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Si même en Suède...

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Les Suédois ont vraiment tout pour être heureux. Pourtant, là-bas aussi, un parti anti-système risque de déstabiliser le jeu politique. En cause : l'immigration.

Les Suédois votent dimanche prochain et, selon l’expression consacrée, "l’Europe retient son souffle". 

Ce pays jouit d’un niveau de vie nettement supérieur au nôtre en termes de PIB par habitant. Sa croissance est satisfaisante (2,4 %), le taux de chômage est supportable (6 %), et les comptes publics, une fois de plus légèrement excédentaires, ce qui permet à la dette publique de baisser : elle ne représente plus que 36 % du PIB, contre 98 % chez nous. Ah j’oubliais : les Suédois jouissent d’un des Etats-providences les plus protecteurs et les plus modernes du monde, parce qu’il a su se réformer. S’il y a un modèle social que le monde envie, c’est bien celui des Suédois et non pas le nôtre.

Tout baigne, alors ?  Que non pas. 

Car la crise politique menace la légendaire stabilité suédoise. Leur système politique reposait depuis des décennies sur deux piliers : un parti prépondérant, celui des Sociaux-démocrates, généralement au pouvoir ; quatre autres partis animant la vie politique, à savoir des ex-communistes, à gauche, et, à droite, trois partis dits « bourgeois » : un parti du centre (ex-agrarien), un parti libéral et un parti conservateur, dit « modéré ». Les choses se sont un peu compliquées avec l’arrivée de deux nouveaux partis – des écologistes, en 1988, et des démocrates-chrétiens, en 1991. Mais puisque les écologistes sont de gauche et les démocrates-chrétiens, de droite, ça n’a pas empêché les alternances, comme dans toute authentique démocratie. Les quatre partis de centre droit ont formé une Alliance, qui a gouverné à partir de 2006. En 2014, la gauche est revenue au pouvoir, sous la direction de Stefan Löfven. 

Problème : ce gouvernement ne disposait pas d’une majorité au Parlement. Quelque chose s’était grippé dans le fonctionnement de la machine. Un nouveau parti, les Démocrates de Suède, avait capté près de 13 % des voix en. Les autres formations politiques suédoises le considèrent comme un parti paria et ne veulent pas qu’on puisse dire qu’il joue un rôle quelconque dans la politique suédoise. C’est un parti anti-système, anti-UE et anti-immigrés.

La montée en puissance des  "Démocrates de Suède", troublent le jeu politique. 

La Fondation pour l’innovation politique vient de publier trois brochures consacrées à la Suède et l’une d’entre elles est consacrée à ces fameux « Démocrates de Suède ». On y apprend que les sondages, à la veille des élections de dimanche, créditent ce mouvement de 20 % des suffrages. Cela va rendre le jeu politique en Suède extrêmement compliqué, car ni le bloc de gauche, ni l’Alliances de la droite et du centre ne pourront trouver de majorité, dans ces conditions.

Les fondateurs et dirigeants initiaux appartenaient à la frange la plus radicale de l’extrême droite. Leur premier dirigeant, Anders Klarström, avait appartenu à un groupuscule néo-nazi. En 1995, premier tournant : un nouveau dirigeant, Mikael Jansson exclut les personnages les plus compromettants, pour corriger l’image de son parti. Dix ans plus tard, il est remplacé à son tour par un nouveau leader, Jimmy Akesson, qui jure de ne plus tolérer aucune déclaration raciste de la part de ses militants. Le programme du parti, décrypté par Johan Martinsson, pour la Fondapol, comporte un fort attachement à l’Etat-providence, la fameuse « maison du peuple » qui, malgré ses origines social-démocrates, comporte des connotations ethniques.

Mais le programme des Démocrates de Suède ne comporte plus aucune référence à une Suède ethnique. Il n’exige pas non plus l’arrêt de toute immigration, mais que « celle-ci soit maintenue à un niveau clairement défini et ne représente plus une menace pour notre identité nationale, le bien-être et la sécurité du pays. » Le parti se déclare très hostile à toute forme de multiculturalisme et exige des migrants qu’ils « s’assimilent à la nation suédoise ». L'entreprise de "dé-diabolisation", sur le modèle Ligue du Nord italienne...

la Suède, l'un des pays les plus homogènes du monde, confronté à une immigration importante. 

La Suède a été longtemps l’un des pays les plus homogènes du monde. Et cet unanimisme culturel a permis la formation de son fameux Etat-providence universel. Durant la période 1985-2015, l’immigration au titre de l’asile a été quatre fois supérieure par habitant à celui des autres pays d’Europe de l’ouest. La part de la population d’origine non occidentale est passée de 2 à 15 %. Rien qu’en 2015, ce pays de 10 millions d’habitants a accueilli 82 000 immigrés. 

Le premier ministre social-démocrate Stefan Löfven, sentant le danger, a axé sa campagne sur les mesures déjà prises par son gouvernement pour limiter de manière drastique l’imigration dans son pays. Le regroupement familial a été supprimé, les permis de séjour accordés le sont, pour l’essentiel, à titre temporaire. Comme dans la plupart des pays du Nord de l’Europe, l’ouverture d’il y a trois ans, a été remplacé par des politiques beaucoup plus dures. Et les demandes d’asile ont chuté brutalement. Cela suffira-t-il à ramener les électeurs vers les partis traditionnels ? Cela ne risque-t-il pas, au contraire, de les conforter ? Réponse dimanche.

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