de trumpisme auront terni l'image d'un pays gardien et propagateur des valeurs démocratiques. Joe Biden pourra-t-il redorer le blason des Etats-Unis dans le monde ?
Quatre années de trumpisme auront terni l'image d'un pays gardien et propagateur des valeurs démocratiques. Joe Biden pourra-t-il redorer le blason des Etats-Unis dans le monde ? Crédits : SOPA Images - Getty

Nul ne sait aujourd'hui quel nouveau coup d’éclat "le Donald" peut imaginer d’ici l’installation de Joe Biden, afin de marquer les esprits et de continuer à fasciner ses supporters. Mais cela peut être difficilement pire que l’invasion du Capitole par une foule décidée à refuser le résultat des élections...

Un scénario à la docteur Folamour ? Peu probable, mais pas exclu

Certains, comme Nouriel Roubini préviennent : des activistes se tiennent prêts à provoquer de nouveaux troubles. Ne pas oublier le message de Trump à ses supporters : "Stand back and stand by". Restez en retrait et tenez-vous prêts. Ils peuvent compter sur le soutien intéressé de tous les ennemis des Etats-Unis. Des campagnes de désinformation, des cyber-attaques contre les institutions en transition sont très probables. Et Roubini va  jusqu’à imaginer une attaque de dernière minute contre l’Iran, histoire de provoquer un chaos bien dans le style Trump.

C’est pour fermer la porte à un scénario à la docteur Folamour que Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants, a eu les discussions nécessaires avec le chef d’état-major des armées. De toute façon, estime Roubini, Trump qui rêve de se représenter dans quatre ans, fera tout pour éviter une destitution. 

Un bilan globalement négatif

Mais une fois passée cette étape sensible, il va falloir réparer les dégâts. Comme l’écrit Richard Haass, Donald Trump laissera une trace dans l’histoire, car le monde sera différent. En pire. 

Haass trace un bilan équilibré de l’action du président sortant. Dans la colonne des succès, des taux de croissance remarquables obtenus notamment par la baisse de l’impôt sur les sociétés. Le fait d’avoir tenu la dragée haute à Pékin et d’avoir marqué des points dans les relations sino-américaines. D’avoir fourni des armes défensives à l’Ukraine, agressée et en partie occupée par la Russie. La normalisation des rapports entre Israël et plusieurs Etats arabes.

Mais du côté des échecs, la liste est longue. Le pire : avoir durablement endommagé l’image des Etats-Unis dans le monde en menaçant le processus électoral, après avoir commis d’incessantes transgressions de l’ordre institutionnel et mis en cause l’autorité de la justice. 

Sur l’épidémie du Covid-19, les réponses ont été ineptes. Le paradoxe, c’est que Trump a minimisé pendant des mois la gravité de l’épidémie parce qu’il craignait que le confinement provoque la chute de l’activité économique, alors que c’est justement la lenteur et l’inefficacité de la riposte de son administration qui ont causé son échec. L’épidémie aura provoqué la mort de 400 000 Américains au moment de la passation de pouvoir. Et même si l’on peut créditer cette administration d’avoir accéléré la mise au point d’un vaccin, l’objectif qu’elle s’était fixée de vacciner 20 millions d’Américains avant le 1er janvier est loin d’être atteint. On atteint péniblement les 6 millions de vaccinés à ce jour sur une population de 332 millions. 

Mais l’échec le plus cuisant, c’est en politique étrangère : malgré les cajoleries prodiguées au dictateur nord-coréen, Pyongyang a poursuivi sa course aux armements nucléaires. L’Iran, traité au contraire avec brutalité, s’est rapproché encore un peu plus du seuil nucléaire. Maduro tient le Venezuela sous une poigne de fer. La Russie et l’Iran ont considérablement accru leur influence au Moyen-Orient, à la faveur du retrait américain et de l’abandon des alliés.

Réparer les pots cassés

Dans ces conditions, que peut Joe Biden pour réparer les pots cassés ? "Comment les Etats-Unis peuvent-ils encore prétendre répandre la démocratie, après avoir offert au monde le spectacle d’une attaque du Congrès ?", demande Emma Ashford, dans Foreign Policy ? Et dans Foreign Affairs, James Goldgeier et Bruce Jentleson appellent carrément le président Biden à renoncer à son projet de réunir, à Washington, un sommet de la démocratie. Commencer par réparer la démocratie américaine, avant de prétendre donner des leçons aux autres. Rien ne serait plus désastreux.

Réparer la démocratie aux USA n’est pas incompatible avec le fait de la défendre à l’étranger : les deux se renforcent mutuellement. Thomas Wright, du think tank Brookings 

En outre, le trumpisme fait partie d’un mouvement national-populiste mondial. Il bénéficie des réseaux de la corruption et de la désinformation internationaux. Le combattre sur le sol même des Etats-Unis implique précisément de s’attaquer à ces réseaux. La plupart des défis qui menacent les démocraties, poursuit Thomas Wright, ne peuvent être relevés que sur une base collective, avec l’aide des alliés, dont les idéaux et les intérêts sont les mêmes que ceux des Etats-Unis. Au contraire, il faudra se montrer intraitable avec ceux des alliés qui se moquent des droits de l’homme, comme l’Arabie saoudite.Au lendemain de l’insurrection des trumpistes au Capitole, l’ambassade de Chine à Pékin a twitté de manière délibérément provocatrice sur la stérilisation forcée des femmes ouïghoures. Une manière de montrer qu’il est loisible à la Chine de pousser toujours plus loin les limites de l’acceptable, vu l’état de déréliction morale de Washington. Oui, décidément, la mission que l’histoire confie à Joe Biden est écrasante. Quatre années suffiront-elles à rétablir l'image, ternie, des Etats-Unis ?

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