LE DIRECT
Luigi di Maio, chef du Mouvement Cinq Etoiles et vice-premier ministre d'Italie.

Cinq Etoiles : l'épreuve du pouvoir pour un parti "dégagiste"

5 min
À retrouver dans l'émission

La fraîcheur des commencements.

Luigi di Maio, chef du Mouvement Cinq Etoiles et vice-premier ministre d'Italie.
Luigi di Maio, chef du Mouvement Cinq Etoiles et vice-premier ministre d'Italie. Crédits : SILVIA LORE / NURPHOTO - AFP

Le Mouvement 5 Etoiles constituait, aux yeux des médias, une bizarrerie, y compris en Italie même. Le voilà devenu parti de gouvernement.

Depuis la nomination du nouveau gouvernement, dirigé par Giuseppe Conte, on observe, en effet, un changement de ton chez beaucoup de commentateurs. Après le temps de l’indignation vertueuse face à la « vague populiste », devait nécessairement arriver celui de la tentative de compréhension. « Il ne faut point s’irriter contre les choses, a dit je ne sais quel sage, car cela ne leur fait rien. » C’est ce qu’écrivait Anatole Prévost-Paradol. Inspirons-nous de cette maxime… Dénoncer le populisme, non seulement ne fait pas progresser la cause européenne, mais cela sert les nouveaux acteurs politiques qui n’ont cessé de dénoncer la connivence des médias et des laboratoires d’idées avec « l’establishment ». Les condamnations morales, jusqu’à présent, n’ont en rien endigué la vague en question. Au contraire, elles l’ont fait enfler. Essayons de comprendre sine ira et studio

C’est ce que font notamment, cette semaine, l’hebdomadaire Time et Public Radio International, la radio publique des Etats-Unis, notre consoeur américaine. Ils ont dépêché des journalistes à Rome pour tenter de comprendre ce qui s’y passe. L’un d’entre eux suit un nouveau député du Mouvement 5  Etoiles dans sa prise de fonction. Francesco Berti a 27 ans et il est bien difficile de le trouver antipathique. Il apprend, dit-il, à « écouter les gens ». Il n’aspire qu’à leur « rendre le pouvoir ». 

Des élus très jeunes : autour de la trentaine.

Première caractéristique du nouveau parti dominant du Parlement italien, ses élus sont presque tous très jeunes : autour de la trentaine. Son chef, Luigi di Maio, n’a que 31 ans. Le même âge que le premier ministre autrichien, Sebastian Kurz. Emmanuel Macron, notre « jeune président » en a presque dix de plus. Les députés de 5 Etoiles ne vieilliront pas au palais Montecitorio : le mouvement leur a fixé une limite de deux mandats consécutifs. « Après moi, viendra quelqu’un d’autre, puis encore quelqu’un d’autre, ça n’a aucune importance », explique Berti. Il s’agit d’éviter la « professionnalisation », qu’on a tant reprochée aux partis du système. Pas question de faire de la politique un métier, d’accaparer la représentation. 

Mais cette limite est déjà ressentie par le jeune député comme un inconvénient : pour faire changer les choses, il faut savoir comment ça fonctionne, dit-il. Ce qui requiert un temps d’apprentissage. La vertu doit-elle se payer du prix de l’inexpérience et de l’inefficacité ? Déjà, il est question de prolonger le délai : non plus deux mandats, mais dix ans. 

Apprendre à faire des compromis.

A l’épreuve du pouvoir, 5  Etoiles apprend à passer des compromis. C’est ce qui arrive quand on entend quitter le statut de parti protestataire pour se muer en parti de gouvernement. Et le premier de ces compromis, pour ces jeunes activistes, dont beaucoup proviennent de la gauche, a été de s’allier avec la Lega, parti de droite radicale, nativiste et xénophobe. 

D’où le temps passé à rédiger un « contrat de gouvernement » sur le modèle de ceux auxquels nous ont habitués les gouvernements de coalition allemands. 

Cinque Stelle, le grand parti de l’Italie du Sud, celle qui est la plus touchée par le chômage (20 %) et la pauvreté, en particulier chez les jeunes. 

Oui, le Nord, riche, est dominé par la droite : Lega et Forza Italia. Le centre-gauche ne se maintient qu’au centre : le Parti Démocrate, qui dominait la vie politique à Rome, est retombé à 20 %. Quant à l’extrême-gauche, elle a été pulvérisée. Au Sud, c’est « Cinq étoiles ». On rêve d’autant plus du confort des palaces qu’on connaît de près la pauvreté.

Mais qui dit Sud, dit aussi mafia. Cinque Stelle se veut parti anti-corruption. Voter pour ses candidats a représenté une sorte de révolution dans bien des circonscriptions : pour une fois, les gens n’ont pas émis un « voto di scambio » (un vote acheté en échange de quelques faveurs), mais un vote civique, pour le changement. Cependant, ici ou là, la mafia qui s’infiltre partout, est arrivée à pénétrer le Mouvement. C’est la rançon de son ouverture, de sa flexibilité, de son côté non-professionnel, anti-léniniste. Favorable à la démocratie directe, 5 Etoiles la pratique en interne. 

Un parti en phase avec la révolution numérique et les réseaux sociaux.

Comme on sait, l’épine dorsale de son fonctionnement a été longtemps la plateforme « Rousseau », créée par Gianroberto Casaleggio, l’idéologue du mouvement. Celui-ci est décédé avant d’avoir vu se réaliser son rêve et son fils, propriétaire légal de Rousseau, a pris ses distances avec le parti de Luigi di Maio. En outre, le recours systématique au crowdsourcing pour alimenter le programme a montré ses limites : il suffit parfois qu’une minorité se mobilise fortement sur le réseau pour qu’elle parvienne à imposer une revendication fantaisiste. Comme dans les assemblées générales. Dans ce cas, la direction se réserve le droit de trancher. Comme dans un parti traditionnel, alors ?

5 Etoiles ne veut pas devenir un parti de notables, très bien. Mais quelle place pour son groupe parlementaire au sein du mouvement ? En s’identifiant au pouvoir en place, le mouvement « ni de droite, ni de gauche », va perdre une partie de sa séduction  « dégagiste ».

Reste cette leçon : comme en Grèce, comme en Espagne, comme en France, les partis dits « de gouvernement », de centre-gauche et de centre-droit, qui monopolisaient le pouvoir depuis des décennies, alors que leurs programmes tendaient à se ressembler, paraissent sortir de la scène. S’agit-il d’un phénomène limité à l’Europe du Sud ? Est-ce définitif ? De quelles classes sociales surgiront les majorités de demain ? Réponse demain…

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......