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Les forces de gauche en Europe : à peine 20 % de l'électorat

5 min
À retrouver dans l'émission

Même le SPD est à la peine, écartelé entre des demandes contradictoires.

La droite populiste est le courant politique qui a bénéficié de la crise de 2008.

Je le disais, la semaine dernière : le but déclaré des partis relevant de la droite populiste et souverainiste est d’obtenir  le tiers des sièges au Parlement européen. Une minorité de blocage. Mais les forces de gauche, dans quel état se présentent-elles, à la veille d’une échéance décisive pour l’Union européenne ? 

Tout le monde s’accorde sur le constat résumé en quelques phrases par l’économiste Dani Rorik, dans un papier récent de Project Syndicate. Je le cite : « les principaux bénéficiaires politiques des fractures sociales et économiques engendrées par la mondialisation et le changement technologique sont, jusqu’à présent, les populistes de droite. Des acteurs politiques tels que Donald Trump aux Etats-Unis, Viktor Orban en Hongrie, et Jair Bolsonaro au Brésil ont accédé au pouvoir en capitalisant sur une colère croissante  à l’encontre des politiques bien établies, ainsi qu’en exploitant un sentiment nationaliste latent. Les forces de gauche et les mouvements progressistes ont, quant à eux, pour l’essentiel, disparu du combat. » Fin de citation. 

C’est ce que démontrent, partout en Europe, les sondages : la gauche a rarement connu une crise aussi grave. Un sondage de l’Istituto Cattaneo donne moins de 20 % à l’ensemble de la gauche aux élections de mai. 

Souvenons-nous des commentaires, si fréquents au moment de la crise financière de 2008. Toute sorte ces prophètes, bien relayés par les médias, nous annonçaient la chute finale du capitalisme et la victoire des forces de la gauche radicale… Le capitalisme, devenu financier, claironnaient-ils, mourait enfin de ses contradictions internes et de son absence de régulation ; il allait laisser la place au socialisme, attendu depuis un siècle et demi. Qui aurait imaginé alors que les grands vainqueurs de la crise seraient les mouvements relevant de la droite populiste ? 

Où en est le SPD ? L’un des plus anciens partis de gauche en Europe ?

Oui, il a été fondé il y a 155 ans – et c’était, en apparence, l’un des plus solides. Or, le SPD lui-même se débat dans une crise qui pourrait lui être fatale selon Der Spiegel. C’est cette année, lit-on dans ce grand hebdomadaire de gauche, que « ça passe ou ça casse ». 

Non seulement, les élections européennes s’avèrent périlleuses pour les sociaux-démocrates, mais leur parti devra affronter, cette année, une série d’élections locales redoutables. Les électeurs de la cité-Etat de Brême, dirigée par le SPD depuis 74 ans, pourraient lui retirer leur confiance. Ensuite, il y aura les élections dans trois Länder de l’Est – Brandebourg, Saxe et Thuringe – qui ne s’annoncent pas sous les meilleurs auspices. Avant la fin de cette année, le congrès du parti devra tirer les conclusions de ses performances électorales pour sa stratégie : rester au gouvernement en tant que junior partner de la CDU ? Ou tenter de prendre la tête d’une opposition, aujourd’hui dominée, au Bundestag, par les populistes xénophobes de l’AFD ? 

Mais selon le politologue Albrecht von Lucke, auteur d’un essai intitulé Die schwarze Republik und das Versagen der deutschen Linken. La République noire (autrement dit la CDU) et l’échec de la gauche allemande, les deux options sont également mauvaises. Si le SPD reste au gouvernement, il soldera le peu de crédit qui lui reste en tant que promoteur de l’idée socialiste. Mais s’il le quitte, il risque de démontrer qu’il ne sert décidément plus à rien…. 

Le SPD, selon von Lucke, incarnait, aux yeux des électeurs allemands, deux valeurs : la justice et la cohésion. Mais primo, l’ancien « parti des gens » est devenu un parti de l’élite éduquée. 82 % des députés du SPD au Bundestag ont fait des études supérieures. Ils parlent un langage que les gens simples ne comprennent pas. 

Le SPD, écartelé. 

Secundo, le SPD est profondément divisé. Ecartelé entre exigences des ouvriers d’industrie, dont le poids électoral décline très vite (moins de 20 % de l’électorat, contre 37 % il y a vingt ans) et le précariat – ces jeunes diplômés qu’on voit travailler dans les cafés, et qui vont d’un stage à un contrat temporaire, sans pouvoir même payer un loyer régulier. Il est tiraillé entre ceux qui veulent protéger les industries, comme Sigmar Gabriel, et ceux qui privilégient la qualité de l’air, comme Matthias Miersch, député de Hanovre. Pris en étau entre sa vocation internationaliste et la tendance qui, en son sein, réclame qu’on n’accueille plus les réfugiés en masse, comme en 2015. 

Tenter de conquérir en même temps l’électorat, jeune et urbain, des Verts et celui de l’AFD ? C’est mission impossible ! Mais la direction du SPD est-elle capable d’un choix stratégique ?

Sa nouvelle présidente du SPD, Andrea Nahles, longtemps figure de l’aile gauche du parti, est l’objet de bien des critiques. Aucun sujet de fond n’a encore été débattu, accuse Der Spiegel. C’est aussi que Nahles a intérêt au maintien du statu quo et tient aux rituels de la social-démocratie allemande, qui donnent l’illusion que le parti fonctionne comme avant. A l’époque de Willy Brandt, le SPD était capable de faire converger des forces disparates. Longtemps, ce parti eut la réputation de savoir « prendre soin des choses », de réparer ce qui n’allait pas en Allemagne. Aujourd’hui, conclut Der Spiegel, il risque de plonger dans l’insignifiance en tant que parti du statu quo. 

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