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Manifestation antisioniste à Londres, mars 2018.

Pour combattre le nouvel antisémitisme, il convient d'abord d'en reconnaître l'existence.

5 min
À retrouver dans l'émission

Lorsque "l'antisionisme" sert de cache-sexe à un antisémitisme d'un type nouveau.

Manifestation antisioniste à Londres, mars 2018.
Manifestation antisioniste à Londres, mars 2018. Crédits : ALEX CAVENDISH / NURPHOTO - AFP

Où tracer la ligne de démarcation entre la critique des gouvernements israéliens, (aussi légitime que la critique de n’importe quel autre gouvernement de la terre), et la haine des Juifs, qui est l’une des formes du racisme ?

La question est délicate, en effet. Réponse de Nick Cohen, l’auteur de What’s Left ? déjà cité. On peut, bien entendu, être antisioniste sans être antisémite. Mais être antisioniste signifie deux choses, assez différentes. La première revient à soutenir le droit des Palestiniens à réaliser leur propre projet national, comme l’ont fait les Juifs qui ont créé Israël, en partageant les terres entre deux Etats, destinés à coexister pacifiquement. Mais de plus en plus fréquemment, par antisionisme, on entend autre chose. A savoir le succès – je cite - d’une « guerre à mort visant à la purification ethnique et religieuse » du Moyen-Orient, c’est-à-dire à la disparition définitive des Juifs d’une région où ils étaient encore nombreux, en Israël et hors d’Israël au début des années 1950. « Purification », qui passerait par la destruction de leur Etat. 

Au XX° siècle, note encore Nick Cohen, dans les congrès de gauche, on entendait proclamer la nécessaire unité des travailleurs arabes et juifs pour lutter contre le capitalisme. A un meeting organisé par Jeremy Corbyn, en 2002, les Frères Musulmans comptaient parmi les invités. Ils répétaient que les hommes étaient destinés à se soumettre et à servir Dieu et non à viser une quelconque émancipation, et qu’il n’y avait pas d’égalité possible entre musulmans et non-musulmans. "L'antifascisme de gauche est mort, conclut-il, lorsque l’utopie islamiste a remplacé l’utopie socialiste. » 

L'antisémitisme déguisé en antisionisme...

De même, écrivait, dans The Guardian, l’ambassadeur d’Israël à Londres, Mark Regev, lorsque des militants appellent au boycott de la seule démocratie du Moyen Orient, alors qu’ils n’ont jamais lancé de tels appels à l’encontre des nombreuses dictatures voisines, on a affaire à un double standard. Mais lorsque « les sionistes » sont décrits comme exerçant un pouvoir occulte et une influence nuisible sur la vie politique de la nation », on a affaire à l’antisémitisme. Un antisémitisme déguisé en antisionisme

Lors du débat, organisé à la Chambre des Communes sur l’antisémitisme, la semaine dernière, la députée travailliste Luciana Berger a constaté avec tristesse : « Il n’y a pas si longtemps, la gauche s’opposait activement à l’antisémitisme. Mais voilà que l’antisémitisme, en 2018, est devenu un lieu commun, plus flagrant et plus destructeur au parti travailliste. On me traite de Judas, on me dit quitte le pays, on me dit rentre en Israël... » 

Et l’ancienne ministre travailliste Margaret Hodge a témoigné en ces termes : « On a l’impression que mon parti a donné l’autorisation à l’antisémitisme de n’être plus contesté. Et face à cela, avec Corbyn, c’est pire que le silence ou l’inaction. »

A l’échelle de l’Europe, cette fois, la montée d'un nouvel antisémitisme.

Natalie Nougayrède, l’ancienne directrice du Monde, qui travaille dorénavant au Guardian, a publié récemment dans ce grand quotidien de la gauche britannique un article intitulé « To fight antisemitism, we must first face up to it ». (Pour combattre l’antisémitisme, il faut y faire face). Elle y rappelle les faits suivants : à Göteborg, en Suède, le 9 décembre de l’an dernier, un groupe d’hommes aux visages masqués a attaqué au coktail Molotov une synagogue où des jeunes fêtaient Hanouka. Ils n’ont dû leur salut qu’au fait qu’il existait une cave sous le bâtiment. Trois d’entre les agresseurs ont été identifiés par la police : un Palestinien et deux Syriens ayant reçu l’asile politique en Suède. Dans la même ville, le cimetière a été profané par des jeunes appelant à « l’intifada ». 

Des incidents de ce type ont eu lieu partout en Europe occidentale. Et ils ont redoublé de violence depuis l’annonce, par Trump, de l’installation de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem. 

« L’antisémitisme a muté en Europe, écrit Natalie Nougayrède. L’extrême droite, dont l’antisémitisme a conduit à l’Holocauste, fait désormais partie de notre histoire. Aujourd’hui, l’antisémitisme se cache encore parmi les mouvements identitaires, à travers toute l’Europe, y compris au Royaume-Uni. Les musulmans aussi ont apporté de l’antisémitisme. En 2013, le journaliste politique Mehdi Hassan a décrit l’antisémitisme parmi certains musulmans britanniques comme « notre vilain petit secret ». 

Et cependant, une autre forme d’antisémitisme s’est cachée, depuis les années 1960, derrière l’antisionisme d’extrême-gauche et la critique d’Israël. Ni les musulmans d’Europe, ni la gauche radicale ne devrait être stigmatisée de manière globale en tant qu’antisémites. De larges majorités le rejettent. 

Une prise de conscience générale, mais tardive.

Mais si la démocratie européenne doit être protégée, alors l’antisémitisme doit être exposé et combattu plus activement. […] _L’Europe n’est pas antisémite, mais nous devons reconnaître qu’il existe de nouvelles versions de l’aversion antisémite_. […] En tant que continent diversifié, affecté directement par les événements du Moyen Orient, nous devons faire face à de nouvelles réalités. Les reconnaître pour telles est la première étape. Davantage d’efforts sont requis en matière d’éducation, nous devons faire plus attention à ce qui se dit sur les médias sociaux. Le temps n’est plus aux œillères, ni au silence. » Fin de citation.

Il semble que toute l’Europe soit enfin en train d’en prendre conscience…

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