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L'Eldorado européen ?

Discrètement, l'UE a changé de stratégie face aux flux migratoires venus d'Afrique

5 min
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Elle consacre moins de moyens à améliorer la situation des populations sur place et davantage à soutenir les Etats susceptibles d'endiguer les flux migratoires. Démocratiques ou pas...

L'Eldorado européen ?
L'Eldorado européen ? Crédits : MARCUS DRINKWATER / ANADOLU AGENCY - AFP

Avec l'espace Schengen, les Européens se sont lancés dans un projet de type fédéral, sans s'être doté des instruments d'une politique migratoire commune. 

Michael Spence, Prix Nobel d’économie 2001 écrit : la mondialisation, basiquement, c’est une forme d’interdépendance entre les nations, reposant sur la libéralisation des échanges dans quatre domaines. Le commerce international, les investissements directs étrangers, les migrations démographiques et les flux d’informations. Les deux premiers, le commerce et les investissements, ont fait l’objet, au terme de laborieuses négociations, de réglementations. Ces échanges, en effet, sont régulés, afin d’être équitables. Des agences internationales, comme l’OMC, ou la Banque mondiale, veillent sur le respect des normes. Contrairement à une certaine propagande, ce n’est ni l’anarchie, ni la loi du plus fort. A ce jour, rien de tel n’a pu être mis en place dans les deux autres domaines – les migrations et les flux d’informations

L’ONU avait promis de se pencher sur une régulation des flux migratoires, afin de tenter de leur donner un encadrement du même genre que celui mis en place pour les flux commerciaux et de capitaux. Mais le Pacte mondial pour les migrations, à peine ébauché, a été dénoncé par les Etats-Unis comme incompatible avec leur souveraineté. Les Européens, eux, devraient l’accepter. De toute façon, même s’ils s’en retiraient, ajoute Michael Spence, ses membres resteraient liés par les engagements de libre-circulation auxquels ont souscrits la plupart d’entre eux, au titre des Accords de Schengen. C’est la contradiction entre cette règle et le désir de préserver sa souveraineté qui a été la première cause de la victoire des Brexiters au Royaume-Uni, lors du référendum du 23 juin 2016. 

Même idée, sous la plume de Stefan Lehne, chercheur au think tank Carnegie Endowment. Il écrit : « En supprimant les contrôles internes à l’espace Schengen, les pays qui font partie de cet Accord ont effectivement abandonné un élément essentiel de la souveraineté étatique en faveur de la liberté de mouvement. Mais ils se sont embarqués dans _ce projet de type fédéral sans avoir bâti les fondations légales et institutionnelles nécessaires_. Et sans avoir organisé une sécurisation de leurs frontières extérieures, ni la gestion des migrations et de l’asile. Et de même que la crise financière de 2008 a mis en lumière les erreurs de conception de l’Union monétaire, de même la crise des réfugiés de 2015-2016 a révélé la fragilité de l’espace Schengen. » Fin de citation. »

Les anxiétés qu’avait provoquées la crise migratoire de 2015 sont-elles derrière nous ?

Non et il faudra bien que les dirigeants européens trouvent un moyen d’apaiser l’inquiétude de leurs populations quant aux perspectives de migration vers l’Europe, s’ils veulent vraiment sauver ce qui a été construit au prix de tant d’effort… L’institut de sondage YouGov a mené fin avril une enquête dans les principaux pays d’Europe sur le thème : quels sont les problèmes les plus importants auxquels doit faire face l’Union européenne ? Surprise : la situation économique ne domine plus nulle part cette revue des inquiétudes. Non, c’est la question de l’immigration qui arrive en tête dans la plupart des pays, dont le nôtre. Seules, la Pologne et l’Espagne font exception. Pour les Polonais, le problème N° 1 est, en effet, le terrorisme et pour les Espagnols, c’est le chômage. Mais même dans ces deux pays, l’immigration arrive en 2° position quant aux « problèmes auxquels l’UE doit faire face ».

Il est deux assertions courantes qui sont également fausses. L’une qui prétend : que l’Europe est une forteresse, indifférente et fermée à la misère du monde ; l’autre, que l’Europe est une passoire, qu’elle a abandonné toute velléité de contrôler l’immigration. 

Le think tank allemand Sfiftung Wissenschaft und Politik a publié le mois dernier une étude intitulée Migrationsprofiteure qui analyse les inflexions récentes de la politique migratoire, en passant au crible les budgets que lui consacre l’Union européenne. Alors que l’assistance financière européenne aux pays africains était guidée par la préoccupation de promouvoir la démocratie et les droits de l’homme sur le continent, notent les auteurs, la stratégie a changé discrètement de logique depuis la crise migratoire de 2015. Dorénavant, cette politique vise manifestement les objectifs de ce qu’on appelle pudiquement « le management des migrations ». On est bien moins exigeant en matière de droits de l’homme, mais on subventionne les pays susceptibles de contrôler les routes migratoires.

La preuve par une analyse de l’évolution des budgets destinés au Fonds fiduciaire d’urgence de l’UE pour l’Afrique. Créé en novembre 2015, suite à la vague migratoire de l’été, il se proposait de « combattre les causes de la migration » en améliorant la situation des gens dans les pays d’origine, afin qu’ils soient moins incités à les quitter pour tenter leur chance en Europe. Sécurité alimentaire, formation, création d’emplois, gouvernance, prévention des conflits… Telles étaient les priorités d’un budget important, puisqu’il s’élève à 4 milliards 300 millions d’Euros

Or quels sont les principaux pays d’origine des migrations vers l’Europe ? Dans l’ordre l’Erythrée, le Nigeria, la Somalie. Et quels sont les principaux bénéficiaires ? Le Niger, le Mali, le Sénégal et la Libye. Il s’agit bien de renforcer les frontières en Afrique, afin de tenter de contrôler les flux migratoires. Cette stratégie est-elle la meilleure ?

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