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Avec Karol Modzelewski, disparaît toute une époque

5 min
À retrouver dans l'émission

Infatigable combattant des droits sociaux.

« Il y a peu de gens dont la mort marque la fin d’une époque. Et Karol Modzelewski en faisait partie. » 

C’est ce qu’écrit Irena Grudzinska Gross, essayiste et universitaire, qui faisait partie du milieu contestataire des années soixante polonaises. Modzelewski, qui était à la fois un homme politique de premier plan et un éminent historien, est mort à Varsovie le 28 avril à 81 ans. Comme je regrette aujourd’hui de n’avoir pas répondu à l’invitation qui m’avait été adressée d’assister, moins de trois semaines plus tôt, à une ultime rencontre avec lui, organisée à Paris à l’occasion de la publication de ses mémoires. Il leur avait choisi pour titre « Nous avons fait galoper l’histoire. Confessions d’un cavalier usé ». Karol Modzelewski, infatigable combattant de la liberté et de la justice, a parcouru son époque au grand galop. Et il l’a marquée de son talent.

Karol Modzelewski est né Cyril Budniewicz, à Moscou, en 1937. Son père étant condamné à huit ans de Goulag, sa mère remarie avec un Polonais Zygmunt Modzelewski, qui l’adopte et devient ministre des Affaires étrangères dans son pays après la guerre. Cyril devenu Karol entame des études d’histoire à l’université de Varsovie. Il adhère au Parti communiste. 

Une Lettre ouverte au Parti communiste qui leur vaut 3 ans et demi de prison.

Avec son ami Jacek Kuron, activiste infatigable et organisateur hors pair, ils vont former l’un des duos les plus populaires parmi la jeunesse polonaise contestataire des années soixante. En 1965, Modzelewski et Kuron, vingt-sept et trente ans respectivement à l’époque, rendent publiques une Lettre ouverte au Parti ouvrier unifié le polonais (le parti communiste local) d’une audace incroyable. 

La propriété des moyens de production, y écrivent-ils, est tombée entre les mains d’une nouvelle classe, « la bureaucratie politique centrale ». Le parti est monopolistique et la base n’y joue aucun rôle. Les élections sont des fictions, en l’absence de partis d’opposition autorisés. Les travailleurs sont exploités et livrés à l’arbitraire du pouvoir, puisque l’organisation syndicale autonome, hors du Parti, leur est interdite. Le socialisme, en Pologne, peut se définir comme « la production pour la production » ; ce qui ne peut manquer de provoquer la chute du niveau de vie de la classe ouvrière et des crises en série. 

Les deux jeunes gens préconisent carrément un référendum pour déterminer démocratiquement quelle part du revenu national devrait être consommée et quelle part investie… Et une nouvelle révolution anti-bureaucratique. Ils sont accusés de trotskisme. Ils ne le sont d’aucune manière.  

C’est une critique qui fait très mal, parce qu’elle vient de gauche et qu’elle s’exprime dans les termes du marxisme, celui-là même dont se sert le régime en place… Et la riposte ne se fait pas attendre : Exclus du Parti, des jeunesses socialistes et de leurs postes d’assistants à l’Université, les deux jeunes activistes sont jugés à huis clos et écopent de trois ans et demi de prison

Parmi les organisateurs de événements de Mars 68 

Libérés prématurément durant l’été 1967, les deux amis se retrouvent aux premières loges lors des « événements de mars 68 ». Une révolte étudiante, provoquée par l’interdiction de jouer un classique de la littérature romantique, les Aïeux de Mickiewicz, réprimée très brutalement par la milice. Mais les ouvriers ne sont pas solidaires. Et Modzelewski tirera la leçon de cet isolement.

Le Parti communiste accuse « la jeunesse dorée » et « les sionistes » d’en être les instigateurs. Un procès collectif est organisé contre un certain nombre d’entre eux. A ses accusateurs, Modzelewski lance : « Vous avez dit, monsieur le Procureur, que la base de ce qui nous unit et nous a conduit ici, sur le banc des accusés, c’est notre origine juive. Eh bien, il y a eu effectivement un pays où l’on devait répondre de ce genre d’origine – c’était l’Allemagne nazie. Mais ici, en Pologne, populaire, il n’existe pas de lois de Nuremberg en vigueur. » Il retourne en prison pour deux ans. Il y poursuit ses études. Lorsqu’il en sort, en 1971, il est devenu une autorité en matière d’histoire médiévale. 

Il a donné son nom à Solidarité. 

Mais en 1980, il renonce à ses travaux savants et rempile au côté des ouvriers révoltés. C’est Modzelewski qui baptise le syndicat naissant Solidarnosc – Solidarité. Il en est le premier porte-parole. Au sein du syndicat, il incarne une ligne de gauche, plus sociale que patriotique. Lorsque le général Jaruzelski proclame l’état de guerre, en décembre 1981, Modzelewski est à nouveau emprisonné. 

Mais lorsque le régime se voit contraint d’organiser les premières élections libres depuis la guerre, en 1989, l’historien est élu sénateur. Alors que l’ancienne opposition au régime communiste découvre la démocratie et se divise en tendances opposées, il incarne une gauche hostile à la libéralisation économique au galop menée par Balcerowicz. Il devient président d’honneur d’un nouveau parti de gauche, l’Union du Travail. 

A retrouver sur France Culture

Karol Modzelewski était un grand historien. Vous pouvez l’entendre s’exprimer en français au micro d’Emmanuel Laurentin dans son émission La Fabrique de l’histoire du 28 septembre de l’an dernier. Référence sur le site. 

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