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Catalans et Ecossais. Histoire parallèle.

5 min
À retrouver dans l'émission

Pas seulement de riches provinces, tentées par l'indépendance dans le cadre de l'Union européenne. De véritables nations, dotées d'une culture et d'une histoire propres.

La solidarité des Ecossais envers Clara Ponti, brièvement ministre du gouvernement catalan Puigdemont, illégal pour Madrid. 

Clara Ponsati est devenue une vedette en Ecosse. Cette Espagnole, pardon, que dis-je, cette Catalane, est devenue une héroïne en Ecosse. Là-bas, des milliers de gens se sont cotisés pour financer sa défense juridique et lui éviter l’extradition vers l’Espagne. Nicola Ferguson Sturgeon, la première ministre d’Ecosse, a elle-même fait publiquement état de sa solidarité. Dans son pays natal, cette économiste, professeure à l’Université Saint Andrews, risquait une peine de vingt-cinq ans de prison. Pendant quelques mois, au cours de l’année 2017, elle a détenu le portefeuille de ministre de l’Education dans le gouvernement catalan présidé par Carles Puigdemont. Vous vous souvenez. Le gouvernement qui a organisé le fameux référendum d’autodétermination de la Catalogne, déclaré illégal par le gouvernement espagnol.

Les Ecossais ont quelque chose en commun avec les Catalans. Ce sont des peuples qui ont renoncé à leur indépendance il y a plusieurs siècles pour se fondre dans un Etat plus large et qui, aujourd’hui s’interrogent sur l’opportunité qu’il y aurait à redevenir indépendants. Dans un article publié par la New York Review of Books, l’historien Neal Ascherson commente l’ouvrage d’un confrère, J.H. Elliott, qui s’est attaché à décrire une histoire parallèle de la Catalogne et de l’Ecosse, Scots and Catalans : Union and Disunion.

"... sous réserve que vous observiez toutes nos lois et respectiez toutes nos libertés. Mais si non, non."

L’Espagne a été fondée en 1469 par l’union dynastique de Ferdinand d’Aragon et d’Isabelle de Castille. Dans le contrat de mariage, Ferdinand apportait la Catalogne. L’héritage de la féodalité avait multiplié les petites principautés et villes libres, chacune possédant ses lois et droits particuliers, fruits d’une histoire compliquée. Ainsi, Barcelone, au Moyen-Age, était gouvernée par son propre Conseil des Cent. Et son allégeance au roi d’Aragon, puis d’Espagne était tout sauf inconditionnel. Les Cents prononçaient ainsi le fameux Serment d’Aragon et de Catalogne : « Nous, qui sommes aussi bons que vous, jurons à vous, qui n’êtes pas meilleur que nous, de vous accepter comme roi et souverain seigneur, sous réserve que vous observiez toutes nos lois et respectiez toutes nos libertés. Mais si non, non. »

Insurrections et soulèvements de Barcelone. 

L’Aragon entier se souleva contre la Castille en 1590. Trente ans plus tard, le ministre du roi Philippe IV, le duc Olivares, entreprit de moderniser le royaume d’Espagne en abrogeant une partie des libertés locales. Cette politique provoqua une insurrection de la Catalogne, qui devait durer douze ans. Elle fut écrasée en 1652. 

Lors de la guerre de succession d’Espagne, au tout début du XVIII° siècle, les Catalans soutinrent l’archiduc Charles d’Autriche, le Habsbourg, contre Philippe V, le petit-fils de Louis XIV et premier Bourbon à monter sur le trône d’Espagne. Celui-ci le leur fit payer cher et les Catalans se souviennent encore du siège subi par Barcelone et de la chute de la capitale catalane en 1714

Vus de Madrid, les Catalans furent dès lors perçus comme dangereux, n’hésitant pas à chercher des alliés hors d’Espagne, pour favoriser leurs intérêts. Et en particulier du côté français…

En 1909, nouveau soulèvement de Barcelone, pour protester contre la conscription. C’est « la semaine tragique ». Madrid impose la loi martiale et les leaders catalans sont exécutés. Lors de la Guerre d’Espagne, Barcelone est l’une des dernières villes à tomber, en janvier 1939. Lluis Companys, président de la généralité de Catalogne, réfugié en France, livré à Franco par la Gestapo, face au peloton d’exécution franquiste qui s’apprête à le fusiller, lance « Pour la Catalogne ! »  

Entre l'Ecosse et l'Angleterre, une union en apparence plus solide. 

Cette union eut lieu en 1603, lorsque Jacques Stuart, roi d’Ecosse sous le titre de Jacques VI, devient également roi d’Angleterre et d’Irlande en tant que Jacques I°. Et le Traité d’union entre l’Angleterre et l’Ecosse fut signé cent ans plus tard, en 1707. Pas de nationalisme écossais avant le XX° siècle. Les frictions entre les deux nations concernèrent plutôt les affaires religieuses. 

Ce n’est qu’en 1928 qu’émergea un Parti national écossais, revendiquant l’indépendance. A partir de 1967, il commence à remporter des sièges à la Chambre des communes. En 1999, l’Ecosse obtient la création de son propre Parlement. Et en 2007, le Parti national écossais y remporte la majorité. Mais au référendum de 2014, les indépendantistes sont battus.  Le Brexit pourrait bien relancer la cause de l’indépendance : les Ecossais veulent rester dans l’UE.

En Catalogne, le référendum d’autodétermination du 1° octobre 2017, suivi d’une proclamation d’indépendance du 27 octobre n’ont pas été reconnus par le gouvernement espagnol, qui a mis Generalitat sous tutelle.

Différence fondamentale entre les deux cas : rien n’interdit aux Ecossais de faire sécession d’avec la Grande-Bretagne, à laquelle ils ont adhéré de leur plein gré par le Traité d’Union de 1707. Le jour où une majorité d’Ecossais déciderait de reprendre leur indépendance, Londres ne s’y opposerait pas. Le Royaume-Uni, en effet, ne possède pas de Constitution écrite, contrairement au royaume d’Espagne, dont l’article 2 qui proclame « l’unité indissoluble de la nation espagnole ». 

Mais l’UE, elle, s’oppose à toute sécession unilatérale d’une province d’un de ses Etats-membres. Même par fidélité à l’Europe…

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