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Convaincre les Allemands...

Pourquoi Merkel prend tout son temps avant de répondre à Macron

5 min
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Une chancelière allemande ne fait pas ce qu'elle veut à l'extérieur. Pas de "domaine réservé" comme en France...

Convaincre les Allemands...
Convaincre les Allemands... Crédits : JOHN MACDOUGALL / AFP - AFP

A quoi tiennent les divergences entre Paris et Berlin sur l'Europe ?

D’abord, au niveau stratégique existent des divergences majeures. Macron reprend une vieille idée allemande dont ce pays s’est écarté depuis. Joschka Fischer, il y a 18 ans, avait suggéré d’articuler la construction européenne autour d’un « centre de gravité » comportant les Etats fondateurs. Avant lui, Edouard Balladur avait imaginé des « cercles concentriques ». Les Britanniques, eux, ont essayé de faire avancer l’idée d’une « Europe à la carte », dans l’idée de profiter au maximum de l’institution, en s’extrayant de la plupart des contraintes qu’elle suppose. Macron, lui, mise sur « une avant-garde » qui se confondrait, pour lui, avec la zone euro. 

Une nouvelle mouture du « noyau dur », pour lequel il demande un budget propre afin de lever de l’argent en commun », à hauteur de « plusieurs points du PIB de la zone euro ». Il s’agit donc de deux choses à la fois. Doter la monnaie unique d’une sorte de Fonds monétaire européen, destiné à amortir les futures crises, en partant de ce qui existe déjà, le Mécanisme européen de stabilité. Et créer en outre un fonds d’investissement, destiné à moderniser une Europe partie en retard sur les Etats-Unis et la Chine dans les activités économiques du XXI° siècle, telles que le numérique et l’intelligence artificielle. Macron veut que soit créé un poste de ministre des Finances de la zone euro et un organe de contrôle parlementaire veillant sur ce budget spécifique.

Par ailleurs, il propose d’achever l’union bancaire, en obtenant de ses partenaires la création d’une garantie européenne des dépôts jusqu’à 100 000 euros. Afin « d’immuniser les banques contre le risque de panique des déposants », comme l’explique le groupe de travail constitué d’économistes français et allemands, réuni par Jean Pisani-Ferry et chargé de « vendre » les idées de Macron aux Allemands.

Faites d’abord les réformes par lesquelles nous sommes passés nous-mêmes...

Les Allemands, eux, ont plusieurs soucis : primo, ils représentent les intérêts des Etats-fourmis face aux Etats-cigales. La solidarité des uns ne va pas sans la responsabilité des autres, vont-ils répétant. Pas question de remplir le tonneau des danaïdes. Berlin doit tenir compte des réticences du groupe de huit pays du Nord de l’Europe qui, sous la houlette des Néerlandais, ont averti froidement Macron que la meilleure protection possible pour la zone euro ne passe pas par la création d’un fonds de plus, destiné à pallier à l’incurie budgétaire des pays du Sud, mais par le respect par ceux-ci des règles communes

Le message est : faites d’abord les réformes par lesquelles nous sommes passés nous-mêmes, car elles ont rétabli notre santé économique, et nous verrons. Quant à l’union bancaire, se porter garants des banques italiennes, truffées d’obligations d’un Etat endetté à hauteur de 132 % de son PIB, très peu pour nous !

Secundo, placés au cœur de l’Europe, les Allemands sont moins tentés qu’à l’époque de Joschka Fischer par l’idée d’une Europe à plusieurs vitesses. Ils craignent que les Etats membres d’Europe centrale se sentent mis sur la touche et la chancelière les ménage. A la différence de Macron, qui les accuse à la fois de malmener les valeurs européennes et de pratiquer le dumping social. D’où ses exigences répétées sur le système des « travailleurs détachés ». 

Tertio, la Grande Coalition, son aile droite, en particulier, doit tenir compte de la situation politique intérieure allemande. Or, celle-ci est marquée par la montée en puissance du parti populiste, xénophobe et eurosceptique AFD, mais aussi d’un parti libéral, le FDP, de plus en plus hostile à tout ce qui pourrait entraîner l’Allemagne à payer à nouveau pour les autres. En outre, au sein même de la CDU, un groupe important des députés du Bundestag entend bloquer toute avancée trop audacieuse de la chancelière en direction des positions françaises. Ils sont tétanisés par la crainte de voir leurs électeurs rejoindre ceux du FDP ou de l’AFD.

Au SPD, Macron pouvait compter sur un soutien massif à ses idées de relance par les investissements. Tel n'est plus le cas.

Certes et Martin Schulz en a d’ailleurs imposé la mention explicite dans le Contrat de coalition, liant les deux partis de gouvernement allemand. Il y est question de créer un tel budget, ainsi qu’à la transformation du MES en FMI européen. Mais Martin Schulz a démissionné de la présidence du SPD en février et le ministre des finances fédérales, Olaf Scholz, pourtant issu du même parti, a fait tout récemment savoir dans la presse allemande les réserves que lui inspirent les idées macroniennes. « Toutes ne pourront pas être adoptées. Et il le sait ». 

Et puis il y a les élections au Parlement européen de l’an prochain. Elles annoncent une épreuve de force entre un Macron, qui rêvait, qui rêve peut-être encore de faire sauter les deux grands partis dominants, le Parti populaire européen et le Parti Socialiste européen, afin d’imposer une sorte de mouvement En Marche à l’échelle des 27. Une perspective qui n’enchante pas la chancelière, on s’en doute.

Reste ce qui peut avancer. Le plus spectaculaire, c’est le retournement d’alliance sur l’avion de combat européen de l’avenir. Alors que Dassault Aviations avait été poussé à s’associer avec le britannique BAE System, on vient d’annoncer que le successeur du Rafale français et de l’Eurofighter serait coproduit par Dassault et Airbus Defence & Space. L’avion de combat des années 2040 sera donc franco-allemand. 

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