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Les quatorze causes de la polarisation politique aux Etats-Unis

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Quand un sévère écartèlement idéologique menace l'unité d'un peuple et d'une nation.

Je le disais hier : la tendance de fond qui caractérise la vie politique américaine, c’est la polarisation. Jamais Républicains et Démocrates n’ont été autant éloignés. Mais quelles sont les causes de cet écartèlement idéologique ?

Dans la revue The American Interest qui vient de paraître, David Blankenhorn, un politologue, président du think tank Institute for American Values, en dénombre quatorze. 

Numéro un : la fin de la Guerre froide. Tant que les Américains avaient un ennemi commun, qu’ils luttaient pour l’hégémonie contre un empire, propageant des valeurs radicalement opposées aux leurs, ils se retrouvaient. A présent qu’ils ont gagné cette guerre, ils divergent sur l’identité de l’ennemi principal.

Numéro deux : La montée des politiques fondées sur l’identité. La célèbre politologue Amy Chua, dans son dernier livre, Political Tribes, résume le problème d’une phrase : « La gauche croit que le tribalisme de droite – sectarisme, racisme – déchire le tissu social de la nation. La droite croit que le tribalisme de gauche – la politique des identités, le Politiquement Correct – déchire le tissu social de la nation. Et malheureusement, elles ont raison toutes les deux. » Il y a, dans l’air du temps, un fort parfum de tribalisme.

Numéro trois : la progression d’une forte divergence face aux questions religieuses. La sécularisation de la société américaine fait que le christianisme, autrefois dominant, est en train de perdre sa prééminence. D’où, en réaction, des mouvements de réaffirmation identitaire assez puissants. Aujourd'hui, parmi les électeurs du Parti démocrate, ceux qui se déclarent affiliés à aucune religion sont majoritaires, alors que les chrétiens conservateurs votent massivement républicain.

Numéro quatre : l’intensification de la diversité raciale et ethnique contribue au déclin de la confiance sociale. La conviction que l’on peut se comprendre réciproquement est la condition politique à l’acceptation des transferts sociaux. Elle est en baisse aux Etats-Unis. 

Numéro cinq : la disparition de ceux qu’on a appelé, « la Grande Génération ». Ils avaient subi, dans leur enfance, la Grande dépression et ont su en sortir le pays ; puis ils ont vaincu les ennemis des Etats-Unis sur les multiples champs de bataille de la Deuxième guerre mondiale. C’étaient des gens prêts à sacrifier leur vie pour leur pays. Et c’était aussi des gens prêts à sacrifier une partie de leurs revenus pour soutenir l’Etat-providence. Patriotes, ils soutenaient le pouvoir issu des élections. John Wayne, le soir de la victoire de Kennedy : « Je n’ai pas voté pour lui, mais c’est maintenant mon président. Et j’espère qu’il va faire du bon boulot. » Ils n’ont pas été remplacés…

Numéro six : la géographie sociale. De plus en plus d’Américains vivent dans un environnement choisi pour ne plus fréquenter que des gens qui leur ressemblent et qui pensent comme eux. Ca ne favorise pas la remise en question des préjugés concernant les autres…

Numéro sept : Il y avait autrefois des Républicains de gauche et des Démocrates de droite. C’est terminé. Je le disais hier.

Numéro huit : les nouvelles règles de fonctionnement progressivement introduites au Congrès. Elles ont miné les anciennes pratiques de courtoisie et de fraternisation, par-dessus les clivages partisans. A présent, Démocrates et Républicains se font la guerre. Et perdent de vue, au passage, l’intérêt supérieur du pays.  

Numéro neuf : les nouvelles règles de fonctionnement adoptées par les partis politiques pour la sélection des candidats. Sous prétexte de démocratisation et de pouvoir de la base, on a court-circuité les permanents, les professionnels. Or, ils favorisaient les candidats modérés, plus susceptibles de gagner. 

Numéro dix : le rôle des généreux donateurs. Autrefois, ils cherchaient à favoriser leur secteur d’activité économique par le lobbying. A présent, on a affaire à des milliardaires idéologues. Ce n’est pas un progrès…

Numéro onze : le découpage intéressé des circonscriptions électorales. Les Républicains ont charcuté ici ou là la carte des comtés, de manière à isoler les électeurs démocrates et à favoriser leurs propres candidats dans les comtés voisins. Mais du coup, dans ces circonscriptions gagnées d’avance, tout se joue aux primaires. Et c’est  le candidat le plus radical qui l’emporte.

Numéro douze : la ghettoïsation des médias par le numérique. "Parce que je ne suis exposé, sur les réseaux sociaux, qu’à des présentations caricaturales des vues de mes adversaires, je suis amené à les considérer comme des gens dangereux." Les nouveaux médias favorisent l’audience des plus bruyants, des plus excessifs, des plus provocateurs. Les clowns prennent le pas sur les gens compétents.

Numéro treize : Le déclin du journalisme sérieux et honnête. La tendance à confondre les faits et l’opinion, les faits authentiques et les rumeurs qui font le buzz. L’information et le spectacle.

Numéro quatorze : Une évolution générale des mentalités : on favorise la pensée binaire sur la pensée complexe ; on présume que quiconque ne partage pas son point de vue ne peut être motivé que par la mauvaise foi ; le besoin d’être approuvé par son propre groupe ; l’incapacité à se mettre d’accord sur l’existence d’une série minimale de faits – qui permettrait de réformer ce qui ne tourne pas rond… 

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