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Le tour de vis politique en Chine, provoqué par l'inquiétude des dirigeants face aux multiples défis

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La Chine pourrait bien être le déclencheur de la prochaine grande crise mondiale. Le pays est surendetté et la croissance s'essouffle.

De même que les Etats-Unis ont été l’épicentre d’un tremblement de terre en 2008, avec leur crise des subprimes, de même aujourd’hui, la Chine pourrait être à l’origine d’une prochaine crise systémique mondiale. Et ça n’a rien à voir avec le capitalisme, ni avec le communisme non plus. Il se trouve simplement que les banques de l’Empire du Milieu sont aux abois, que cet immense pays est colossalement endetté et qu’une partie de l’argent virtuel qui y circule a été investi dans l’immobilier – comme en Espagne. En outre, le pays est entravé par un secteur public entretenu à grands frais pour des raisons sociales, ou même franchement politiques.

L’endettement, d’abord. Selon l’Académie chinoise des sciences sociales, il atteindrait 25 000 milliards, soit 145 % du PIB. 40 % des dettes nouvelles sont affectées au paiement des intérêts des dettes passées… C’est la conséquence des mesures d’urgence décidées par le gouvernement, pour faire face à la crise de 2008. Une relance de la croissance par le dopage au crédit, que la communauté internationale a unanimement salué à l’époque. Mais dont l’excès a entraîné la multiplication des créances douteuses dans les bilans des banques. Après les avertissements répétés du FMI, c’est, récemment la Banque des règlements internationaux qui a tiré la sonnette d’alarme : le risque bancaire en Chine est colossal, écrit-elle. En outre, les entreprises les plus endettées sont aussi celles qui sont en surcapacité. Elles sont donc placées dans une situation dangereuse. A ce rythme, une crise financière est « inéluctable dans les trois ans qui viennent ».

C’est pour faire face à ces défis financiers, mais aussi économiques et sociaux, que les nouveaux dirigeants croient devoir resserrer les boulons ; s’ils font appel aux traditions maoïste et confucéenne en même temps, c’est pour consolider leur pouvoir. Les intellectuels, de leur côté, redoutent un retour à l’orthodoxie officielle. Mais la société chinoise a changé très profondément depuis l’ère maoïste. L’époque où un leader charismatique pouvait imposer ses lubies à un peuple fanatisé, en provoquant des millions de morts, est derrière nous. En réalité, ce que révèle le tournant autoritaire pris par le régime depuis l’accession au pouvoir de Xi Jinping, c’est le sentiment de fragilité que ressentent les dirigeants chinois face à la baisse du taux de croissance et à l’éclatement d’une société de plus en plus diversifiée.

- Cela peut-il se traduire par un retour pur et simple aux méthodes autoritaires du passé ?

Non, car comme l’écrit David M Lampton, un fameux sinologue américain, « trop de changements sont devenus irréversibles ; on ne fera pas rentrer le génie dans sa bouteille ». La Chine est incluse dans la mondialisation, on ne pourra pas l’en isoler ; le pluralisme intellectuel est désormais un fait acquis. Tenter de réimposer l’ordre ancien risque, au contraire, de provoquer les troubles tant redoutés. Mais, prévient Lampton, directeur des études chinoises à la John Hopkins, l’histoire de la Chine communiste nous a déjà habitués à des tournants à 180 ° que personne n’avait vu venir… On doit donc s’attendre à tout de la part de ce pays imprévisible…

Car la croissance chinoise reste caractérisée par « les 4 négatifs » diagnostiqués par l’ancien Premier ministre Wen Jiabao en 2007 : « instable, déséquilibrée, non coordonnée, insoutenable ». Le système politique autoritaire a été un atout pour la Chine, au sortir du maoïsme. « L’économie sociale de marché », adoptée par le PCC, correspondait assez bien au type de développement, basé sur l’investissement en vue de l’exportation qui a permis le formidable décollage du pays. Mais bien des experts en sont persuadés, le nouveau modèle, basé sur le relais par la consommation intérieure, n’est guère compatible avec un régime autoritaire, comme l’écrit David Shambaugh de la George Washington University.

Le PCC a su abandonner une politique de développement auto-centré, qui avait totalement échoué et adopter la politique inverse, réussissant à faire de la Chine la première puissance exportatrice du monde. Ce parti unique a-t-il atteint la limite de ce qu’il est capable de produire ? Ayant accompli sa mission historique – faire de la Chine à nouveau une grande puissance – doit-il laisser la place à un système pluraliste ? Beaucoup d’intellectuels se le demandent.

Minxin Pei, auteur de nombreux ouvrages consacrés à la Chine, estime que la tentative de Xi Linping de renouer avec les méthodes autoritaires du passé a échoué dans tous les domaines. Economiquement, l’appareil productif est en surcapacité, sa compétitivité s’érode et il connaît des secteurs structurellement inefficaces. Politiquement, le pouvoir s’est lancé dans une lutte contre la corruption et le « capitalisme de copinage » dont Minxin Pei a décrit le fonctionnement dans un de ses livres – avec pour résultat la mise à mal de l’unité de la direction. La répression des médias et de l’enseignement a aliéné au régime les secteurs les plus innovants de la société. Et l’attitude agressive envers les voisins, censée créer, autour des dirigeants, un intense sentiment d’unité nationale, isole la Chine et l’entraîne dans une dangereuse confrontation avec l’autre grande puissance, les Etats-Unis. Conclusion de Minxin Pei : cette fois, les dirigeants communistes ont raison de redouter l’avenir : parce qu’ils font face à une multiplicité de périls, alors qu’ils sont habitués à ne les traiter qu’un par un…

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