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Italie : l'Union européenne se prépare au pire.

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Lorsque le peuple veut l’impossible, seuls les menteurs peuvent le satisfaire. (Thomas Sowell)

Mercredi dernier, une équipe de peintres en bâtiment s’est rendue au quartier général de la Lega, via Bellerio à Milan. En quelques minutes, elle a fait disparaître les 9 neuf grosses lettres qui ornaient le mur du QG de Matteo Salvini. Ces 9 lettres proclamaient pourtant ce qui avait constitué l’un des principaux messages politiques de la Liga depuis des années « Basta Euro ». Ras-le-bol de l’Euro. 

La position de Salvini a-t-elle changé depuis la campagne électorale ? Il avait pourtant proclamé que si son mouvement participait au gouvernement, il n’y aurait même pas besoin de référendum ; la sortie de l’euro s’imposerait. L’Italie va-t-elle quitter l’Euro ? Ou « simplement » le faire exploser en vol, en faisant banqueroute ? On en est là. Car les promesses électorales des deux partis au pouvoir sont parfaitement incompatibles. Le Mouvement Cinq Etoiles, qui croit au mythe de la « fin du travail », s’est engagé à instaurer un revenu universel. Le coût est vertigineux. De son côté, la Ligue a promis la mise en place d’une flat tax à 15 ou 20 % en fonction des revenus. Plus de dépenses et moins de recettes, même les plus acharnés partisans d’une « autre économie » le reconnaissent : c’est irrationnel. « Lorsque le peuple veut l’impossible, seuls les menteurs peuvent le satisfaire », écrit Thomas Sowell. 

Der Spiegel le reconnaît : le vrai vainqueur du jeu politique italien, c’est Matteo Salvini. Ce fan de Poutine, adversaire de l’euro, déterminé à expulser 500 000 immigrés illégaux d’Italie et à interdire les ports italiens aux associations qui recueillent les migrants, devient vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur du nouveau gouvernement italien. L’homme le plus puissant du cabinet. Et c’est paradoxal. Car aux élections du 4 mars, la Liga n’a obtenu que 17 % des voix, face aux 32 % de son partenaire gouvernemental du Mouvement 5 Etoiles. Pourtant, c’est Salvini qui a dominé les 3 mois d’intenses négociations qui ont suivi. C’est aussi qu’il disposait d’une arme de dissuasion massive : en cas d’échec à former un gouvernement dont il était destiné à former le pivot quoiqu’il arrive, de nouvelles élections devenaient inéluctables. Or, les sondages créditent la Liga de 27,5 % des intentions de vote. Il a gagné 10 points en trois mois. 

Mais un autre personnage sort renforcé du bras-de-fer de la semaine dernière, en Italie. C’est le président de la République, Sergio Mattarella. 

En refusant, comme la Constitution l’y autorise, la première formule gouvernementale que lui présentait le Premier ministre choisi par les deux partenaires de la coalition gouvernementale, il a fixé au gouvernement des limites. On est dans une situation que les Français connaissent bien : la cohabitation. 

Le président de la république italienne, s’il dispose de beaucoup moins de pouvoirs que son homologue français, détient cependant le droite de dissoudre les deux assemblées. Il a refusé la nomination d’un nonagénaire favorable à la sortie de l’Italie de la zone Euro, Paolo Savona, au ministère de l’Economie et des Finances. Cette seule annonce avait provoqué une dégradation du crédit de la cote de l’Italie sur les marchés où elle continue à devoir emprunter pour acquitter les intérêts de ses dettes antérieures… Une situation qui rappelle celle de la Grèce. Avec cette différence : l’économie italienne pèse 10 fois cellede la Grèce. Respectivement 15,5 % et 1,6 % de la zone euro. Il était relativement facile d’éteindre l’incendie grec avant qu’il ne se propage à l’ensemble de l’Eurozone. Ce serait impossible dans le cas de l’Italie. Les Allemands eux-mêmes n’en ont pas les moyens.

Les Allemands ne s’en cachent pas : ils misent sur la démonstration rapidement administrée aux électeurs européens que les promesses électorales faites par les deux partis populistes au pouvoir en Italie sont intenables.

Le problème pour l’UE, c’est que le cas italien est loin d’être isolé. L’Autriche aussi a un gouvernement droite extrême droite. Et des partis de droite populistes sont au pouvoir dans la majorité des pays d’Europe centrale. 

"Les signes d'une vitalité désorientée" (Peter Sloterdijk). 

Le philosophe allemand Peter Sloterdijk, l’un des penseurs majeurs de l’aventure européenne dans sa réalité historique contemporaine, veut voir dans cette poussée de fièvre populiste « les signes d’une vitalité désorientée à la recherche d’une nouvelle mission ». Dans une longue interview accordée à Christophe Ono-dit-Biot pour Le Point, Sloterdijk décrit l’Union européenne comme « un club d’humiliés », une sorte de rehab center, de centre de réadaptation à l’usage de nations. « 500 millions de perdants » y ont appris à vivre dans un monde « post-impérial et post-héroïque ». 

Revenus de leurs vieux rêves de gloire – ceux qui les avaient poussés à la conquête coloniale du monde – les Européens se sont pris, à nouveau, pour une sorte d’avant-garde. Mais celle-ci n’était plus fondée, comme autrefois, sur la supériorité technologique et militaire, mais sur une supériorité morale. 

C’est un rêve dont l’ancien ministre français Hubert Védrine se moque, dans une interview donnée à L’Express.  Après la chute du Mur de Berlin, a prévalu en Europe une « vision très bisounours du monde », dit-il. On a cru à l’abolition des frontières externes, pour rester ouverts, accueillants. Et puis, tout à coup – je cite, cette bien-pensance naïve a reculé sous le coup du nombre et des évènements. Les uns après les autres, les pays ont rétabli leurs frontières dans le désordre. » Les politiques migratoires se sont durcies partout.

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