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Les révolutions technologiques vont amener à repenser toutes les questions militaires

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L'avion de combat furtif et le porte-avions sont-ils déjà obsolètes ?

Les capteurs et l'internet des objets rendront impossible la pénétration de l'espace de l'adversaire. 

Intelligence artificielle, systèmes autonomes, informatique ubiquitaire, ces technologies vont avoir des effets tellement disruptifs sur les affaires militaires qu’il va falloir les repenser complètement. Une révolution « militaro-technique » est en cours. Une fois de plus. Et des spécialistes ne cessent d’alerter les gouvernements sur le retard pris par la pensée stratégique de leurs pays respectifs. Tel est notamment le cas de Christian Brose ancien haut fonctionnaire du Sénat des Etats-Unis et ex-speechwriter de Condoleeza Rice. Il vient de publier un article intitulé La guerre de science-fiction de l’avenir, publié dans la revue Foreign Affairs.

Première observation : ce qu’on appelle « la chaîne de frappe » - le processus consistant à identifier, viser et atteindre une cible a déjà connu une accélération prodigieuse. Et là, ce n’est pas de la science-fiction. Les Ukrainiens ont eu l’occasion d’observer l’extraordinaire vitesse avec laquelle les Russes parviennent à identifier leurs mouvements et la redoutable précision de leurs frappes d’artillerie. 

Mais la grande révolution à prendre en compte, c’est celle des capteurs et de l’internet des objets. Il va devenir de plus en plus difficile, prévient Brose, de pénétrer un espace quelconque sans être immédiatement détecté. On a dorénavant les moyens de repérer l’attaquant à une très grande distance et à garantir une surveillance globale en temps réel. Et cette tendance va être accélérée par la prolifération des petits satellites de nouvelle génération. Il y en aura bientôt des centaines, capables de déceler le moindre mouvement. Conclusions : les technologies dites « furtives », censées indétectables, sur lesquelles ont beaucoup misé les USA, sont menacées d’une rapide obsolescence. 

La guerre des étoiles ne relève plus de la science-fiction.

L’utilisation de capteurs quantiques, une technologie qui ne sera disponible que dans plusieurs années, permettra de déceler les déplacements d’air, produits par les avions ou les mouvements marins provoqués par les sous-marins. Mais d’ores et déjà, la prolifération de capteurs produit d’énormes masses de données qui, elles-mêmes, à leur tour appellent des capacités de traitement dont seules sont capables des intelligences artificielles. L’espace apparaîtra de plus en plus comme un terrain de manœuvre essentiel. La « guerre des étoiles », dont menaçait l’URSS un Ronald Reagan qui n’en avait nullement les moyens, va cesser d’être un vaste bluff. L’avenir est aux munitions hypersoniques et aux armes basées dans l’espace. Il faut intégrer l’idée qu’il n’y aura plus, à l’avenir, ni d’arrière, ni d’espace sécurisé. Et c’est une révolution conceptuelle.

Autre révolution : les réseaux de communication sont devenus extrêmement vulnérables. La tendance est donc à autonomiser au maximum des systèmes nombreux, déployés sur les terrains d’affrontement. Ils doivent être capables de collecter et de traiter les informations qui leur sont nécessaires, sans être nécessairement reliés en permanence à une plateforme de commandement. 

L’interface cerveau/ordinateur permet à un très petit nombre d’opérateurs de mettre en œuvre, à distance l’action conjuguée d’un grand nombre de drones, simplement en pensant à ce qu’il attend d’eux. Pour ne donner qu’un aperçu de tout ce à quoi on peut s’attendre dans un avenir très proche.

Quelles conclusions  tirer, sur le plan des stratégies, de toutes ces redoutables innovations ?

D’abord l’idée qu’une armée puisse, à l’avenir, faire progresser des forces à l’intérieur des positions avancées de son adversaire sans être repérée et entamer les hostilités au moment choisi par elle, en prend un coup. C’est pourtant le genre de pensée stratégique qui a dominé les états-majors américains dans la conduite des guerres qu’ils ont menées, ces dernières années, au Moyen-Orient. Les ayant bien analysées, la Chine comme la Russie ont de développé des capacités d’interdiction d’accès qui rendent assez improbable l’arrivée militaire des Américains pour venir défendre un de leurs alliés menacé ou attaqué. Et cela va poser, toujours selon Christian Brose, un problème de crédibilité. Lorsque leurs alliés vont en prendre conscience…. 

Par ailleurs, l’ambition affichée par la Chine de devenir le leader de l’Intelligence artificielle a évidemment des implications militaires. Les Etats-Unis feraient bien de se réveiller, car ils sont en train de se faire distancer dans ce domaine stratégique.

Christian Brose estime que la position des Etats-Unis face à la Chine se détériore rapidement. D’autant que le gouvernement américain continue à dépenser beaucoup d’argent dans des équipements déjà dépassés, sans repenser sa stratégie d’ensemble en fonction des avancées technologiques récentes ou à venir. Cela fait des décennies que le Pentagone s’équipe, par exemple, en avions de chasse et en porte-avions de plus en plus sophistiqués et donc coûteux. Alors même que ces moyens militaires considérables sont probablement déjà obsolètes. 

Il ferait mieux de travailler à l’acquisition de systèmes d’essaims de machines intelligentes et autonomes, dispersées mais coordonnées entre elles. De tels équipements, parce qu’ils ne sont pas coûteux, peuvent être sacrifiés en grand nombres. Et ils permettraient, en cas de conflit, d’économiser les vies humaines. Car de plus en plus, ces machines peuvent se passer de la présence effective de combattants. C’est bien la seule bonne nouvelle.

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