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Faire émerger des "champions européens" ?

5 min
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Au risque de créer des oligopoles qui bénéficient de rentes et pénalisent le consommateur ?

L’interdiction, par la Commission européenne, de la fusion Alstom-Siemens, par la commission européenne, a fait rebondir le débat sur les « champions européens ». Où en est-on ?

Il y a dix ans, parmi les 100 plus grandes sociétés du monde, on en comptait 28 établies en Union européenne. A présent, il n’en reste plus que 12. Certes, nous avons pris un sérieux train de retard sur le numérique, où les GAFA américaines dominent. Certes encore, la montée en puissance de la Chine a bousculé sacrément ce palmarès. Que l’on prenne pour critère le chiffre d’affaire, la rentabilité, le nombre d’employés ou la capitalisation boursière, ce sont en effet des entreprises américaines et chinoises qui dominent. Du coup, on reparle de la nécessité de faire émerger des champions européens.

En décembre dernier, les dirigeants de la Cofindutria italienne, de la Chambre d’industrie allemande, de son équivalent espagnol, ainsi que celui de France Industrie ont cosigné une lettre ouverte aux ministres de l’Industrie de l’Union européenne. Ils les appelaient à adapter les règles européennes aux nouveaux défis posés, notamment, par les mesures protectionnistes décidées par Trump. Ils leur demandaient de favoriser l’émergence de leaders européens dans les filières naissantes, comme la microélectronique, les batteries, les biomatériaux, les protéines ou la cybersécurité. 

Ils ont, semble-t-il, été entendus. Le 18 décembre dernier, à Paris, 19 Etats-membres de l’UE ont appelé à « une nouvelle impulsion politique favorisant la compétitivité européenne sur les marchés mondiaux. » Ils attendent de la nouvelle Commission, celle qui succédera aux élections du Parlement européen de mai prochain, une stratégie industrielle volontariste. Afin de promouvoir, disent-ils, les intérêts et les valeurs de l’Union européenne. 

Et de leur côté, les ministres chargés de l’industrie de 5 pays, l’Allemagne, l’Espagne, la France, l’Italie et la Pologne ont co-signé le 26 février un appel à « une politique industrielle plus ambitieuse, soutenue activement par la Commission, visant à assurer la compétitivité de nos entreprises ». Les ministres réclament aussi – je cite – une politique commerciale équilibrée, fondée sur la réciprocité et les bénéfices mutuels, sans naïveté. » Ils insistent pour que la prochaine Commission contrôle mieux les investissements en Europe de puissances extra-européennes. Surtout celles, comme la Chine, qui refusent catégoriquement la réciproque. 

Bref, les mentalités sont en train de changer. Et la Commission européenne actuelle apparaît en retard d’un métro. 

Longtemps, l’idée d’une politique industrielle devant donner naissance à des « géants nationaux » a été considérée en Allemagne et en Grande-Bretagne comme une lubie étatiste des Français. 

C’est vrai, mais les Britanniques s’en vont. Et l’industrie allemande, hier encore si glorieuse, bat de l’aile… Là-dessus, l’interdiction émise par la Commission européenne face à la perspective de mariage entre le Français Alstom et l’Allemand Siemens dans le ferroviaire a sérieusement remis le sujet sur le tapis : l’Union européenne doit-elle assouplir ses règles dans le domaine des fusions-acquisitions ? Celles-ci, rappelle l’ancien Premier ministre Guy Verhofstadt, ont été conçues à une autre époque. Il s’agissait,  alors d’éviter « la constitution d’oligopoles à la faveur de rapprochements entre d’ex-monopoles publics nationaux ». On n’en est plus là.

Pourtant, les choses sont plus complexes qu’il y paraît. C’est ce qu’explique Charles Wyplosz sur le site Telos. Face à ces problèmes, existent deux attitudes opposées. Les uns se croient réalistes. Ils soulignent ce que le développement de nos concurrents, chinois ou américains, doit aux interventions de leurs propres Etats. Ils estiment que, dans certains secteurs, les coûts de développement sont tellement élevés que seules, des entreprises géantes sont capables de les absorber. Ce qui implique l’aide directe ou indirecte des Etats. Voilà pourquoi il ne reste que deux compagnies, Boeing et Airbus, dans l’aéronautique, en attendant l’arrivée des Chinois. 

Et ils traitent de naïfs ceux qui leur opposent l’argument des prix. Pourtant, en autorisant la création de mastodontes industriels, on bloque la concurrence. Et ces entreprises ne sont plus incitées à baisser leurs prix. C’est le consommateur qui est perdant. 

Et il l’est doublement, puisqu’en tant que contribuable, c’est aussi lui qui paye les investissements nécessaires à la création des « champions ». En outre, ces géants, en situation de monopole, sont moins incités à innover. Dernier argument contre les subventions publiques aux « champions » : les Etats ne sont pas mieux placés que les marchés pour déterminer qui, parmi les jeunes pousses, sera demain Amazon ou Apple. Ces firmes se sont développées justement grâce à des capitaux privés. 

Pas si simple, observe Wyplosz. En fait, tous les Etats subventionnent directement ou indirectement certaines entreprises. En Chine, le secteur public et le privé se confondent. Aux Etats-Unis, la recherche est largement le fait des universités, en partie financée par le secteur public. 

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