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Deux femmes ayant joué un rôle essentiel dans la diplomatie Obama reviennent sur leur expériencce

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À retrouver dans l'émission

Susan Rice et Samantha Power concèdent quelques échecs, mais ne regrettent rien.

L'experte réaliste versus l'idéaliste droits-de-l'hommiste. 

Deux femmes d’influence ont joué des rôles essentiels dans la politique étrangère à l’époque des présidences Obama. L’une et l’autre viennent de publier un livre retraçant leur expérience. Laissez-moi vous  les présenter.

Tout prédisposaitSusan Riceà devenir la Conseillère à la sécurité nationale qu’elle est devenue durant le second mandat d’Obama. Brillantissime figure du tout-Washington, fille d’un gouverneur de la FED, elle fait partie de cette nouvelle élite noire dont l’ascension est spectaculaire. Quand elle rejoint la campagne d’Obama en 2008, elle a déjà acquis une grande expérience des affaires étrangères. Notamment comme l’une des directrices du Conseil national de sécurité de Bill Clinton. Dotée d’une confiance en soi à toute épreuve, elle avoue qu’elle avait décidé à l’âge de dix ans, de devenir sénatrice. Elle se définit elle-même comme une réaliste. Mais c’est une femme de principes autant qu’une experte dans son domaine. 

Samantha Power qui lui a succédé comme ambassadrice des USA aux Nations-Unies, vient d’un tout autre horizon. Née en Irlande, son métier de journaliste l’a entraînée jusqu’à Sarajevo, à l’époque où les Serbes de Karadzic se livraient au nettoyage ethnique de la Bosnie. Quelques années plus tard, lorsque le gouvernement soudanais entama le nettoyage ethnique du Darfour, Samantha Power mobilisa l’opinion publique américaine en faveur des victimes. Elle devient l’une des figures de proue de l’interventionnisme humanitaire. La Bernard Kouchner américaine. Elle a développé ses idées dans un livre qui eut un grand retentissement et lui valut le Prix Pulitzer en 2002, A Problem from Hell : America and the Age of Genocide

"Gey shit done", faire le job jusqu'au bout... 

Le livre de Susan Rice, lui, s’intitule Tough Love, ce qui correspond à peu près à notre expression « qui aime bien, châtie bien ». Pourtant, globalement, elle dresse un bilan positif des huit années de la diplomatie Obama. Elle reconnaît un certain nombre d’échecs, dont elle assume sa part de responsabilité. En particulier, l’effondrement du Soudan du Sud, tombé dans une guerre civile d’une cruauté effroyable, alors que Washington avait couvé son gouvernement. 

Mais elle estime que, face aux grands défis internationaux de ses présidences, Obama a réagi avec le sang-froid et la prudence qui ont fait sa réputation. Le principe directeur de l’ancien président, elle le résume en une expression assez forte, pour ne pas dire vulgaire : « get shit done ». Faire le job, ne pas se dérober, aller jusqu’au bout du truc.

Obama : "Et ça changerait quoi ?"

Mais Obama a-t-il vraiment fait le job et été jusqu’au bout du boulot en Libye ? En Syrie ? Samantha Power ne le croit pas. Dans son livre, The Education of An Idealist, il y a pas mal de désillusion. Droits-de-l’hommiste de l’administration, elle reconnaît qu’Obama était fatigué de ses constantes exhortations à reconnaître officiellement le génocide arménien. « Je me soucie des Arméniens en vie. Pas de ceux qu’on ne peut pas ramener à la vie », lui répondit sèchement le président. Lorsqu’elle suggère à Obama de condamner publiquement Omar el-Béchir, le président soudanais, coupable de crimes de guerre et de génocide, Obama la recadre sèchement : « Et ça changerait quoi ? Est-ce que les Arabes seront avec nous ? Les Africains ? La Chine ? » 

Elle assume pleinement le rôle joué par les Etats-Unis dans la chute de Kadhafi en mars 2011, négligeant quelque peu le fait que ce sont les Français et les Britanniques qui se sont chargés du boulot. Si les Occidentaux avaient laissé le dictateur libyen nettoyer Benghazi, la Libye aurait connu une guerre civile, plaide-t-elle. 

Il est intéressant de relever que, d’après Susan Rice, l’affaire libyenne a vu s’affronter, au sein de l’administration, les jeunes qui, comme elle-même et Samantha Power, conseillaient à Obama d’y aller, aux séniors, qui comme le vice-président Joe Biden ou le Secrétaire à la Défense Robert Gates plaidaient pour s’abstenir. C’est Hillary Clinton, Secrétaire d’Etat qui a fait pencher la balance en faveur de l’intervention et en a convaincu Obama.

La "ligne rouge" sur l'emploi d'armes chimiques...

Mais la pire frustration de sa carrière de diplomate, l’ex-journaliste Samantha Power l’a connue lorsque, après avoir précisé publiquement qu’aux yeux des Etats-Unis, l’usage d’armes chimiques par la dictature syrienne contre sa propre population serait considéré comme « une ligne rouge », entraînant des représailles sévères, Obama a fait machine arrière. Le 21 août 2013, le régime criminel de Damas lance une telle attaque contre une ville de la banlieue de Damas, Ghouta. 

Les Etats-Unis obtiennent la preuve que cette attaque a tué 1 429 personnes, dont 426 enfants. Mais Obama, qui estime que l’intervention en Irak est un fiasco coûteux, refuse d’autoriser l’US Air Force à aller bombarder les cibles militaires en Syrie que lui proposent ses conseillers militaires. Il tergiverse, renonce, accepte la porte de sortie que lui offre Poutine afin de ne pas se déconsidérer. 

La leçon de ces deux livres, selon Peter Beinart, dans Foreign Affairs, c’est que les Etats-Unis sont en déclin rapide. En 2011, ils ont pu contribuer au renversement de Kadhafi parce que la Russie ne pesait guère. En 2015, les Russes avaient déjà des troupes en Syrie. En 2019, c’est Poutine qui décide de l’avenir de ce pays, dont Trump a rapatrié les dernières forces américaines.

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