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Thomas Frank, défenseur du populisme de gauche

5 min
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Roosevelt aussi était populiste....

L'auteur de Pourquoi les pauvres votent à droite ? au secours de la tradition populiste américaine. 

Depuis le temps que des esprits éclairés nous mettent en garde contre la montée, apparemment continuelle, inexorable et mondiale, du populisme à travers le monde, voilà que se manifeste une contre-attaque : des penseurs bien intentionnés envers la démocratie et même de gauche, oui, de gauche, prennent la défense du populisme. L’un des plus stimulants est certainement l’essayiste américain Thomas Frank. Il est l’auteur de plusieurs best-sellers internationaux récents, dont les deux titres phares, Pourquoi les pauvres votent à droite et Pourquoi les riches votent à gauche. Il anime le site de réflexions et d’analyse en ligne, The Baffler

L’article que je vais vous résumer a été publié par The Guardian à la fin mai dernier. Mais il tombe bien car ses cibles sont, d’une part, le livre de William Galston, Anti-pluralism : The Populist threat to Liberal Democracy, de l’autre celui de Yascha Mounk, qui vient d’être publié en français, Le peuple contre la démocratie. Mes auditeurs fidèles se souviendront peut-être que j’avais présenté les thèses défendues par Mounk, bien avant l’édition française de son livre, dans une série de chroniques, en février dernier. Je les résume brièvement, pour faire comprendre pourquoi Thomas Frank lui en veut tant. 

Les thèse de Yascha Mounk sur la déconnection entre démocratie et valeurs libérales.

Mounk prend acte, avec beaucoup de lucidité, de la déconnection croissante entre les valeurs démocratiques et les valeurs libérales. Un phénomène qui avait été perçu et analysé il y a déjà vingt ans par Fareed Zakaria dans son fameux article pour Foreign Affairs, The Rise of Illiberal Democracy.

D’un côté, donc, la démocratie : la  souveraineté du peuple dont Mounk montre qu’elle a toujours constitué une espèce de leurre : ce n’est jamais le peuple qui gouverne, mais des élites qui le font en son nom et théoriquement sous son contrôle. Le problème, c’est que ces derniers temps, ces élites ont tendu à s’affranchir de plus en plus de l’opinion majoritaire. La multiplication des « agences », commissions d’experts, nationaux ou internationaux, possédant le pouvoir réglementaire, a donné le sentiment que des élites non élues et n’ayant pas de comptes à rendre, faisaient la loi aux peuples. Sentiment aggravé par le fait que des juges, en particulier les juges constitutionnels se mêlent de plus en plus de vouloir « faire évoluer les normes », là encore en se passant de l’avis des peuples concernés et par-dessus la tête des gouvernants et des Parlements.

Or, ces sentiments d’aliénation populaire et de dépossession démocratique nourrissent les populismes – c’est-à-dire, des régimes de « démocratie illibérale » qui prétendent « rendre le pouvoir au peuple » et mater les élites arrogantes. 

Mounk, je le disais en février, a été l’un des premiers à exploiter, en collaboration avec Stefan Foa, un universitaire de Melbourne, des sondages du World Values Survey qui témoignent d’une « déconsolidation de la démocratie ». A savoir la montée, dans tous les pays de vieille tradition démocratique, d’une aspiration à un pouvoir fort, se passant du contrôle parlementaire. Mounk et Foa ont créé l’événement en montrant que c’était au sein des couches les plus jeunes et les plus éduquées que se manifestait le plus nettement ce désenchantement envers la démocratie. A ses yeux, ce que nous observons avec les Orban, Trump et autres Salvini, ce n’est pas une série d’accidents, mais les signes d’une entrée dans une nouvelle époque. 

Le populisme, une politique de gauche ?

Dans l’histoire, dans l’histoire des Etats-Unis, en tous cas, dit-il, le populisme a bien souvent été de gauche… Ce sont les populistes qui ont défendu le « common man », l’homme ordinaire. Au XIX° siècle, Andrew Jackson, le septième président des Etats-Unis, était un populiste. Le Parti populiste a présenté à deux reprises son candidat, James Weaver, aux élections présidentielles, en 1880 et 1892, face aux candidats républicain et démocrate. Et cet adversaire des banquiers et des magnats des chemins de fer n’était certainement pas un homme de droite. Et surtout, Franklin Roosevelt était un président populiste

A l’époque, écrit-il, « loin d’être une menace pour la démocratie, le populisme, c’était la démocratie à son zénith. « Pour l’essentiel, le populisme, en Amérique, c’était une manière d’exprimer les antagonismes de classe. Une tradition protestataire, qui va de Jefferson à Franklin Roosevelt et à Bernie Sanders. "

Et maintenant, attaque-t-il, des gens comme Yascha Mounk viennent nous expliquer comment lutter contre Trump. Eh bien, je cite : « Si Mounk représente le professionnalisme des sciences sociales venu nous guérir des maux qui nous affligent, je crains que nous ne soyons mal partis ». Il prétend que le populisme de droite est arrivé parce que notre vie politique était « gelée ». Mais qui est responsable de cette léthargie démocratique, sinon les politiciens de la gauche libérale, dont il se réclame lui-même, ces élites méritocratiques aseptisées, richissimes et bien-pensantes, à la Clinton ?

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