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Le vote des femmes blanches

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Les électrices blanches votent majoritairement républicain. Mais de moins en moins. Et Trump n'y est pas pour rien.

Une majorité pour Trump en 2016 : une trahison du bloc des minorités ?

Bien des commentateurs continuent à trouver préoccupant, voire choquant, que lors des dernières élections présidentielles aux Etats-Unis, 53 % des femmes blanches aient préféré Donald Trump à Hillary Clinton. De nombreuses militantes féministes estiment qu’un tel vote a constitué une trahison envers la solidarité féminine et qu’il n’a pu être inspiré que par un désir de préserver la suprématie blanche ; bref que ce fut un vote raciste. C’est la position adoptée notamment par les magazines Cosmopolitan et Vogue. 

Sur le site Vox, Treva B Lindsey, historienne noire des femmes, résume bien ces critiques en écrivant : « les élections de mid-term ont confirmé qu’une fois de plus, les femmes noires ont soutenu les candidats progressistes. Mais les femmes blanches ? Pas tellement. Je ne suis pas surprise, mais je suis toujours déçue de la manière dont votent les femmes blanches. Un sondage à la sortie des bureaux de vote montrait, en effet, que _92 % des femmes noires ont voté démocrate_. Elles se sont mobilisées tout spécialement pour soutenir les candidates noires, comme Ayanna Presley qui se présentait dans le Massachusetts à la Chambre des Représentants et a été élue, tout comme Lucy McBath, en Géorgie et Jahana Hayes, dans le Connecticut. "

Mais le vote des femmes blanches ? Il a été divisé en deux : 49 % pour les Démocrates, 49 % pour les Républicains. 

Une tendance historique aux Etats-Unis, mais qui tend à s'inverser. 

Moira Donegan, dans The Guardian, le grand quotidien de gauche britannique, fait remarquer que si 53 % des femmes blanches ont voté Trump en 2016, on ne saurait considérer ce résultat comme un accident. En 2012, 56 % des femmes blanches avaient voté pour Mitt Romney contre Barack Obama. Dans la même proportion, elles avaient préféré George W Bush à John Kerry en 2004. Mais ce n’était rien en comparaison du soutien massif des électrices blanches à Ronald Reagan (62 % en 1984). Or, ajoute Moira Donegan, l’électorat des femmes blanches est le plus important du pays en termes de nombres de voix. Et ce qui importe, c’est la tendance. Ce que montrent les sondages, c’est qu’après avoir été voté très majoritairement pour les Républicains, cet électorat est aujourd’hui divisé à parts égales 50/50. Et la personnalité de Donald Trump n’est certainement pas étrangère à cette évolution. Vu de gauche, la tendance est donc favorable. 

Culpabiliser les électrices républicaines, est-ce le bon moyen de les faire voter démocrate ?

Christian Alejandro Gonzalez, sur le site Spiked, s’étonne : pourquoi, seules les femmes blanches sont-elles accusées de voter à droite, et pas les hommes blancs ? Réponse : vu de la gauche identitariste, ce vote des hommes blancs est logique ; ils votent pour défendre leurs privilèges. Mais, selon cette même logique tribale, les femmes blanches, elles voteraient contre leurs intérêts ; cette gauche identitaire voudrait qu’elles votent avec les minorités raciales et sexuelles, afin de lutter contre les oppressions spécifiques qu’elles subissent en tant que femmes. Mais poursuit, Gonzalez, raisonner ainsi, c’est réduire les facteurs qui déterminent le vote à deux : le genre et la race. Or, il en existe bien d’autres, qu’on tend à perdre de vue, tels que les considérations de classe, la situation géographique, les motivations d’ordre religieux, les convictions politiques… Le fait, par, exemple, que les femmes blanches sont davantage diplômées que beaucoup d’autres segments de la société américaine.

La gauche identitaire trahit ses propres valeurs universalistes. 

Celle de la politologue Miki Caul Kittlison, spécialiste des questions électorales, a une autre explication : « après leur émancipation, les femmes ont eu généralement tendance à voter conservateur », écrit-elle. Cela tient en particulier à leur plus grande religiosité, à l’importance que revêtent, à leurs yeux, les valeurs familiales. Et cela s’est vérifié, en France, sous la IV° République, comme lors de la sortie du communisme dans les pays d’Europe centrale. Bref, je cite,  « les femmes ne sont pas nées à gauche et il est à la fois empiriquement faux et hautement présomptueux de prétendre le contraire. »

Mais l’ultime argument qui devrait être opposé à ceux et celles qui cherchent à culpabiliser les femmes de voter conservateur, estime Christian Alejandro Gonzalez, c’est l’universalisme qui aurait dû demeurer au cœur de la pensée de gauche. « Une gauche universaliste ne devrait pas chercher à faire honte aux femmes en leur disant : vous devez voter pour nous, parce que vous êtes une femme ; une telle gauche devrait chercher à convaincre, en développant des arguments et non faire appel à une identité de genre. Que des fractions de la gauche aient opté pour le particularisme et trahi l’universalisme est lamentable. Car le but de la politique, de manière générale, devrait être de promouvoir le bien commun plutôt que le bien particulier de quelques groupes tribaux ciblés que ce soit. "

Et sur le site conservateur National Review, Alexandra DeSanctis estime que l’idée que les femmes en tant que telles seraient prédestinées à voter d’une certaine manière contredit l’un des fondements du féminisme, qui est les notions de libre-arbitre et d’autonomie. 

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