LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Comment réconcilier les peuples avec leurs démocraties ?

Comment réconcilier les peuples avec leurs démocraties ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Personne ne nie plus que nos démocraties connaissent une nouvelle crise. C’est sur ses causes que les avis divergent. Oui, il y a un désenchantement envers nos démocraties représentatives et libérales. Une « democratic fatigue », comme on dit en anglais.

Comment réconcilier les peuples avec leurs démocraties ?
Comment réconcilier les peuples avec leurs démocraties ? Crédits : erhui1979 - Getty

« Democratic fatigue » : c’est l’expression qu’emploie Harold James, professeur à Princeton aux Etats-Unis. Cet historien britannique est l’un des meilleurs observateurs de la scène politique européenne. Comme beaucoup d’autres analystes, il a fait depuis longtemps ce constat d’un dysfonctionnement général de nos démocraties occidentales. Mais il tente aussi de proposer des remèdes à ce désenchantement. C’est ce qu’il fait, ce mois-ci, dans un article publié sur le site Project Syndicate, titré What’s behind the Crisis of Democracy ? (Qu’y-a-t-il derrière la crise de la démocratie ?)

Quels remèdes à la "fatigue démocratique" ?

Or, cette crise recouvre, aux yeux de Harold James, deux dimensions à différencier. Primo, les gens, les électeurs, les peuples, éprouvent depuis déjà longtemps, le sentiment que leur démocratie ne fonctionne pas dans le sens de leurs intérêts ; qu’ils sont mal ou insuffisamment représentés. Secundo, la polarisation des opinions et l’usure des systèmes institutionnels et partisans rend de plus en plus d’états ingouvernables. Prenez l’Espagne, ou Israël. Les électeurs y semblent incapables de désigner des majorités claires. Du coup, ces pays démocratiques sont affectés d’une crise de gouvernance qui les affaiblit. Le risque, alors, est que la démocratie soit perçue comme le régime du sur-place ; alors que les états autoritaires, dirigés par des autocrates, comme Poutine ou Erdogan, apparaissent, eux, comme prompts à la manœuvre – et mieux apte à faire face à des situations nouvelles. 

Les vieux partis dit "de gouvernement" donnent des signes d’épuisement. Ils paraissent incapables de répondre aux défis de l’heure. Leur horloge semble en retard d’un moment historique. Leur logiciel a un urgent besoin de remise à jour. Cela se traduit par une érosion électorale particulièrement visible en France et en Allemagne. 

La démocratie est-elle devenue une "léthargocratie" ?

La démocratie telle qu’elle s’est imposée dans plusieurs pays après la Seconde Guerre mondiale, rappelle Harold James, a été souvent conçue avec d’importantes limitations ; en particulier dans les pays vaincus, comme l’Allemagne ou le Japon. Leurs règles de fonctionnement ont été imaginées par les puissances victorieuses dans le but plus ou moins avoué de limiter la souveraineté de peuples dont on se méfiait. Tout un système de contrôle de constitutionnalité, en particulier, y est sensé tempérer les mouvements d’humeur populaires.

En outre, des institutions internationales et des accords internationaux sont venus, par la suite, rogner davantage encore la liberté de manœuvre et de décision des gouvernements et des Parlements. La souveraineté effective des peuples est de plus en plus restreinte par l’Union européenne, par l’OMC et d’autres agences et juges internationaux. 

Ces arrangements, selon Harold James, ont été longtemps source d’apaisement entre les Etats, de stabilité, de croissance et de succès. Mais on ne peut laisser plus longtemps entendre aux gens que leur vote n’est pas important et que – je le cite – « la modernité exige un gouvernement de modérés auto-limités au profit de l’immobilité ». 

Alors que l’histoire s’est remise en marche en mode accéléré, la démocratie ne peut demeurer plus longtemps une « léthargocratie ». 

Penser global, agir local ?

Pour compenser ces abandons de souveraineté nationale, il faut donc donner aux gens de nouvelles occasions de décider. Et le numérique est le moyen. Les questions d’intérêt local, en particulier, doivent être décidées localement, par référendum. 

La proclamation publiée, ce mois-ci, dans Prospect, par une femme politique britannique de premier plan, Justine Greening, va dans le même sens. Députée conservatrice depuis 2005, elle a exercé de nombreuses responsabilités ministérielles. Elle écrit aujourd’hui : « Je quitte le Game of Thrones parlementaire pour aider à la constitution d’une coalition extra-parlementaire, qui échappe au blocage de la politique partisane, décidément dysfonctionnelle ». 

Du système partisan britannique, elle écrit : « C’est un produit périmé, vidé de l’intérieur ». Son combat, c’est celui de la mobilité sociale. Elle a donc décidé de travailler localement avec les universités et les entreprises, afin de favoriser l’apprentissage, le tutorat. 

Obtenir que le Parlement adopte une loi sur ce sujet et que le gouvernement mette en place les réformes nécessaires, dit-elle, prendrait des années et le temps presse. « Je quitte la politique, pour faire vraiment de la politique », écrit-elle.  Afin de rester fidèle aux valeurs conservatrices, qu’elle résume en trois mots : aspirations, efforts, récompense.

par Brice Couturier

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......