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La politique étrangère de Trump bordée par les Représentants

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On peut sourire à Téhéran, s'inquiéter à Pyongyang....

Les Démocrates ont conquis la majorité à la Chambre des représentants. Cela peut-il infléchir la politique étrangère des Etats-Unis ? Et si oui, dans quel sens ?

C’est précisément la question à laquelle tentent d’apporter des réponses deux spécialistes, Brian McKeon et Caroline Tess, dans un article aussitôt mis en ligne par la revue Foreign Affairs

Première observation : malgré leurs divergences avec Trump, les Républicains au Congrès n’avaient mis aucun obstacle sérieux à une politique qui, sur de nombreux points, rompait avec celle de ses prédécesseurs – en dénonçant de nombreux accords internationaux signés, en faisant copain-copain avec des dictateurs haïssables, comme Kim Jung-un, tout en snobant les vieux alliés, notamment européens. La plupart n’aimaient pas Trump, mais ils le redoutaient. A présent qu’il a fait élire des sénateurs plutôt alignés sur sa politique, l’équilibre des pouvoirs va reposer presque totalement sur cette majorité démocrate à la Chambre.

La Constitution des Etats-Unis donne au Congrès d’importants pouvoirs en matière de politique étrangère. Lorsque ses deux Chambres sont au diapason, il peut bloquer les initiatives de la présidence qui lui déplaisent, comme Obama en a fait la cruelle expérience après les élections de 2014. Ce n’est pas le cas cette fois, puisque le Sénat demeure républicain. 

Cependant, la Chambre dispose de deux moyens très importants. Un pouvoir d’enquête et d’audition des responsables, avec ses 21 Commissions permanentes, dotées d’administrations étoffées et compétentes. Et un pouvoir budgétaire. Trump peut s’attendre à ce que la nature exacte des affaires que sa compagnie a pu nouer dans le passé avec des intérêts russes, chinois et arabes soit passée au crible. Ces deux pouvoirs sont liés. « Contrairement à la croyance populaire, écrivent les deux experts, la Maison Blanche ne peut pas contrôler complètement la manière dont les agences gouvernementales répondent aux questions du Congrès. Car ces départements administratifs dépendent du Congrès pour le vote de leur budget. » Les responsables ainsi entendus seront obligés de coopérer et de transmettre tous les documents exigés. Or, ces interrogatoires, lorsqu’ils sont bien relayés par les médias, peuvent avoir des effets extrêmement déstabilisateurs pour la Présidence. 

Quelles sont les capitales qui peuvent se réjouir des inflexions politiques attendues ? Et quelles sont celles où on peut, au contraire, les redouter ?

Les alliés traditionnels des Etats-Unis, l’Europe, en particulier, ont eu le sentiment que Trump pourrait les lâcher s’ils ne participaient pas suffisamment à leur propre défense. Le Congrès poussera le Département d’Etat à rassurer les membres de l’OTAN sur la crédibilité de l’engagement américain. De même, les Démocrates essaieront d’empêcher Trump de continuer à miner l’OMC de l’intérieur, comme il n’a cessé de s’y employer depuis son élection. Les Démocrates sont partisans du multilatéralisme

L’Iran, bête noire de Trump, a aussi des raisons de se réjouir : les Démocrates lui sont moins hostiles.

Mais c’est sur le plan du commerce extérieur que les empoignades risquent d’être les plus vigoureuses. La Constitution des Etats-Unis donne au Congrès le pouvoir de fixer les droits de douane et de réguler les échanges extérieurs. Elle ne reconnaît au Président que la compétence de négocier les traités commerciaux, qui doivent être approuvés par le Congrès. Au cours des dernières décennies, le Congrès a délégué au Président un grand nombre de compétences dans ce domaine. On peut s’attendre à ce que la Chambre des Représentants tente à présent d’en récupérer certaines. Parce que Trump a manifestement abusé de son autorité pour fixer des droits de douane. Notamment en invoquant des motifs de « sécurité nationale » imaginaires. 

De même dans le domaine militaire, les pouvoirs qui ont été concédés au Président par des lois votées dans l’urgence, après les attentats du 11 septembre 2001 vont faire l’objet d’une attaque en règle à la Chambre. En outre, les Représentants votent les crédits militaires… les Démocrates seront plus attentifs que les Républicains dans le domaine de la cybersécurité. Ils jugent les Etats-Unis dangereusement vulnérables aux cyberattaques et sont décidés à augmenter les crédits destinés à riposter dans ce domaine.

Alors oui, il y a des pays  qui ont certainement des raisons de s’inquiéter du tournant attendu de la diplomatie américaine. Contre la Russie, toujours suspectée d’avoir favorisé l’élection de Trump, les sanctions seront probablement aggravées. 

Mais c’est surtout l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis qui seront visés. L’opinion démocrate, indignée par la guerre que mènent ces puissances au Yémen, exige que les Etats-Unis cessent de leur fournir une aide en matière de renseignement. 

Les Démocrates ont été scandalisés par la manière dont Donald Trump s’est rapproché de l’un des pires dictateurs de la planète, le Nord-Coréen Kim Jong Un. Ils sont décidés à y mettre bon ordre. Pyongyang a du souci à se faire.

Oui, décidément, le capricieux président américain va se retrouvé « bordé »… 

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