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Gilets Jaunes (suite) : conséquences pour l'Europe

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Les recommandations de Guy Verhofstadt

Pour l’instant, les grandes plumes de l’intelligentsia internationale se gardent de livrer, sur la révolte française des Gilets Jaunes, des avis bien tranchés. Ou bien la France ne les intéresse plus, ou bien ils réservent leur jugement pour plus tard. Je guette depuis des jours une réaction sur le site Project Syndicate, où écrivent en anglais, espagnol, arabe, russe, mandarin les intellectuels publics les plus fameux du monde – dont on ignore bien souvent les noms en France. En vain. 

Seul, notre BHL national s’y est risqué. Mais ça ne compte pas. Puisque justement, il est de chez nous.   Non, je tablais sur un étranger véritable, suffisamment éloigné de nos querelles de Gaulois pour être capable d’un regard distancié. Tout ce dont nos médias ont paru étrangement incapables, eux qui nous ont habitués à tant de vigilance et d’ironie envers les politiciens professionnels, mais qui ont manifesté une si étonnante complaisance envers les porte-paroles de ce mouvement - et même les plus discutables.

Or voilà qu’hier Project Syndicate a mis en ligne hier, en anglais, le premier texte consacré aux Yellow Vests ! Tous les Européens, écrit Guy Verhoftsadt, ancien premier ministre belge et président du groupe ALDE au Parlement européen, devraient s’inquiéter de voir, en France, un mouvement qui avait débuté – je cite – « comme une protestation décente, de classes moyennes contre une nouvelle taxe sur les carburants, _détourné par des agitateurs de l’alt-right_, qui utilisent leur mouvement comme plateforme pour vomir la haine et des mensonges ». 

Je cite toujours : « D’une manière ou d’une autre, beaucoup des partis et mouvements populistes en Europe bénéficient d’un _soutien financier du Kremlin_. Les preuves d’une interférence d’argent sale en provenance Russie dans le référendum au Royaume-Uni s’accumulent. » De son côté, l’alt-right venue de l’Amérique de Trump exploite les peurs et minent les tentatives sérieuses d’apporter des solutions réellement globales aux défis posés par les migrations et le changement climatique.   

Bien sûr, poursuit Guy Verhofstadt, l’urgence commande de lutter d'abord contre la propagation de fake news qui alimente la vague populiste et eurosceptique. Malgré l’état catastrophique où se trouve aujourd’hui la Grande-Bretagne du fait de son choix de quitter l’Union européenne, cette vague n’a pas été stoppée, contrairement à ce qu’on a pu croire l’année dernière. 

Il suffit pour s’en convaincre de consulter le sondage publié hier par l’IFOP pour L’Opinion. Les partis d’extrême-droite (Front national et Debout la France), sont crédités du tiers des intentions de vote aux élections européennes. Les troubles sociaux favorisent toujours les partis qui se réclament de l’ordre. Comment certains ont-ils pu imaginer le contraire ?

Pour en revenir à Guy Verhofstadt, il estime que les critiques formulées par les populistes envers le fonctionnement de l’Union européenne manquent leur cible : le problème de l’UE, ce n’est pas qu’elle en fait trop, au détriment des souverainetés nationales. Le problème de l’UE, c’est qu’elle en fait trop peu, trop lentement, trop tard. 

Oui, l’Union européenne doit changer. Mais certainement pas de la manière dont le voudraient les partis eurosceptiques, en se réfugiant derrière les barrières nationales. L’UE, écrit l’ancien Premier ministre belge, doit devenir « beaucoup plus démocratique, plus transparente, plus souveraine". 

On a envie de demander comment concilier ces trois objectifs, qui ne sont pas nécessairement compatibles. La démocratie exige le respect de procédures qui ralentissent les processus de prise de décision. Elle requiert de larges consultations en amont, un niveau aussi élevé que possible de consensus, des possibilités d’aménagement des règles en fonction des situations particulières. On voit bien, aux réformes qu’il propose, que c’est la réactivité et l’efficacité que privilégie Verhofstadt.

Primo, il réclame un exécutif européen renforcé et réduit. Au lieu de cette pléthorique Commission à 28, un vrai gouvernement de 12 ministres. Le Parlement européen devrait recevoir la pleine compétence législative. Enfin, et surtout, la prise de décision à l’unanimité, de mise dans la plupart des politiques, devrait cesser. Car elle permet à des Etats de bloquer les décisions, et d’obtenir des avantages particuliers en échange de leur acquiescement. 

Mais par-dessus tout, implore Verhofstadt, l’UE doit changer de paradigme. La préservation du statu quo, l’obsession de la stabilité ne sont plus de mise dans le monde tel qu’il est. Il y a des urgences : créer une armée européenne pour cesser de dépendre de l’Amérique de Trump pour notre sécurité. Réaliser un marché européen du numérique, afin de faire émerger des GAFA européens. Se doter de garde-côtes et de gardes-frontières européens pour cesser de confier le contrôle des flux migratoires à des voisins qui ne nous veulent pas que du bien, comme la Turquie.

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