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Marlene Dietrich, une femme libre

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« L’ironie d’une jeune femme libre qui connaît son pouvoir sur les hommes »

Suite de mes chroniques consacrée à Marlene Dietrich, inspirées par la lecture du livre de Jean-Paul Bled, « La scandaleuse de Berlin ». On en était au tournant de sa carrière : L’ange bleu de Sternberg.

La femme fatale avait déjà connu une incarnation dans le cinéma allemand : Louise Brooks dans le rôle de Lulu, adapté d’une pièce de Frank Wedekind par Pabst, l’année précédente. Mais la Lulu de Wedekind et de Pabst est une ingénue qui provoque des drames parce qu’elle obéit à ses instincts. 

Lola-Lola, la chanteuse de cabaret incarnée par Marlene Dietrich dans L’ange bleu relève d’une tout autre catégorie de femmes fatales. Marlene lui confère la distance ironique dont elle ne s’est jamais départie, son humour désabusé, une once de cynisme, beaucoup de mélancolie. Jean-Paul Bled, écrit justement « l’ironie d’une jeune femme libre qui connaît son pouvoir sur les hommes. »

Le succès de L’Ange bleu, en 1930, des deux côtés de l’Atlantique, est tel que la Paramount prend immédiatement Marlene Dietrich sous contrat et la fait venir à Hollywood. C’est là que, sous la direction géniale de Sternberg, elle va tourner plusieurs chefs-d’œuvres : d’abord Morocco. Encore une histoire de chanteuse de cabaret, mais cette fois, c’est elle qui se perd pour suivre dans le désert le beau légionnaire dont elle est amoureuse, interprété par le légendaire Gary Cooper. 

Dandysme au féminin. 

X 27, l’histoire d’une belle espionne qui se sacrifie pour un colonel russe. Au moment d’être exécutée, elle demande au chef du peloton  de lui prêter la lame de son sabre. Afin de s’en servir comme miroir, et parfaire son maquillage. Cela rappelle la fameuse réplique de Shanghai Express. Le policier : - Qu’alliez-vous faire à Shanghai ? Marlene : Buy a new hat, acheter un nouveau chapeau

Il y a ainsi des répliques qui semblent ne pouvoir être dites par personne d’autre. Insolence, désinvolture et dérision, servis avec une élégance imperturbable… Marlene Dietrich a été l’objection vivante à toutes les étranges théories selon lesquelles il n’y aurait de dandysme qu’au masculin.

Suivent Blonde Venus, Le Cantique des cantiques, L’impératrice rouge, La femme et le pantin… certains des films créés par Sternberg pour sa Marlene furent des succès, d’autres des échecs, mais ce sont presque tous des chefs-d’œuvre. Follement maniérés, ils ne versent jamais dans le kitsch. Pourtant, aussitôt après le lancement de La femme et le pantin, adapté du trop fameux roman de Pierre Louÿs, Sternberg décide cependant de mettre fin à sa collaboration avec Marlene. Il estime avoir été jusqu’au bout de ce qu’il pouvait créer pour elle. « Miss Dietrich et moi avons parcouru ensemble tout le chemin possible. »

Et que pensent les nazis, parvenus au pouvoir, de l’exil aux Etats-Unis de cette Allemande devenue vedette internationale ?

Goebbels s’étrangle de rage en constatant que la plus célèbre femme allemande de son temps refuse obstinément ses offres mirobolantes. « Marlene Dietrich est _une actrice allemande qui se complaît en Amérique dans des rôles de prostituée_, dit-il. Elle est ainsi connue dans le monde entier où elle donne ainsi une fausse idée de l’Allemagne. » Mais Marlene demeure inflexible. Goebbels a beau lui proposer un pont d’or pour rentrer au pays, c’est Nein

Sans s’être jamais engagée politiquement, elle méprise et déteste les nazis. Question d’instinct. Elle dépense une partie de ses somptueux cachets pour faire fuir le pays à de nombreux Allemands, puis à des Autrichiens, menacés par le régime. Certains ne l’ont jamais su. Comme l’écrit Jean-Paul Bled, beaucoup d’intellectuels allemands et autrichiens émigrés aux Etats-Unis y ont dépéri. Le choc culturel était trop douloureux. Quelques uns, comme Kurt Weill, devenu vedette à Broadway, ont réussi leur rencontre avec la culture de masse américaine et s’y sont adaptés. Mais un Alfred Döblin se morfond à Los Angeles. Klaus Mann se suicidera en Californie, désolé de n’avoir pas trouvé son public aux Etats-Unis. 

Marlene, qui obtient la nationalité américaine, reste une Européenne de coeur. 

Marlene, qui obtient la nationalité américaine et se dépensera sans compter pour relever le moral des troupes alliées durant la guerre, reste une Européenne. Elle entretient un lien particulier avec la culture française, noué alors qu’elle était encore adolescente, en pleine guerre de 14/18. Elle fréquente de près les grands écrivains de son temps, entretient une relation d’amour platonique avec Hemingway, et beaucoup moins platonique avec Erich Maria Remarque, l’auteur du roman pacifiste A l’Ouest, rien de nouveau. Avant la guerre, elle vit entre Hollywood, Vienne, Paris et Londres.

Elle tombe amoureuse du bellâtre Douglas Fairbank Jr., tout en ne négligeant pas les amours féminines. Au fameux club Le Monocle, boulevard Quinet, elle fait la connaissance de la fameuse Frede, « divinement androgyne dans son frac ». C’est la future tenancière du Caroll’s, rue de Ponthieu, dont Modiano parle dans Remise de Peine

Mais son grand amour, c’est un Français : Jean Gabin… Le seul de ses amants auquel elle laissera espérer le mariage. Comme je l’ai dit, ils combattront tous les deux contre l’Allemagne nazie. Marlene sera décorée de la Medal of Freedom, la plus haute distinction civile américaine et elle sera la première femme à l'obtenir. Elle sera également honorée du titre de chevalier de la Légion d’honneur par la France.

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