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Jusqu'à présent, les Moocs ont déçu

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Mais ils devront se réinventer...

A quand une rupture technologique (numérique) dans l'enseignement supérieur ?

L’économie numérique bouleverse tous les secteurs économiques l’un après l’autre, certains, comme le commerce ou le tourisme, davantage que d’autres, comme les services à la personne. « A quand une rupture technologique dans l’enseignement supérieur ? » demandait, l’an dernier, Kenneth Rogoff, professeur à Harvard). 

L’enseignement supérieur est désormais un secteur économique stratégique. Les meilleures universités du monde se battent pour attirer les étudiants. Aux Etats-Unis, qui détiennent les universités les plus réputées du monde, ce secteur représente un chiffre d’affaire annuel de 500 milliards de dollars, soit 2,5 % du PIB. Pourquoi ce pays, tellement à l’affût des innovations technologiques, persiste-t-il à offrir aux étudiants des cours magistraux ennuyeux, alors que l’enseignement secondaire se convertit progressivement aux techniques de « classe inversée » ?

Rappelons que, dans la « classe inversée », les élèves visionnent le cours, enregistré par leurs professeurs, le soir, chez eux. Le temps passé en classe est consacré à interagir, travailler en groupe, à contrôler l’assimilation des connaissances, faire les devoirs ensemble.

Les professeurs défendent mieux leurs prés carrés que les ouvriers...

Et Kenneth Rogoff, célèbre professeur, avait une réponse bien huilée à la question qu’il posait lui-même : si les cours magistraux étaient dispensés sous forme de vidéos, une poignée de professeurs très fameux se partageraient le marché au détriment de tous les autres. On connaît la loi « the winner takes all » ; elle s’applique dans le sport comme dans le show-business : quelques rares gagnants raflent la mise ; derrière eux, tous les autres se partagent des miettes. Mais après tout, faisait remarquer Rogoff, c’est déjà le cas sur le marché des manuels d’enseignement : dans chaque discipline, une dizaine de professeurs dominent le marché. 

« Soyons lucides, ajoutait-il, le corps universitaire ne souhaite pas davantage que les autres professions voir la technologie mettre à mal les emplois dans son domaine. Et, à la différence des métiers manuels, les professeurs d’université exercent un pouvoir considérable sur l’administration ». Mais Rogoff prévenait : c’est reculer pour mieux sauteur. « Un changement aura lieu tôt ou tard. »

Les étudiants inscrits sur les Moocs décrochent.

Hé bien il se peut qu’il se soit trompé… Oui, car à l’heure des premiers bilans, les Moocs, ces cours massifs en ligne, apparaissent assez décevants. Certes, selon ICEF, l’un des principaux cabinets de conseil en éducation supérieure, basé à Bonn, il y aurait eu dans le monde 100 millions d’inscriptions à ces cours en ligne en 2018. Mais selon The Inside Higher Ed, basé à Washington, seuls 3 % des étudiants inscrits à des Moocs vont jusqu’au bout de leur cycle universitaire. 

Plus inquiétant encore, le nombre d’étudiants inscrits à un cycle qui ne se réinscrivent pas l’année suivante n’a cessé d’augmenter. On ne peut donc pas considérer que la tendance soit favorable. Au contraire. Mais le plus attristant, c’est que les espoirs placés dans la capacité des cours en ligne à aider les pays en développement à combler leur retard, en fournissant compétences et diplômes, ont été déçus. Ce sont les étudiants des pays développés qui ont été les principaux utilisateurs de Moocs. Ils s’en sont servis pour compléter les enseignements reçus. 

Le cycle  du hype n'est pas encore achevé... 

Dans la lettre confidentielle (en français) Phébé, on trouve une analyse d’un article important sur ce sujet paru dans la fameuse revue Science. On y apprend que 52 % des étudiants inscrits dans un Mooc n’ont suivi aucun cours. L’auteur, Pedro de Bruyckere, explique cette désillusion par ce qu’on appelle « le cycle du hype » (hype pour hypermédiatisation). 

Après le lancement d’une technologie disruptive (phase 1) vient le temps des attentes exagérées (phase 2). Les nouveaux services ne répondant pas exactement aux attentes, survient, généralement deux ans plus tard, le temps de la désillusion (phase 3). Mais si cette technologie ne disparaît pas, peut apparaître la « pente de l’illumination (phase 4), qui va inciter des entreprises à redécouvrir certains avantages mal perçus au départ de la technologie en question. La phase 5 correspond au développement d’un produit ou service de grande consommation, appelé « plateau de productivité ».

Adapter les contenus à l'outil nouveau.

Manifestement, les plateformes de Moocs misent sur un tel scénario. Mais, prévient Kenneth Rogoff, cela passera par une remise en cause de la technologie elle-même : visionner des cours magistraux, même prononcés par les meilleurs professeurs du monde, n’attirera jamais des millions de personnes. Il faut réinventer les manières d’enseigner, afin de les rendre compatibles avec les technologies nouvelles. Là est le défi des Moocs.

William Patrick Leonard, du think tank Rio Grande Foundation, a tout récemment fait, à cet égard, des propositions stimulantes. Les animateurs, écrit-il, ne doivent pas se comporter comme des professeurs, mais comme des instructeurs. En ligne, l’environnement n’est pas celui de la salle de classe. Et il ne faut jamais perdre de vue la question des décalages horaires…

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