LE DIRECT
Entre gestion chaotique de la crise sanitaire et parfums de scandale autour de la CDU, Angela Merkel connaît une fin de mandat difficile... De là à la qualifier de "canard boiteux" ?

Allemagne : fin de règne bancale pour Mutti

5 min
À retrouver dans l'émission

"Canard boiteux": ainsi désigne-t-on un président américain en fin de mandat, lorsqu’il a perdu le contrôle du Congrès. L'expression s'applique-t-elle à Angela Merkel ? Il semble en tout cas que la CDU, au pouvoir depuis 1982, courre vers un échec électoral aux élections législatives de septembre.

Entre gestion chaotique de la crise sanitaire et parfums de scandale autour de la CDU, Angela Merkel connaît une fin de mandat difficile... De là à la qualifier de "canard boiteux" ?
Entre gestion chaotique de la crise sanitaire et parfums de scandale autour de la CDU, Angela Merkel connaît une fin de mandat difficile... De là à la qualifier de "canard boiteux" ? Crédits : Florian Gaertner/Photothek - Getty

Après seize ans à la Chancellerie, et malgré des sondages de popularité toujours excellents, Angela Merkel ne se retrouve-t-elle pas en situation de lame duck, ou canard boiteux, cette expression que les Américains emploient pour qualifier leurs présidents en fin de mandat, qui ont perdu le contrôle du Congrès ? C'est en tout cas le terme qu'emploient des journalistes de l'hebdomadaire allemand Der Spiegel pour caractériser la fin de règne d'une chancellière en train d’être dépassée par la crise sanitaire. 

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d’utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Crise sanitaire : des volte-face désastreuses

Il y a eu pour commencer les atermoiements autour du vaccin AstraZeneca, retiré le lundi 15 mars et autorisé à nouveau quatre jours plus tard. Plus dommageable encore, l’affaire de l’Osterruhe, ou repos pascal. Dans la nuit du lundi 22 au mardi 23 mars, la chancelière apparaît, épuisée, pour annoncer qu’elle est parvenue à un accord à l’arraché avec les ministres-présidents des seize Länder. Elle explique que le jeudi 1er avril sera chômé, en plus du vendredi saint, et annonce la suppression des offices religieux publics à Pâques, et une réouverture des supermarchés alimentaires le samedi 4 avril. Der Spiegel titre "Chaos au Corona-Club". Quarante-huit heures plus tard, elle fait machine arrière et présente ses excuses. Les commerçants se sont révoltés et des membres du groupe parlementaire CDU ont manifesté leur exaspération. "Vos déclarations sont une déclaration de capitulation, les Allemands veulent travailler", lui lance au Bundestag le député de Thuringe Albert Weiler. Il y a eu aussi d'autres couacs comme l’autorisation de prendre l’avion pour Majorque, entraînant un afflux touristique des Allemands vers les îles Baléares... alors qu’il leur est interdit d’aller prendre quelques jours de vacances au Schleswig-Holstein.

Entre scandales et rivalités internes, la CDU affaiblie

Mais pire que tout, il y a le parfum de scandale qui flotte sur la CDU. Alors que des dizaines de milliers d’Allemands sont en train de perdre leur emploi, de devoir mettre leur commerce en faillite, on apprend que Mark Hauptmann, député de Thuringe et figure importante du groupe parlementaire de la CDU, qui avait noué des liens compromettants avec l’Azerbaïdjan, a été contraint à la démission. Il y a d’ailleurs une connexion CDU-Azerbaïdjan de plus en plus évidente. Georg Nüsslein, vice-président du groupe CDU, est accusé d’avoir touché une commission de 660 00 euros pour l’achat de matériel médical. Nouvelle démission. A l’occasion d’enquêtes, on découvre que nombre de députés au Bundestag complètent leurs très intéressantes indemnités par des activités de consulting qui touchent au lobbying. Surtout à la CDU. Le cas le plus spectaculaire est celui de Sebastian Brehm, qui a empoché plus de trois millions d’euros comme conseiller fiscal…

Par ailleurs, Jens Spahn, le ministre de la Santé, est accusé de multiples bévues : la campagne de vaccination piétine en Allemagne. Peter Altmaier, le ministre de l’Economie, s’est révélé incapable de tenir la promesse gouvernementale d’assistance aux entreprises en grande difficulté du fait du confinement. La CDU est, en outre, divisée. Le leadership de Armin Laschet, le successeur désigné de Merkel, est contesté. Son rival, Markus Söder, le patron de la CSU bavaroise, beaucoup plus populaire que lui, n’a toujours pas fait savoir s’il serait ou non candidat à la chancellerie. Contre Laschet. Mais il ne lui ménage pas ses critiques. "Pour gagner une élection, il faut des troupes. Pas un hôpital militaire", a-t-il déclaré, faisant référence à l’état actuel de la CDU. Résultat : un recul spectaculaire de la CDU aux élections locales en Bade-Wurtemberg et en Rhénanie-Palatinat. 

La fin de l'ère Merkel ouvrira-t-elle la voie du pouvoir à une nouvelle coalition ?

Cette crise a au moins un mérite, aux yeux de l'ancien ministre vert des Affaires étrangères Joschka Fischer dans un article récent, c'est qu'en Allemagne désormais "on refait de la politique". L’ère Merkel a été une époque de quiétude. Celle qui s’ouvre en Allemagne, est marquée par l’inquiétude. Merkel a piloté l’insertion de l’Allemagne dans la mondialisation. Et elle a connu un certain succès. Mais à présent, le pays doute de son modèle et il va falloir gérer un recul de la mondialisation et la montée en puissance de la Chine. L’épidémie a révélé le retard pris par le pays dans la numérisation, ce qu’a reconnu elle-même la ministre de l’Education, Anja Karliczek. La montée des tensions internationales met en lumière la faiblesse stratégique des Européens. Il y a aussi une "fatigue du fédéralisme", face à l’incapacité de Berlin à faire appliquer sa politique sanitaire par les Länder.

Face à tous ces défis, Joschka Fischer mise sur une nouvelle coalition, dite "rouge-vert-jaune" qui réunirait écologistes, sociaux-démocrates et libéraux. Les élections législatives auront lieu le 26 septembre. Les Verts talonnent la CDU dans les sondages, à 21 ou 23 % des intentions de vote contre 25 à 28 %. Certes, les transferts de voix concernent essentiellement le SPD, dont l'effondrement se poursuit. Mais il est fort possible que la CDU/CSU perde la chancellerie fédérale qu’elle détenait depuis 1982. 

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......