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L'énergie nucléaire, de loin la plus puissante de toutes celles connues à l'heure actuelle...

Choix énergétiques : des enjeux qui obligent à penser large

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Selon Maarten Boudry, on ne saurait se fixer pour objectif énergétique le retour à un état d’harmonie avec la nature, qui n’a jamais existé ailleurs que dans les mythologies. Ce que nous devons faire, c’est accroître l’efficacité des sources disponibles et en découvrir de nouvelles plus efficaces

L'énergie nucléaire, de loin la plus puissante de toutes celles connues à l'heure actuelle...
L'énergie nucléaire, de loin la plus puissante de toutes celles connues à l'heure actuelle... Crédits : Henglein and Steets - Getty

« Le mésusage de la création commence lorsque nous ne reconnaissons pas d’instance supérieure à nous-mêmes. » Tel est le fondement de l’encyclique Laudato Si, consacrée par le pape François à l’écologie. 

Dans la tradition chrétienne, qui attribue tous les maux frappant l’humanité au péché d’orgueil commis par Adam et Eve, la crise environnementale est ainsi attribuée à l’hubris, aux excès, à l’avidité sans bornes de l’homme moderne. On peut trouver significatif qu’une revue écologiste conservatrice ait choisi pour titre Limite. Les courants traditionalistes ont toujours mis en cause la prétention des modernes à maîtriser la nature et à s’en approprier les ressources. Ce n’est pas un hasard si cette critique de la « maîtrise » est centrale dans la pensée de Martin Heidegger.

Déconstruire le mythe des chasseurs-cueilleurs

A croire les tenants de cet écolo-conservatisme, les chasseurs-cueilleurs d’autrefois vivaient en harmonie avec les autres espèces. Ils entretenaient avec le milieu des rapports moins utilitaristes et moins dévastateurs que nous, leurs lointains descendants. Cette idée n’est pas cantonnée à cette frange conservatrice de l’écologie, selon Maarten Boudry. Elle est répandue dans tout le milieu écologiste.

Or, selon ce professeur de philosophie des sciences à l’université de Gand, elle est fausse. La réalité, c’est que nos ancêtres en question devaient dévaster leur environnement pour simplement se maintenir en vie. Quoiqu’en petit nombre sur la planète, les hommes d’autrefois ont provoqué de très importantes déforestations, rien que pour ne pas mourir de froid et faire cuire leurs aliments. Les ¾ de la déforestation d’origine humaine sur la Terre ont eu lieu avant 1800…

Notre histoire technologique est marquée par la découverte d'énergies à densité de plus en plus élevée

C’est lorsque les humains ont découvert, très récemment, des sources d’énergie de haute densité, telles que le charbon, le pétrole et le gaz, qu’ils ont pu cesser de dévaster les forêts. Aujourd’hui encore, poursuit Maarten Boudry, la solution n’est pas de moins voyager, de moins consommer et de moins mondialiser. On ne saurait se fixer pour objectif de retourner à un état d’harmonie avec la nature – cet état n’a jamais existé que dans les mythologies. Ce que nous devons faire, c’est accroître l’efficacité des sources disponibles d’énergie et en découvrir de toujours plus efficaces. Comme nos ancêtres récents l’ont fait avant nous. 

De ce point de vue, les sources d’énergie dites renouvelables, comme l'éolien et les panneaux solaires, forts consommateurs de métaux rares ou de béton pour les enterrer, se révèlent une erreur. Un professeur de physique émérite de l’université d’Oxford, Wade Allison, a mis en ligne sur Project Syndicate dans lequel il compare la densité massique d’énergie des combustibles actuellement disponibles. 

Celle des énergies fossiles, telles que le gaz ou le pétrole est 1 000 fois supérieure à celle des sources d’énergie utilisées avant la révolution industrielle. Mais celle de l’uranium est, selon lui, cinq millions de fois supérieure. Et c’est pourquoi l’humanité ne renoncera certainement pas à cette source d’énergie-là. « L’opinion accepte bien volontiers que nous soyons exposés à un seuil relativement important de radiations pour faire des diagnostics dans le cas d’une radio ou d’un scanner, ou encore pour traiter des cancers. Il faudrait qu’il en soit de même quand _le nucléaire est au service de la planète_. »

« A la différence des renouvelables, écrit Maarten Boudry, les centrales nucléaires fournissent de l’électricité sans interruption et elles occupent un très faible espace, en comparaison des surfaces considérables qu’il faudrait consacrer à l’installation d’éoliennes pour obtenir une puissance comparable. Elles n’émettent pas de CO². « En dépit de ce que nous entendons aux informations, l’énergie nucléaire est la plus sûre et la moins polluante source d’énergie au monde. C’est pourquoi les seuls pays qui sont parvenus à décarboner largement leur production d’électricité sont _la Suède et la France_."

Renoncer aux énergies fossiles, oui, mais pas pour revenir en arrière

"Les énergies fossiles ont été un fort utile escabeau dans l’histoire du progrès humain, conclut Boudry, et dans les pays en développement elles le sont encore. Mais il est temps maintenant de tirer cette échelle de sous nos pieds. Une tâche d’une telle ampleur n’appelle ni modestie, ni humilité, mais de penser large et d’audace. Des réductions dans les voyages et la consommation seront nécessaires, mais très insuffisants. Indépendamment de ce que nous faisons, la demande d’énergie globale va continuer à augmenter dans un futur prévisible. » 

Ce que les pays développés doivent faire, c’est augmenter considérablement les budgets qu’ils consacrent à la recherche au développement pour l’innovation dans les véritables énergies propres et dans le géo-engineering.

par Brice Couturier

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