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Netanyahou, scandalisé par les déclarations de Morawiecki, premier ministre polonais.

Des calculs de politique intérieure, aux effets désastreux sur le plan international

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Les lois mémorielles polonaises : le Premier ministre aggrave son cas en parlant des "coupables juifs" de la Shoah.

Netanyahou, scandalisé par les déclarations de Morawiecki, premier ministre polonais.
Netanyahou, scandalisé par les déclarations de Morawiecki, premier ministre polonais. Crédits : THOMAS KIENZLE / AFP - AFP

En visite en Allemagne, le Premier ministre polonais Tadeusz Morawiecki, a tenté d’éteindre l’incendie provoqué par la signature des Lois mémorielles par le président de la République, Andrzej Duda. Y est-il parvenu ?

Non. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas franchement réussi. S’il a obtenu du ministre allemand des Affaires étrangères les paroles qu’il attendait : « l’Allemagne et elle seule porte la responsabilité de l’Holocauste », il s’est pris les pieds dans le tapis, en répondant à un journaliste israélien du quotidien Yediot Aharanot. 

Ronen Bergman interpelait le Premier ministre polonais en ces termes : « les voisins polonais de ma mère menaçaient de dénoncer sa famille aux nazis. Elle a dû fuir. Si je raconte l’histoire de ma mère en Pologne, serais-je considéré comme un criminel ? » Réponse de Morawiecki : « Ce ne sera pas regardé comme un délit. Ce n’est pas un délit de dire _qu’il y eut des coupables polonais, de même qu’il y eut des coupables juifs_, des coupables russes, des coupables ukrainiens, et pas seulement des coupables allemands. » Ce qui constitue un délit, passible d’une peine de prison en Pologne, c’est de parler de la culpabilité du peuple polonais ou de la nation polonaise dans la mise en œuvre de la Shoah. Non de cas de culpabilités individuelles.

Vive émotion en Israël, devant l'évocation de "coupables juifs" de la Shoah. 

Bien. Mais l’allusion à des « coupables juifs » a provoqué une forte colère en Israël. Le premier ministre Netanyahou a carrément jugé ces propos « scandaleux ». Il a mis en cause « l’incapacité à comprendre l’histoire et un manque de sensibilité envers la tragédie vécue par notre peuple. » Mettre sur le même plan les auteurs de pogroms et la police juive des Judenräte – si l’on suit bien M. Morawiecki, ne témoigne pas, en effet, d’un sens historique développé. Surtout de la part d’un homme politique polonais qui, de par ses origines juives, doit savoir mieux que d’autres de quoi il retourne.  

« Ce qu’a dit Morawiecki est techniquement parlant exact, mais historiquement parlant injuste », écrit ainsi Cnaan Liphshiz dans Times of Israel. Et de rappeler qu’en Israël même, il y eut jusqu’en 1972, plusieurs procès de collaborateurs juifs des nazis. Mais selon l’historienne Rivka Brot, qui a travaillé sur cette question, « toute comparaison entre des collaborateurs juifs et polonais est fausse. Les prisonniers juifs qui ont collaboré l’ont fait sous une menace immédiate de mort. » Tel n’était pas le cas des Polonais qui rançonnaient les Juifs échappés du ghetto, avant de les livrer aux Allemands – les fameux szmalcowniki – dont l’existence est d’autant plus difficile à nier que l’Etat clandestin polonais leur avait consacré des décrets, portant leur condamnation à mort.

Les lois mémorielles polonaise peuvent-elles bloquer la recherche historique ? 

Les lois mémorielles peuvent-elles bloquer la recherche historique sur la Shoah en Pologne ? L’historien Jan Gross ne le pense pas. Elle ne perturbera pas le travail des historiens installés, estime-t-il, mais elles risquent de décourager de jeunes chercheurs d’ouvrir de nouvelles pistes. Et surout, Jan Gross s’inquiète de la réécriture des livres d’histoire dans le secondaire. Déjà, la majorité de la population polonaise estime, d’après un sondage, avoir davantage souffert que leurs concitoyens juifs. Le terrible processus de concurrence mémorielle est en marche.

Comment réagissent les Allemands ?

Les Allemands voudraient pourtant trouver un modus vivendi avec le Parti au pouvoir en Pologne, car les sondages donnent le PiS gagnant, face à une opposition divisée aux élections générales de l’an prochain. Le Parti Droit et Justice pourrait même améliorer son score et remporter une victoire telle qu’elle l’autorise à modifier la Constitution – le vieux rêve de Jaroslaw Kaczynski, l’émince grise du parti. A l’heure actuelle, les intentions de vote en faveur du PiS sont de l’ordre de 40 %. Le principal parti d’opposition, celui auquel appartenait l’ancien premier ministre Donald Tusk, la Plateforme Civique, d’inspiration libérale, n’en recueille que deux fois moins. Comme dans beaucoup de pays d’Europe centrale, les partis de droite ont pris en charge les frustrations sociales des perdants de la Transition. Ecoutez pour vous en convaincre, le reportage d’Aurélie Kieffer, diffusé sur notre antenne vendredi dernier dans le Magazine de la rédaction.

Des calculs de politique intérieure aux effets internationaux désastreux. 

Le pire, c’est que ces funestes lois mémorielles, qui provoquent la consternation chez les alliés de la Pologne, ont manifestement été dictées à l’exécutif par des calculs de politique intérieure. Tadeusz Morawiecki, entré en fonction en janvier, était censé incarner un visage plus présentable de la Pologne que Beata Szydlo. Le PiS, très marqué à droite, désire se recentrer en vue des élections de l’an prochain. Et pour incarner ce tournant, un certain nombre de ministres sulfureux ont été congédiés. 

C’est le cas de l’inquiétant Antoni Macierewicz, ancien ministre de la défense, fort mal vu à l’OTAN en tant qu’adepte de la théorie complotiste, qui attribue à la Russie l’accident d’avion qui a coûté la vie à l’ancien président Lech kaczynski, tout en étant lié financièrement à des réseaux maffieux poutiniens. De même, Witold Waszczykowski, le ministre des Affaires étrangères, en guerre ouverte contre Bruxelles, a été remplacé à ce poste par un modéré, Jacek Czaputowicz. A l’heure où la Pologne est menacée des foudres de l’article 7 du Traité de L’Union européenne, cette opération ravalement de façade est complètement gâchée par ces stupides lois mémorielles. 

La Pologne, longtemps considérée comme le meilleur élève des classes OTAN et Union européenne, est en train de dilapider son capital, acquis sous de précédents gouvernements.  

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