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Retour de Taipei : vibrante démocratie taïwanaise

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La vie politique est dominée par la question du degré d'indépendance possible envers le puissant voisin chinois.

Ce qui m'a frappé à Taipei

La première caractéristique de Taïwan, me semble-t-il, c’est son attachement à la démocratie. Celle-ci est relativement récente : le premier parti d’opposition autorisé a vu le jour en 1986 et la première alternance politique a eu lieu il y a 18 ans. Mais depuis, cette démocratie fonctionne impeccablement dans une société, qui est d’ailleurs très politisée. La liberté d’expression, la liberté de la presse sont complètes. D’après de nombreux observateurs, la démocratie taïwanaise est la plus vibrante et la plus authentique d’Asie. 

La vie politique se déroule autour de deux grands partis dominants

La vie politique est structurée par l’opposition de deux grands blocs partisans, le Kuomintang (KMT), d’un côté, le Parti Progressiste Démocratique (DPP), de l’autre. Le premier, plutôt conservateur, recrute parmi les fonctionnaires, l’armée, les milieux d’affaire liés à la Chine communiste. Le second, de centre gauche et écologiste, est bien représenté parmi les classes moyennes du privé et les intellectuels. Même si cette démocratie est assez jeune, elle souffre, comme les nôtres, d’une relative usure du système partisan. Sur beaucoup de sujets, le clivage passe au sein des deux grands partis et non entre eux. C’est le cas de la question de l’énergie nucléaire, du travail et des lois sociales. Mais j’ai constaté qu’il n’y avait pas de parti populiste à Taïwan. Emergent, par contre, de nouvelles figures politiques qui refusent le clivage KMT/DPP et se situent « ailleurs »; la plus connue est le maire de Taipei, Ko Wen-je, figure montante de la vie politique taïwanaise. Mais le renouveau démocratique prend aussi la forme de mobilisations citoyennes. Le plus connu a été le mouvement du Tournesol dont j’ai pu rencontrer un des leaders, le blogueur TT Cat. 

Le mouvement du Tournesol : irruption de la société civile

Oui, pour protester contre un accord commercial avec la Chine, négocié dans une certaine obscurité par le Kuomintang, alors au pouvoir, plusieurs centaines d’étudiants ont fait irruption dans le Parlement qu’ils ont occupé pendant 26 jours en mars et avril 2014. Ils ont exigé et obtenu que ce type de négociation soit désormais mené dans une complète transparence. T.T. Cat m’a expliqué comment les outils numériques pouvaient rendre le processus de décisions plus démocratique. « Il ne faut pas se faire trop d’illusions, m’a-t-il dit. Notre gouvernement nous informe par emails. Ca améliore les relations entre décideurs et gouvernés et cela accélère notre vitesse de réaction lorsque nous sommes consultés. Mais tout ce qu’on peut faire, c’est empêcher les mauvaises décisions. » Pourtant, le Mouvement du Tournesol a donné naissance à un nouveau parti de gauche, le New Power Party qui met au premier plan les droits de l’homme, les libertés civiles et plaide franchement pour l’indépendance de Taïwan.

Echapper à l'étouffement par la Chine communiste et ne pas connaître le sort de Hong Kong...

Car, comme j’ai eu l’occasion de l’entendre souvent sur place, ce qui structure la vie politique taïwanaise, c’est moins l’opposition droite/gauche que la question des rapports avec la Chine continentale, la Chine communiste. Le KMT a renoncé depuis belle lurette au vieux rêve de son fondateur, Tchang Kaï Tchek, de reconquérir l’ensemble de la Chine à partie de Taïwan. Mais il considère que l’identité de l’île de Taïwan est chinoise et il déplore que les manuels scolaires, sous l’influence du DPP au pouvoir, mettent en avant l’identité et l’histoire particulière de Taïwan. 

Le Parti démocratique progressiste, au contraire, est désireux d’échapper à la dépendance envers Pékin qui tend à resserrer son étreinte sur Taïwan. Car l’interdépendance d’autrefois est en train de se muer en dépendance de Taïwan envers la République populaire. Les Taïwanais ont le sentiment que Pékin resserre lentement son étreinte. C’est pourquoi, même si les relations sont traditionnellement bonnes avec le Japon, l’ancienne puissance coloniale et grand voisin du Nord, qui redoute une intégration régionale sous direction chinoise, la présidente Tsai Ing-wen a lancé un projet de coopération et d’échanges commerciaux en direction de 6 pays d’Asie du Sud, ainsi que l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Taïwan se vit comme « un hub entre l’Asie du Nord et du Sud ». Les relations sont bonnes avec les Philippines. Elles apparaissent prometteuses avec l’Inde, l’Indonésie, la Malaisie, la Thaïlande, le Vietnam. Mais la Chine continentale voit d’un mauvais œil ces tentatives d’échapper à son emprise. Et elle punit les pays qui établissent des liens trop étroits avec l’île. Taïwan pourrait bien perdre sa dernière ambassade européenne, celle du Vatican : le pape François est un jésuite. Il rêve de renouer avec la Chine…

Les Taïwanais n’ont pas de stratégie claire. Ils ne veulent pas braquer la Chine et savent que toute tension avec elle se traduit par la fuite des investisseurs étrangers. Mais beaucoup redoutent que le maintien du statu quo se traduise par l’étouffement progressif de la démocratie chinoise par Pékin. L’exemple de Hong Kong fait beaucoup réfléchir. Ce précédent rend peu crédible les promesses éventuelles de conserver les structures démocratiques en cas d’absorption.

A l’Université de Chengchi, qui accueille des étudiants du monde entier et notamment plus de 80 Français, on m’a expliqué que Taïwan se vit comme une fenêtre ouverte sur la Chine. La nouvelle direction communiste cultive un goût du secret qui nécessite une réelle expertise. Celle-ci n’est pas courante et Chengchi se vante de la posséder. 

Pour l’heure, les Taïwanais redoutent de servir de troc dans un deal entre Trump et Xi Jinping à propos du rééquilibrage commercial et de la Corée du Nord. 

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