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Le Parlement espagnol vient de voter une loi autorisant le suicide médicalement assisté aux patients atteints d’une maladie grave et incurable.

Euthanasie : combats européens pour la "liberté ultime"

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L'Espagne est le quatrième pays européen, après les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg, à autoriser les médecins à accéder au désir d'un malade incurable de mettre fin à ses jours.

Le Parlement espagnol vient de voter une loi autorisant le suicide médicalement assisté aux patients atteints d’une maladie grave et incurable.
Le Parlement espagnol vient de voter une loi autorisant le suicide médicalement assisté aux patients atteints d’une maladie grave et incurable. Crédits : Marcos del Mazo/LightRocket - Getty

Le Parlement espagnol vient de voter une loi autorisant le suicide médicalement assisté aux patients atteints d’une maladie grave et incurable. Les conditions demeurent draconiennes : les personnes désirant mourir doivent en faire la demande par écrit à deux reprises dans un intervalle de quinze jours. Le temps d’entrer en agonie, de perdre conscience et de ne plus être capable de réitérer cette supplication... La demande doit être approuvée par deux médecins. On est loin du laxisme que certains, à droite, reprochaient à cette loi, qui doit entrer en vigueur en juin. 

Sauf si la Cour constitutionnelle ne la retoque pas d’ici-là. Et il y a un précédent récent... Au Portugal aussi, le Parlement avait voté une loi autorisant la mort médicalement assistée et l’euthanasie volontaire, le 29 janvier. Le texte portugais multipliait les garde-fous : la demande d’assistance doit être faite devant témoin ; elle doit être validée par des médecins ; et un psychiatre doit s’assurer qu’il s’agit d’un choix "libre et éclairé". Et cependant, le président de la République, Marcelo Rebelo de Sousa, catholique fervent, a choisi de transférer le texte de la loi à la Cour constitutionnelle. Et celle-ci a demandé au Parlement des éclaircissements supplémentaires. On relève que la hiérarchie catholique locale, quoiqu’extrêmement sourcilleuse devant tout ce qui ressemble au suicide, condamné par l’Eglise, a fait preuve d’une certaine retenue. 

Où commence l'acharnement thérapeutique ?

Il s’agit, en effet, d’un sujet hyper sensible. Et pas seulement pour les chrétiens. Nous sommes tous hantés par le précédent du régime nazi, condamnant à mort des dizaines de milliers de malades mentaux et d’handicapés, dans le cadre d’un programme dit d'"hygiène raciale". Il s’agissait alors d’assassiner des personnes qui désiraient poursuivre le cours de leurs vies. Aujourd’hui de personnes gravement malades, qui n’ont aucun espoir de guérison et qui désirent s’épargner d’inutiles souffrances terminales et la perte progressive de leurs fonctions vitales ainsi que de leur lucidité. 

Certes, nous dit-on, la médecine, depuis ses fondations par le Grec Hippocrate, est fondée sur le précepte du maintien de la vie chez les humains auxquels les médecins ne sont jamais censés l’ôter délibérément. Mais où commence l’acharnement thérapeutique ? D’un autre côté, notre société libérale privilégie les droits de l’individu. Et le droit de mourir dans la dignité, en s’épargnant des souffrances devenues aussi intolérables qu’inutiles, fait désormais partie des droits de l’homme. Selon la législation canadienne, "une condition médicale grave et irrémédiable" justifie une telle demande. Et la loi la définit avec précision : "avoir une maladie ou une incapacité grave et incurable, être en état avancé de déclin de ses capacités, et traverser des souffrances physiques ou psychologiques qui soient intolérables et ne puisse pas être soulagées dans des conditions considérées comme acceptables." 

L'exemple des Pays-Bas

Ce qui reste en discussion, c’est le droit de programmer sa propre mort lorsqu’on se sait atteint de démence sénile et qu’aux premiers stades de cette maladie, on souhaite s’épargner, ainsi qu’à ses proches, une vie prévisible de légume, où seuls persistent les fonctions vitales, alors que l’esprit de la personne s’est absenté pour de bon de son corps. Peter Singer, le philosophe australien spécialiste de bioéthique, plaide pour qu’une telle possibilité soit ouverte par la loi. Car le vieillissement des populations et la progression de la maladie d’Alzheimer va rendre ce genre de situations de plus en plus fréquentes. Récemment, au Pays-Bas, l’un des pays les plus libéraux en matière de droit à mourir, vient de lever le risque toute poursuite légale pour les médecins qui administraient l’euthanasie à des patients qui en avaient fait la demande écrite avant de plonger dans la démence sénile. C’est très important, car l’assurance de ne pas finir en légume épargnerait nombre de suicides prématurés, tels que celui de l’avocate Gillian Bennett, qui a préféré mettre fin à ses jours en pleine possession de ses moyens, pour ne pas devenir, selon ses propres mots, "une coquille vide." Il faut certes distinguer deux cas, l’euthanasie et le suicide assisté. Dans le premier cas, l’assistance d’un médecin est nécessaire, dans le second le patient a la force de s'administrer lui-même la dose mortelle qui lui est fournie par un médecin. 

Mar adentro, When My Time Comes : le cinéma comme accélérateur du débat public

Il faut souligner le rôle qu’ont joué des films dans la prise de conscience du public. En Espagne, Mar Adentro, sorti sur les écrans en 2004, raconte l’histoire authentique de Ramon Sampedro, qui a vécu trente ans d’immobilité complète à la suite d’un accident, et son combat pour obtenir un suicide qu’il est dans l’incapacité de réaliser lui-même. Ces jours-ci, sort sur les écrans aux Etats-Unis, un film intitulé When My Time Comes. Sa réalisatrice, Diane Rehm, qui, une célèbre animatrice de radio à la retraite, qui se bat depuis des années pour le droit de choisir sa mort. Elle le fait sur la base de sa propre expérience : son mari, John Rehm, qui l’avait épousée en 1959, a dû cesser de se nourrir et de s’hydrater pour mettre fin aux souffrances que lui infligeait la maladie de Parkinson. Depuis, Diane Rehm mène une véritable croisade pour le droit de mourir dans la dignité. Pour son film, elle a traversé nombre d’Etats américains. Dans le New York Times, Jane E. Brody défend ce droit. Il ne s’agit pas tant d’une question d’éviter des douleurs intolérables : les soins palliatifs ont beaucoup progressé dans ce domaine. Non, ce dont il est question, c’est d’autonomie et de dignité, de l’incapacité à poursuivre une vie qui ait un sens. Les patients qui choisissent une aide médicale pour mourir au moment où ils jugent que leur vie ne vaut plus, à leurs propres yeux, les souffrances qu’ils endurent, veulent mourir paisiblement, en restant conscients afin de pouvoir dire adieu à ceux qu’ils aiment.

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