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Les vraies causes du populisme ne sont pas celles qu'on croit

5 min
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La vague n'est causée ni par les inégalités, ni par l'immigration. La preuve : elle touche aussi les pays riches et ceux qui n'ont pas d'immigrés.

Un milliard de personnes vivent dans Etats gouvernés par des pouvoirs populistes.

L’ombre du populisme s’étend lentement sur le monde. Tel est le constat que fait Andres Velasco, éminent économiste chilien, qui a été le ministre des finances du gouvernement socialiste de Michelle Bachelet. C’est un homme qui sait compter. 330 millions de citoyens des Etats-Unis ont pour président Donald Trump. On ne le présente plus. 170 millions de Brésiliens viennent de donner le pouvoir Jair Bolsonaro, un capitaine néo-fasciste. Ne pas oublier les Phlippines de Rodrigo Duterte et leurs 100 millions d’habitants. Et oui, je crois qu’on peut ajouter la Turquie d’Erdogan – 80 millions de personnes. On passera sur des pays de moindre importance démographique. Mais, selon Andres Velasco, à l’heure qu’il est environ un milliard d’êtres humains vivent dans des régimes qu’on peut légitimement qualifier de populistes. 

L'hypothèse de l'insécurité économiques.

D’où souffle ce vent mauvais ? De manière générale, poursuit notre économiste chilien, on met en accusation l’économie et plus précisément la distribution des revenus. C’est vrai, le revenu médian stagne depuis une génération dans un certain nombre de pays. Ce sont souvent ceux où la crise financière a aggravé des inégalités de revenus. Du coup, après avoir été relativement consensuelle durant des décennies, la politique y est redevenue confrontation. Appelons cette hypothèse celle de l’insécurité économique. 

Mais si le problème était une simple affaire de revenus des ménages, la réponse serait simple, poursuit Velasco : il suffirait de taxer davantage les riches et de redistribuer les revenus de manière plus agressive. Quand on le fait, ça ne marche pas.

Les plus récentes enquêtes sur l’élection présidentielle américaine et sur le vote en faveur du Brexit démentent cette hypothèse de l’insécurité économique. Au Etats-Unis, ce ne sont pas exactement les plus démunis économiquement qui ont préféré Trump, mais les plus démunis en diplômes. De même, si tout le populisme s’expliquait par la stagnation des revenus, pourquoi des pays en très forte croissance, comme les Philippines ou la Turquie y auraient-ils succombé ? 

La théorie du backlash culturel.

Alors, d’autres analystes expliquent le populisme, par une autre hypothèse, celle du « backclash culturel ». Le vote populiste serait déterminé par les questions de race et d’immigration.  

Mais comment expliquer que les populismes centre-européens se soient emparés de pays comme la Pologne et la Hongrie qui non seulement performent plutôt bien sur le plan économique, mais n’ont pas d’immigrés. Cet argument ne tient pas davantage. Les taux de croissance annuels respectifs de ces deux pays sont de 3,3 et 2,1 % depuis 2010. Supérieurs à ceux de la France et même de l’Allemagne. Alors, on met en cause le chômage. Ca ne marche pas non plus. La République tchèque jouit du taux de croissance le plus élevé d’Europe (4,3 %) et du fait de cette croissance et le chômage y a pratiquement disparu. Et pourtant, au dernières élections les populistes ont doublé leurs scores. Quatre électeurs sur dix ont fait ce choix.  Dans un pays où il n’y a pratiquement pas d’immigrés. 

Dans ces derniers pays, l’argument selon lequel le populisme est une réaction à la stagnation des revenus en une génération ne tient pas non plus la route. Depuis qu’ils sont sortis du communisme, ces pays se sont enrichis à un rythme qu’ils n’avaient jamais connu au cours de leur histoire. 

Les politiques fortement redistributrices à la brésilienne n'empêchent pas non plus la montée du populisme. 

Certes, le Brésil constitue un cas différent. Il a subi une grave récession en 2015 et 2016, sous le second mandat de Dilma Roussef. Mais ce pays, sous la direction des gouvernements du PT avait bénéficié de politiques fortement redistributrices. Obama avait dit de Lula da Silva que c’était « le politicien le plus populaire de la terre ». Il est en prison...

Conclusion : le populisme n’est pas le produit des difficultés financières des gens. Il est le produit de leur enrichissement. Si le populisme, poursuit Andres Velasco, reflétait une demande de redistribution accrue des revenus, ce seraient les populistes de gauche qui l’emporteraient. Or, ce sont presque toujours les populistes de droite qui gagnent : Trump, Bolsonaro, Duterte, Orban, Salvini… Et les derniers populistes de gauche encore en place, comme Nicolas Maduro, gouvernant des pays en faillite, sont bien près de la sortie…

C’est pourquoi imaginer combattre le populisme et l’illibéralisme par des largesses sociales est une illusion. C’est, écrit Velaco, l’ultime hubris technocratique. Cette générosité est perçue comme insultante. 

L'arrogance des élites, installées au pouvoir. 

Non, la vraie cause du populisme, ce ne sont ni les inégalités, ni l’immigration. C’est l’arrogance des élites. Dans certains cas, la majorité déteste l’establishment politique parce qu’il est corrompu (cas du Brésil), dans d’autres parce qu’à force d’exercer le pouvoir trop longtemps, ses détenteurs le tiennent pour un droit acquis. Alors oui, on a besoin de changement sur le plan économique, mais surtout de changement politique. Sinon, le nuage va continuer à gonfler.

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